Le conflit israélo-palestinien se joue aussi sur les terrains de football

Lionel Messi lors d\'une tournée de l\'équipe de Barcelone dans le stade d\'Hébron en Cisjordanie avec de jeunes joueurs (et joueuses) palestiniens en 2012.
Lionel Messi lors d'une tournée de l'équipe de Barcelone dans le stade d'Hébron en Cisjordanie avec de jeunes joueurs (et joueuses) palestiniens en 2012. (Salih Zeki Fazlioglu / Anadolu Agency)

Au Proche-Orient, même le foot est compliqué. Au point que la FIFA (la très puissante Fédération Internationale de Football) a dû réunir pas moins d’une «task force» pour faciliter les matches de football en territoires palestiniens, toujours sous contrôle israélien.

Les dirigeants du football israélien et palestinien se sont rencontrés à nouveau le 23 septembre au siège de la FIFA à Zurich pour discuter des moyens de faciliter les déplacements des joueurs de et vers la Palestine. C'est Israël en effet qui contrôle ces accès.

Pour tenter d'attenuer les conflits, Sepp Blatter a reçu mandat du congrès de la FIFA, pour faire se rencontrer les deux fédérations, dont l'une, l'israélienne, est affiliée à l'Europe (UEFA) et l'autre, la palestinienne, à l'Asie. Trois semaines après leur toute première rencontre sous l'égide de la FIFA en terre suisse, les présidents des fédérations palestinienne, Jibril Rajoub, et israélienne, Avi Luzon, ont poursuivi leurs discussions pendant trois heures sans parvenir à s'entendre sur un protocole d'accord. L'objectif de ces rencontres est d'arriver à faciliter l'entrée en Palestine ou la sortie d'équipes, d'arbitres, mais aussi de matériel de football, alors que ces déplacements se heurtent aux restrictions imposées par les autorités  israéliennes.


Le dernier exemple en date remonte à août 2013. La Palestine avait saisi la FIFA du refus d'Israël d'autoriser plusieurs équipes arabes, rattachées à la Fédération d'Asie de l'Ouest, de se rendre dans les territoires palestiniens occupés par l'Etat hébreu pour le compte du Championnat arabe des moins de 17 ans. Israël a finalement cédé a indiqué un responsable jordanien. «Le président de la Fédération d'Asie de l'Ouest (WAFF), le Prince Ali Bin al-Hussein et le vice-président de la FIFA sont intervenus avec l'UEFA pour régler la question», selon le secrétaire général du WAFF.

Le problème n’est pas nouveau puisque déjà en 2010, après avoir rencontré M.Rajoub à Zurich, le président de la FIFA, Sepp Blatter – qui a financé pour plus d'un million de dollars (720.000 euros) deux stades à Ramallah – avait demandé «à la Fédération israélienne de football et au gouvernement israélien de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que les efforts de la Palestine en faveur du football puissent aboutir», rapportait déjà Le Monde de l’époque.

On le voit, le football n’échappe pas aux conséquences globales du conflit israélo-palestinien. Pourtant, en 1993, un vent d’espoir avait soufflé, sur les terrains de foot, comme dans toute la région. En octobre, juste après l'accord israélo-palestinien, l'équipe palestinienne avait joué son premier match international d'envergure à Jéricho, face au Variétés Club de France comptant notamment Michel Platini, Alain Giresse, Tigana.

La Fifa avait reconnu la Fédération palestinienne en 1998. Mais la Palestine ne disposait pas d’infrastructures. Pour les phases de qualification au Mondial, elle jouait «à domicile» sur le terrain de Doha, au Qatar, Et certains joueurs n’avaient pu quitter les territoires occupés.
 
Aujourd'hui, comme l'explique le Français Jérôme Champagne, ancien bras droit de Joseph Blatter à la FIFA, aujourd'hui conseiller de l'Autorité palestinienne pour le développement du sport, «les progrès réalisés depuis trois ans sont énormes. Il y a une Fédération qui fonctionne, un Championnat professionnel à douze équipes, une Ligue féminine et dix terrains aux normes internationales.», rapporte L'Equipe.

Mais cela ne suffit pas forcément. «Il y a deux ans, Michel Platini avait évoqué la possibilité de la remise en cause de la présence d'Israël au sein de l'UEFA, si les envois d’équipements sportifs que cette organisation avait fait en direction des Palestiniens étaient toujours bloqués à la frontière (comme toujours "pour des raisons de sécurité" : sans doute Israël soupçonnait l’UEFA de faire passer des explosifs à travers les ballons et filets de buts). Dès le lendemain, Israël avait levé les obstacles. Platini avait donc réussi à obtenir plus que Barack Obama», racontait cet été Pascal Boniface le directeur de l'IRIS et fan de foot . 

Il s'exprimait alors que des militants pro-palestiniens dénonçaient la tenue en Israël du championnat d'Europe Espoirs et que certains joueurs (ou ex-joueur comme Cantona) avaient appelé au boycott de la compétition. 

Alors que les négociations israélo-palestiennes, qui ont timidement repris, piétinent, Sepp Blatter n'a sûrement pas fini de discuter de la version foot de la question du Proche-Orient.

Vous êtes à nouveau en ligne