Pauvreté, chômage, rébellions, sécession, terorrisme: le Yémen prend des airs d'Afghanistan en ce début d'année 2010

Un hélicoptère de l\'armée yéménite survole la région de Sanaa après des manoeuvres contre des suspects d\'Al-Qaïda
Un hélicoptère de l'armée yéménite survole la région de Sanaa après des manoeuvres contre des suspects d'Al-Qaïda (AFP Khaled Fazaa)

"2010 sera l'année du Yémen". Telle est la prédiction de Grégory D. Johnsen de la revue de relations internationales, Foreign Policy.Les nombreuses difficultés que cumule le Yémen se traduisent aujourd'hui par la progression d'Al-Qaïda, illustrée le 25 décembre par la tentative d'attentat sur le vol 253 entre Amsterdam et Detroit.

"2010 sera l'année du Yémen". Telle est la prédiction de Grégory D. Johnsen de la revue de relations internationales, Foreign Policy.

Les nombreuses difficultés que cumule le Yémen se traduisent aujourd'hui par la progression d'Al-Qaïda, illustrée le 25 décembre par la tentative d'attentat sur le vol 253 entre Amsterdam et Detroit.

Le terroriste est un jeune Nigérian, Umar Farouk Abdulmutallab, âgé de 23 ans. Il a déclaré avoir reçu ses explosifs d'Al-Qaïda au Yémen où il aurait également été formé.

Dans le même temps les pays occidentaux craignent des attentats au Yémen, une crainte qui a conduit à la fermeture des ambassades américaine, britannique et même française pendant quelques jours avant, leur réouverture mardi et mercredi.

Quelques jours après l'attentat manqué du 25 décembre, Londres et Washington ont annoncé la , qu'ils vont financer. Barack Obama et Gordon Brown souhaitent ainsi endiguer "la menace terroriste émergente" au Yémen et en Somalie, sans y ouvrir pour autant un nouveau "front". Les deux alliés savent qu'une présence militaire pourrait aggraver la situation. Le ministre yéménite des Affaires étrangères, Abou Bakr Al-Kourbi, a d'ailleurs prévenu jeudi que "le gouvernement (...) n'accepte pas la présence de forces étrangères sur son territoire sauf dans le cadre de la coopération pour la formation des forces yéménites".

Le président américain a bien reçu le message. S'il s'est fixé comme priorité de renforcer le partenariat avec le Yémen, il garde néanmoins une certaine prudence. Il souhaite contribuer à "la formation et l'équipement des forces de sécurité yéménites, (au) partage de renseignements et (à) la coopération pour frapper les terroristes". Pour autant, Washington n'a pas l'intention d'ouvrir un nouveau front au Yémen, ni d'y déployer des troupes, "pour le moment", précise John Brennan, conseiller anti-terroriste d'Obama, qui rappelle tout de même clairement l'objectif des Etat-Unis: "anéantir" Al-Qaïda.



Un terreau favorable à Al-Qaïda
"Nous ne pouvons pas arrêter le terrorisme ou vaincre les
idéologies extrémistes quand des centaines de millions de jeunes
n'ont aucun espoir d'avenir, aucun travail, aucun moyen de
rattraper le monde développé". C'est en ces termes lucides et représentatifs de la realpolitik appliquée par l'administration Obama, que la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a proposé cette semaine d'aborder les dossiers du Yémen et de l'Afghanistan. Elle estime que l'aide au développement doit être un aspect essentiel de la stratégie américaine en matière de sécurité. Hillary plus que Clinton a également décoché une flèche à l'adresse de l'administration précédente pour asseoir son propos: "dans le passé, nous avons parfois imposé nos solutions de loin et finalement échoué sur le terrain. Il faut une nouvelle approche."

Et de l'aide, le Yémen en a grand besoin. Le pays est le plus pauvre de la péninsule arabique, avec un chômage croissant et un taux de natalité très élevé. La nappe phréatique est pratiquement épuisée et les réserves pétrolières chutent. Et comme si tout cela ne suffisait pas, le Nord voit s'étendre la rébellion de la minorité chiite - les houthistes - et le Sud menace à nouveau de faire sécession. Cette scission Nord/Sud est un héritage du passé. Le pays a été coupé en deux de 1967 à 1990 - date de son unification, dont on célèbre cette année les 20 ans. Et si les divisions reprennent aujourd'hui, c'est que chaque camp se bat pour succéder au président Ali Abdullah Saleh, 67 ans, qui dirige le pays depuis 31 ans. Manipulateur, l'homme dispose d'un cercle de parents et d'alliés qu'il entretient par des relations de clientélisme. Mais aujourd'hui, l'économie va mal et il devient plus difficile pour lui de maintenir son influence.

La situation est donc explosive, et Al-Qaïda le sait. La multinationale terroriste est déjà très influente dans le pays et très puissante financièrement. Ses membres se sont organisés et professionnalisés. Pour resserrer encore plus les fils de leur toile, ils ont épousé des femmes de tribus locales, propagé une version du djihad très populaire, assassiné des agents de sécurité et multiplient progressivement les attentats. Selon le Pentagone, ils compteraient même dans leurs rangs d'anciens détenus de Guantanamo qui auraient repris du service. Ainsi, pendant que le monde se focalise sur les noyaux terroristes afghan et pakistanais, le Yémen donne naissance à une nouvelle pépinière d'extrémistes.

Conscients des risques, le premier ministre britannique, Gordon Brown et le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, appellent à une conférence internationale sur le Yémen le 28 janvier à Londres en parallèle de celle déjà programmée sur l'Afghanistan. La conférence aura un triple objectif: combattre la pauvreté, le chômage et le terrorisme simultanément.

Fiche technique

Nom officiel : République du Yémen
Superficie : 527 970 km²
Population : 23,8 millions d"habitants (2009)
Population de moins de 15 ans : 46,2% (2005)
Capitale : Sanaa
Monnaie : rial yéménite
Fête nationale : 22 mai - proclamation de la République unifiée du Yémen en 1990)
Indice synthétique de fécondité : 6,2 enfants/femme (2007)
Alphabétisation : 72,5% des hommes, 33,2% des femmes (2006) 40% des enfants de 6 à 14 ans ne sont pas scolarisés, très majoritairement des jeunes filles
Religion : 60% à 75% de sunnites de rite chaféite, 25% à 40% de chiites zaïdites (nord du pays)
PIB par habitant (2008) : 1100 $, 34,8% de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2007
Taux de chômage (2007) : entre 35 et 40% de la population active
Les réserves de pétrole sont évaluées entre 3 et 4 milliards de barils, soit 15 à 20 ans de production