Le procès d’un soldat illustre les tensions au sein de la société israélienne

Des Israéliens défendant le soldat Azaria affichent les couleurs nationales à l\'entrée de la salle où se tient le procès du soldat accusé d\'avoir tué un Palestinien.
Des Israéliens défendant le soldat Azaria affichent les couleurs nationales à l'entrée de la salle où se tient le procès du soldat accusé d'avoir tué un Palestinien. (JACK GUEZ / AFP)

Le cas du soldat israélien, accusé d’avoir achevé un Palestinien déjà blessé le 24 mars 2016 après une attaque au couteau, continue de diviser les Israéliens alors que le procès de ce militaire, Elor Azaria, 19 ans, s’est ouvert le 9 mai à Tel Aviv. Cette affaire illustre les déchirures de la société israélienne dans une période particulièrement tendue.

Elor Azaria a comparu le 9 mai 2016 devant un tribunal militaire pour avoir achevé d'une balle dans la tête le 24 mars Abdel Fattah al-Sharif. L'audience au tribunal n'a duré qu'une heure, le temps pour les trois juges militaires d'accepter la requête des avocats d'Elor Azaria réclamant plus de temps pour préparer leur dossier, et de lui refuser une nouvelle permission de sortie, après celle consentie pour la Pâque juive fin avril, qui provoqua des manifestations de joie chez certains israéliens.

Il sera interrogé sur les faits le 23 mai.

«On parle ici d'un tir injustifié sur un terroriste déjà neutralisé, en contradiction totale avec les règles d'engagement (de l'armée) et d'un soldat qui n'a cessé de modifier sa version des faits», a dit le procureur militaire Nadav Weisman à la presse. Le soldat est poursuivi pour «homicide involontaire». Le soldat avait été arrêté pour avoir tiré sur un Palestinien blessé, information qui avait été très rapidement médiatisée en raison d'une vidéo.

Cette vidéo, diffusée par l'organisation des droits de l'homme israélienne B'tselem, prise lors des faits, montre Elor Azaria en train de s'entretenir brièvement avec un soldat présent sur les lieux, puis mettre en joue Abdel Fattah al-Sharif et faire feu sur le corps allongé à quelques mètres. L'autopsie a établi que le Palestinien était mort d'un projectile reçu dans la tête.

Palestinien abattu à Hébron (capture écran de RT)
Palestinien abattu à Hébron (capture écran de RT) (B'tselem)
Manifestation de soutien au soldat Azaria 
La défense assure que le soldat a tiré parce qu'il craignait qu'Abdel Fattah al-Sharif ne dissimule une ceinture d'explosifs sous ses vêtements.

Son cas divise profondément les Israéliens, entre ceux qui plaident pour le respect par l'armée de valeurs éthiques comme l'usage proportionné de la force, et d'autres qui défendent le militaire en invoquant la multiplication des attaques palestiniennes ces derniers mois. Cette affaire a donné lieu à de nombreux commentaires et pour certains Israéliens il est devenu un héros et les personnes qui l'attaquent sont considérées comme des ennemis du pays.  

Des milliers de personnes agitant des drapeaux israéliens ont manifesté le 19 avril leur soutien au soldat, devenu, pour elles, soit un héros, soit une victime. Pourtant, dans ce dossier, l'armée avait fait preuve de diligence, ne cherchant pas à cacher l'affaire.

Polémique provoquée par un général
L'ampleur prise par ce meurtre en Israël est à rapprocher des réactions provoquées par les propos du numéro deux de l’armée. Le chef d'état major adjoint Yaïr Golan, connu pour son franc-parler, avait estimé la veille de la journée de la Shoah, le 4 mai 2016, que l'Holocauste devait pousser les Israéliens à un «examen de conscience national».  

Il avait ajouté s'inquiéter «de voir les processus nauséabonds qui se sont déroulés en Europe en général, et plus particulièrement en Allemagne, il y a 70, 80, 90 ans et de voir des signes de cela parmi nous en 2016». « Après tout, il n'y a rien de plus simple et de plus facile que de haïr l'étranger (...) de susciter la peur et d'intimider (...) de devenir bestial, d'oublier les principes et d'être content de soi», avait-il ajouté.

Ces propos, liés sans aucun doute aux questions soulevées par l’occupation de la Cisjordanie, ont immédiatement soulevé les critiques de la droite ou l’extrême-droite israélienne. Le ministre de l'Education Naftali Bennett, chef de file du parti nationaliste religieux Foyer juif, a exigé qu'il les rectifie «immédiatement  (...) avant que les négationnistes ne transforment ces paroles erronées en étendard et que nos soldats ne soient comparés à des nazis avec un sceau d'approbation venu d'en haut» tandis que le premier ministre affirmait que «la comparaison qui transparaît des mots du chef d'état major adjoint avec des événements caractérisant l'Allemagne nazie d'il y a 80 ans est choquante». 

Le général a relativisé ses propos en expliquant qu'il n'avait «aucune intention de comparer l'armée et l'Etat d'Israël aux horreurs qui s'étaient déroulés en Allemagne il y a 70 ans».
 
Lors de son intervention, le général avait clairement cité le cas du soldat Azaria en affirmant que «l’armée israélienne a, depuis toujours, été capable d’enquêter sur les actes problématiques et d’assumer ses responsabilités pour le bien et pour le mal». 
 
Seule une partie de la presse et ce qui reste de la gauche israélienne ont salué les propos du général. «On devrait bien écouter ce qu'a dit Golan. Même s'il ne visait pas directement l'armée ou l'Etat, il a parlé d'un phénomène (...) dont chaque Israélien qui se préoccupe de la santé de la société du pays, devrait se sentir concerné», a ainsi affirmé le journal de gauche Haaretz.

En mars 2016, Charles Enderlin, l'ex-correspondant de France 2 au Proche-Orient, revenait aussi dans Le Monde Diplomatique sur les tensions qui régnaient en Israël, notamment contre les organisations de gauche. «Pas une semaine ne passe sans que la droite et l’extrême droite israéliennes prétendent débusquer de nouveaux traîtres. Organisations non gouvernementales (ONG) de gauche qualifiées de ''taupes financées par l’étranger'' collaborant avec l’''ennemi palestinien''; écrivains, artistes, personnalités politiques : sur le Web, tous ont droit au shaming, c’est-à-dire aux intimidations et aux humiliations, souvent accompagnées d’insultes racistes et de menaces. En raison de leur opposition à l’occupation des territoires palestiniens, ou seulement parce qu’ils défendent la démocratie», écrivait-il.
 
Le procès, qui débute réellement le 23 mai, devrait peut être permettre de mieux décrire cette situation. 
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