Berlinale : le film norvégien "U-22 juillet" fait revivre la tuerie du néo-nazi Anders Breivik

L\'île norvégienne d\'Utøya, en juillet 2013.
L'île norvégienne d'Utøya, en juillet 2013. (GROTT, VEGARD / NTB SCANPIX MAG)

Le long-métrage est présenté au festival international du film de Berlin, où il est en lice pour l'Ours d'or.

Ce film rouvre les plaies de tout un pays. Presque sept ans après la tragédie, U-22 juillet reconstitue la tuerie d'Utøya, perpétrée par le néo-nazi Anders Breivik. Présenté à la Berlinale, lundi 19 février, ce long-métrage fait revivre en temps réel cette journée, du côté des jeunes Norvégiens visés par le terroriste. Le 22 juillet 2011, l'extrémiste avait traqué pendant plus d'une heure les participants à un camp d'été de la Jeunesse travailliste et avait abattu 69 d'entre eux, pour la plupart des adolescents.

"Cela doit participer du processus de guérison"

Conscient de rouvrir des plaies dans son pays, le réalisateur Erik Poppe a justifié sa démarche devant la presse. "Si l'on attend que ça ne fasse plus mal, ça sera trop tard. C'est dur, mais ça doit participer du processus de guérison", a-t-il expliqué. Cet ancien photographe de guerre a eu l'idée du film car "le souvenir de ce qui s'était passé sur cette île s'estompait", occulté par les multiples provocations d'Anders Breivik et le débat sur un mémorial dédié aux victimes.

Le réalisateur Erik Poppe, lors de la présentation du film à Berlin (Allemagne), le 19 février 2018.
Le réalisateur Erik Poppe, lors de la présentation du film à Berlin (Allemagne), le 19 février 2018. (RALF HIRSCHBERGER / DPA-ZENTRALBILD / AFP)

Le Norvégien a rapidement écarté l'idée d'un documentaire. "Avec une fiction, on arrive peut-être à raconter quelque chose plus près de la réalité" qu'en se focalisant sur quelques témoignages, selon lui. Il a toutefois consulté les survivants et les proches de victimes pour livrer un récit "entièrement du côté des jeunes". Le film comporte de longues prises de vues, dont une séquence de 72 minutes. Soit le temps exact qu'a duré la tuerie sur la petite île, au nord-ouest d'Oslo.

L\'île norvégienne d\'Utøya, le 22 juillet 2011.
L'île norvégienne d'Utøya, le 22 juillet 2011. (MEEK, TORE / NTB SCANPIX MAG / AFP)

Ce film fait débat parmi les rescapés

Ce projet divise les rescapés. Le réalisateur "Erik Poppe fait du pire cauchemar de ma vie un divertissement", s'est emporté Kent Rune Pedersen, l'un des survivants du massacre, qui se dit toujours hanté par "des flash-back, des rêves, des bruits, des cris et des images". A l'inverse, Tore Remi Christensen estime que c'est un "film qui met très mal à l'aise, mais il le faut pour que les gens comprennent ce qui s'est passé ce jour-là". Ce rescapé avait échappé au tueur en se cachant dans des toilettes. Il estime que le film n'est "en tout cas pas du divertissement".

Le long-métrage ne montre pas la tuerie à proprement parler, à l'exception de jeunes blessés ou agonisants. Il se concentre surtout sur les bruits angoissants et les sentiments des jeunes luttant pour leur survie sur l'île. Le film U-22 juillet a été tourné sur une île proche d'Utøya, mais pas sur place, avec des acteurs pour la plupart amateurs. Sa sortie est prévue le 19 mars en Norvège. D'autres projets sont en cours sur ce drame, dont une série en six épisodes en Norvège sur le sort de ceux qui ont été touchés indirectement. Sa diffusion est prévue en 2019.

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