Crise à Gaza : quels enjeux pour les pays de la région ?

Le président égyptien, Mohammed Morsi (à gauche), et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad (à droite), à Téhéran (Iran) le 30 août 2012.
Le président égyptien, Mohammed Morsi (à gauche), et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad (à droite), à Téhéran (Iran) le 30 août 2012. (SAJAD SAFARI / IIPA / AFP)

L'opération "Pilier de défense" lancée par l'armée israélienne, la première opération d'envergure depuis le "printemps arabe", est un test pour les pays de la région.

GAZA - L'opération "Pilier de défense" de l'armée israélienne à Gaza, déclenchée mercredi 14 novembre, est la première crise israélo-palestinienne d'envergure depuis le "printemps arabe". Depuis 2009 et l'opération "Plomb durci", les pays de la zone de conflit, l'Egypte et la Syrie notamment, ont connu de profonds bouleversements.

Dans ce contexte, francetv info a demandé à des spécialistes du Moyen-Orient quels étaient les enjeux et les conséquences éventuelles de la crise à Gaza pour les pays de la région.

Egypte : "Un grand test" pour le président Morsi

De tous les pays voisins d'Israël et des territoires palestiniens, l'Egypte du président Morsi est le plus concerné par la reprise du conflit à Gaza. Le pays partage non seulement une frontière avec Gaza mais également une proximité idéologique. Le Hamas est en effet issu des Frères musulmans, tandis que le parti Liberté et justice de Mohammed Morsi en est le bras politique en Egypte. Enfin, l'Egypte est le premier pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël, en 1979.

"C'est un grand test pour le nouveau pouvoir égyptien", analyse Khattar Abou Diab, consultant en géopolitique et enseignant à l'université Paris-Sud. Le président Morsi est d'autant plus attendu au tournant que son prédécesseur, le dirigeant déchu Hosni Moubarak, était jugé trop complaisant à l'égard d'Israël par l'opinion publique. "La première chose qu'il [Mohammed Morsi] a faite, c'est rappeler son ambassadeur en Israël, ce que Moubarak a toujours refusé de faire", souligne Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte et auteure de Egypte. L'envers du décor. "C'était un premier geste symbolique pour se démarquer", analyse-t-elle.

Mais selon elle, s'il y a "une inflexion", il n'y aura "pas de virage à 180 degrés" dans la politique égyptienne vis-à-vis d'Israël et du Hamas. L'Egypte, qui connaît des difficultés économiques et d'importants problèmes sécuritaires au Sinaï, où des gardes-frontières ont été tués par des groupes palestiniens en août, pense d'abord à ses intérêts. "Sous Morsi, l'Egypte a continué à détruire les tunnels [sous la frontière Gaza-Egypte] qui sont les poumons de Gaza. Les impératifs de sécurité égyptiens sont prioritaires", rappelle Sophie Pommier.

L'autre enjeu pour le nouveau pouvoir égyptien est de se repositionner sur la scène internationale, comme médiateur du conflit israélo-palestinien. Le pays s'est ainsi activé ces derniers jours pour obtenir un cessez-le-feu. Mais sa marge de manœuvre est étroite. "Mohammed Morsi se heurte au principe de réalité : l'Egypte n'a pas les moyens de faire pression sur les protagonistes", explique Sophie Pommier. Les relations avec Israël sont réduites au minimum et celles avec le Hamas ne sont pas idylliques, malgré la proximité idéologique.

Syrie : "Du pain bénit" pour Bachar Al-Assad

La reprise des hostilités à Gaza fait les affaires de Bachar Al-Assad. Aux prises depuis plus d'un an avec une rébellion armée, le régime syrien voit ainsi la pression internationale et médiatique baisser d'un cran. "Pour la Syrie, c'est une diversion, c’est du pain bénit", juge Antoine Basbous, politologue spécialiste du monde arabe et fondateur de l'Observatoire des pays arabes (OPA).

Il n'en fallait pas plus pour que certains estiment que le régime syrien a joué un rôle dans le déclenchement de la crise. "Je ne crois pas du tout à la théorie du complot. La crise de Gaza s'explique de manière autonome. Bachar Al-Assad a d'autres problèmes à régler, plutôt que de développer des actes d'agressions contre Israël", explique Denis Bauchard, conseiller spécial pour le Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales.

"De toute façon, les relations de la Syrie avec les groupes palestiniens se sont sérieusement dégradées. Khaled Mechaal [le chef du Hamas en exil] est parti de Damas et le Hamas a pris ses distances", rappelle le spécialiste de la région.

 Iran : "Cela renforce le discours iranien"

Autre allié traditionnel du Hamas, l'Iran, voit d'un bon œil la reprise des combats, qui renforce "l'axe de résistance" à Israël Hamas-Syrie-Téhéran, cher aux durs du régime. "Cela renforce le discours iranien qui consiste à dire que cela ne sert à rien de négocier des accords avec Israël", juge Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Téhéran renforce également ses positions au sein du Hamas, qui a utilisé ces derniers jours des roquettes Fajr-5, de fabrication iranienne. Selon le quotidien libanais L'Orient le jourqui cite des sources libanaises proches de l'Iran, "tous les efforts déployés depuis un an et huit mois pour éloigner le Hamas (sunnite) de l'Iran et du régime syrien, et le rapprocher du Qatar et de la Turquie ont été balayés par la nouvelle agression israélienne".

Liban : "La question israélo-palestinienne est secondaire"

Dans un Liban déjà fragilisé par la crise syrienne, la principale question posée par la nouvelle crise à Gaza est l'attitude du Hezbollah. Le mouvement chiite, qui a multiplié ces derniers jours les déclarations de soutien au Hamas, comme le rappelle L'Orient le jour, va-t-il ouvrir un nouveau front au nord d'Israël pour venir en aide au Hamas ? "Le Hezbollah va rester sage, pas par manque de solidarité, mais surtout parce que les Iraniens [qui arment et financent le mouvement libanais] veulent garder le mouvement comme leur grand atout stratégique, pour leur combat à eux, la survie du régime iranien", estime Khattar Abou Diab.

"Le Hezbollah s'est engagé à maintenir le calme", a assuré lundi 19 novembre le Premier ministre libanais, Najib Mikati, dans une interview au Figaro. De toute façon, "la question israélo-palestinienne est secondaire par rapport à la question du rapport à la Syrie", juge Denis Bauchard.

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