Attentat à Beyrouth : six morts, dont l'un des leaders d'une coalition anti-Al-Assad

La scène de l\'attentat à la voiture piégée à Beyrouth (Liban), le 27 décembre 2013.
La scène de l'attentat à la voiture piégée à Beyrouth (Liban), le 27 décembre 2013. (EYUP COSKUN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Selon les premiers éléments, il s'agit d'un attentat à la voiture piégée. Un ancien ministre proche de l'ex-Premier ministre Saad Hariri, appartenant à une coalition soutenant la rébellion en Syrie, fait partie des victimes. 

L'explosion a retenti à 9h40 (8h40, heure française) dans une des parties les plus sécurisées de la capitale du Liban. Au moins six personnes, dont un proche conseiller de l'ex-Premier ministre libanais Saad Hariri, ont été tuées et plus de 50 blessées, vendredi 27 décembre, dans un attentat à la voiture piégée au cœur de Beyrouth.

Les télévisions ont diffusé des images d'une épaisse fumée se dégageant près du Sérail, le siège du Premier ministre libanais. Des images diffusées par la chaîne locale Future TV ont montré plusieurs voitures et des corps en flammes alors que des ambulances étaient sur place pour secourir les blessés. De nombreux débris jonchaient la rue sur un large périmètre et une dizaine de bâtiments et des restaurants ont vu leurs vitres complètement soufflées, selon une journaliste de l'AFP.

Qui était l'ancien ministre ?

Il s'agit de Mohammad Chatah, proche conseiller de l'ex-Premier ministre libanais Saad Hariri. Il se dirigeait vers la maison de ce dernier, actuellement absent du pays, où devait se tenir à une réunion de la coalition dite du "14-mars", hostile au régime de Bachar Al-Assad et appuyant l'opposition syrienne.

Egalement ex-ministre des Finances et ancien ambassadeur libanais à Washington, Mohammad Chatah était l'un des ténors de cette coalition. Il était considéré comme le représentant politique de Saad Hariri, absent du Liban depuis 2011, lorsque le mouvement chiite Hezbollah (qui soutient le régime syrien de Bachar Al-Assad) a provoqué la chute de son gouvernement. 

Moins d'une heure avant de mourir, Mohammad Chatah a écrit sur son compte Twitter : "Le Hezbollah fait pression pour s'accaparer les mêmes pouvoirs en matière de sécurité et de politique étrangère que ceux qu'a exercés la Syrie au Liban pendant quinze ans."

Le Hezbollah, allié de la Syrie, mis en cause

Le chef de la coalition libanaise hostile au régime syrien, Saad Hariri, a mis en cause le Hezbollah chiite, allié de Damas, qu'il accuse d'avoir perpétré cet attentat qui a coûté la vie à son proche conseiller. "Pour nous, les accusés sont (...) les mêmes qui se dérobent à la justice internationale (...) et ceux qui propagent l'incendie régional à la nation [libanaise]", a indiqué Saad Hariri. Il fait référence au Hezbollah, mouvement qui refuse de remettre à la justice internationale cinq de ses membres inculpés dans l'assassinat en 2005 de Rafic Hariri, père de Saad.

Le Hezbollah n'a pas réagi à ces déclarations. Mais il a affirmé que l'assassinat visait à détruire "l'unité nationale". "Le Hezbollah estime que ce crime ignoble s'inscrit dans le cadre de la série des crimes et des attentats qui visent à détruire le pays", a aussi indiqué le mouvement chiite.

Le Liban dans l'engrenage du conflit syrien

La mort d'un des leaders de la coalition hostile au régime syrien intervient alors que le Liban est pris dans l'engrenage du conflit en Syrie voisine.

La révolte contre le régime de Bachar Al-Assad, qui a débuté en mars 2011, n'a pas tardé à déborder au Liban, où des affrontements meurtriers ont éclaté trois mois plus tard à Tripoli (nord) entre des sunnites, partisans des rebelles, et des alaouites, une communauté issue du chiisme à laquelle appartient le président Bachar Al-Assad. L'implication des combattants du mouvement chiite Hezbollah en Syrie aux côtés de l'armée loyaliste a attisé davantage les tensions confessionnelles dans le pays, qui a en outre accueilli plus de 825 000 réfugiés syriens.

Mais le régime syrien a démenti toute implication dans l'attentat à Beyrouth. "Ces accusations arbitraires et sans discernement émanent de haines politiques", a affirmé le ministre syrien de l'Information, cité par l'agence officielle Sana. "Certaines personnalités au Liban n'ont jamais cessé d'accuser [le pouvoir à Damas] à chaque fois qu'un assassinat douloureux se produit dans le pays frère qu'est le Liban", a-t-il ajouté.

Dans quel contexte intervient cet attentat ?

De 2005 à 2012, une série d'attentats et d'assassinats ont visé des hommes politiques et des journalistes hostiles au régime syrien, ainsi que des responsables de l'armée et de la police considérés comme proches de ce camp.

L'attentat qui a coûté la vie à Mohammad Chatah vendredi intervient vingt jours avant le début du procès des responsables présumés de l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, dont le meurtre le 14 février 2005 avait plongé le Liban dans la tourmente.

Le 19 novembre, deux explosions près de l'ambassade d'Iran à Beyrouth avaient fait 23 morts et 146 blessés. Ce double attentat avait été revendiqué par un groupe lié à Al-Qaïda.

La communauté internationale déterminée à défendre la stabilité du Liban

Après l'attentat, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a assuré que la communauté internationale était déterminée à défendre la "sécurité et la stabilité" du Liban. Il a condamné "dans les termes les plus forts" cette attaque. Le Qatar a dénoncé un "acte criminel en contradiction avec toute les valeurs humaines" et l'Arabie saoudite a "fermement" condamné "une attaque terroriste scandaleuse". Ryad a aussi conseillé à ses ressortissants de ne pas se rendre au Liban.

François Hollande a, pour sa part, condamné un "lâche attentat". L'Elysée précise que François Hollande "s'est entretenu au téléphone avec le président Sleimane, auquel il a réitéré tout son soutien pour préserver la stabilité et la sécurité du Liban." Le chef de l'Etat "appelle toutes les parties à œuvrer à la préservation de l'unité du pays". De leurs côtés, Jean-Francois Copé, président de l'UMP, et François Fillon, ancien Premier ministre, ont condamné un "odieux attentat".

Vous êtes à nouveau en ligne