Daech convoite la bande de Gaza et menace le Hamas

Le 3 juillet 2015, un an après la guerre des cinquante jours de l\'été 2014, un jeune Palestinien arpente les rues de Beit Hanoun en attente de reconstruction.
Le 3 juillet 2015, un an après la guerre des cinquante jours de l'été 2014, un jeune Palestinien arpente les rues de Beit Hanoun en attente de reconstruction. (Mohamed Abed/AFP)

Un an après la dévastation de la bande de Gaza par l’armée israélienne, la population de ce territoire palestinien, exigu et surpeuplé, vit toujours dans les ruines et la hantise du nouveau danger qui ravage la région. L’organisation de l’Etat islamique convoite en effet cette bande frontalière d’Israël, et menace le Hamas qui la gère depuis le putsch contre l’autorité palestinienne en 2007.


Sous blocus israélien depuis 2006, la population de la bande de Gaza n’a toujours pas pu s’engager dans la reconstruction de son territoire, dévasté il y a un an par l’opération israélienne «Bordure protectrice».
 
Selon Robert Turner en charge des opérations de l’UNRWA, l’office des Nations Unies pour les réfugiés, sur 1,8 millions de personnes vivant dans cette bande de 362 km², 80% dépendent de l’aide internationale, 40% vivent sous le seuil de pauvreté et plus de 40% sont chômeurs.
 
Les écoles de l’ONU sont fermées aux déplacés et l’UNRWA dispose «de quoi reconstruire 200 maisons, alors qu’il y en a 7000 à reconstruire».
 
Sur fond de pénurie d’eau et de manques en tous genres – médicaments, denrées alimentaires ou matériaux de construction –, notamment depuis les destructions des tunnels de contrebande et le contrôle sévère du point de passage de Rafah par l’Egypte, la situation de la Bande ne fait qu’empirer.

Le Hamas dans le collimateur d'un nouvel ennemi 
Le Hamas, qui gouverne ce territoire depuis sa guerre fratricide avec le Fatah et l’éviction de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas en 2007, est désormais dans le collimateur d’un nouvel ennemi : les salafistes de la mouvance de l’Etat Islamique.
 
Parallèlement à l’offensive lancée contre les forces égyptiennes dans le Sinaï, le mouvement salafiste Ansar Beit al-Maqdes, la branche régionale de Daech, a diffusé le 30 juin 2015 une vidéo dans laquelle il accuse les «tyrans du Hamas» de laxisme dans l’application de la Charia.
 
Dans ce document, un djihadiste prévient : «Nous allons éradiquer l’Etat des juifs, vous et le Fatah. Tous les laïcs ne sont rien et vous serez envahis par nos multitudes rampante.» Fort de sa percée fulgurante en Irak et en Syrie, Daech entend poursuivre sur sa lancée.

«Nous allons mettre Gaza en lambeaux et en sang» 
«Je jure devant Dieu, menace encore le djihadiste dans la vidéo, nous allons faire la même chose que ce que nous avons fait au camp de Yarmouk. Nous allons le répéter de nouveau à Gaza, nous allons mettre Gaza en lambeaux et en sang.»
 
Le communiqué de Daech fait référence à Yarmouk, le camp de réfugiés palestiniens en Syrie affamé par le régime de Bachar al-Assad et désormais occupé en partie par les combattants salafistes. Ces premières menaces publiques font suite à une série d’incidents meurtriers ces dernières semaines entre le Hamas et des groupes de militants soutenant l’organisation de l’Etat islamique et s'opposant à toute idée de cessez-le-feu avec l’Etat hébreu.
 
Des «Partisans de l’Etat islamique à Jérusalem» ont revendiqué le 8 mai 2015 des tirs de mortiers contre une base de la branche armée du Hamas à Khan Younès dans le sud du territoire, des tirs de roquettes contre les environs de la ville d’Ashdod en Israël et un attentat à la bombe contre un responsable de la sécurité du Hamas.

Le Hamas contrôle la situation mais connaît des divisions 
De son côté, le mouvement islamiste qui administre Gaza a procédé a des dizaines d’arrestations dans les rangs de la mouvance salafiste, dont le cheikh Adnane Khader Mayat, soupçonnés de liens avec Daech. Un jeune chef salafiste de 27 ans, Youssef al-Hatar a, lui, été tué dans des échanges de tirs lors de son arrestation.
 
Même si nombres d’experts, et le Hamas lui-même, affirment que «le territoire est toujours sous contrôle», des divisions existent au sein du mouvement et la détérioration des conditions de vie fait souvent le lit de la radicalisation.
 
A l’issue de sa visite dans la région, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier avait estimé que la bande de Gaza était «un baril de poudre».
Vous êtes à nouveau en ligne