VIDEO. Arabie saoudite : quand une application pour smartphone permet aux hommes de surveiller les femmes

ENVOYÉ SPÉCIAL / FRANCE 2

En Arabie saoudite, voici comment le téléphone est devenu un instrument d'oppression. Une application permet aux hommes de contrôler encore davantage les déplacements des femmes. "Envoyé spécial" a recueilli le témoignage de deux jeunes Saoudiennes qui ont réussi à s'enfuir.

"Partout dans le monde, les citoyens connaissent la galère de devoir prendre une journée pour n’importe quelle formalité, ne serait-ce que renouveler un passeport ou un permis de conduire… Mais pas en Arabie saoudite ! Avec l’application Absher, dites adieu à ce cauchemar ! Absher, c’est votre 'génie de la lampe à vous', il vous rend la vie plus facile en quelques clics sur votre téléphone !"

Cette application révolutionnaire, si l'on en croit la publicité, ne facilite pourtant pas la vie de tout le monde. Pas celle des femmes, en tout cas : en Arabie saoudite, elles restent toute leur vie sous la tutelle d'un père, d'un mari ou d'un homme de leur famille – leurs "gardiens".

C'est spécialement pour eux que le gouvernement saoudien a créé l'application Absher, qui permet d'accéder à toutes sortes de services en ligne, mais aussi de contrôler les déplacements des personnes dont ils ont la charge. Ce système patriarcal en vigueur en Arabie saoudite s'appelle la wilaya, et c'est lui qu'ont fui Dua et Dalal, deux jeunes sœurs qui se sont confiées à "Envoyé spécial" en Turquie, où elles se sont réfugiées.

"On te contrôle avec la technologie"

Avec Absher, le "gardien" reçoit automatiquement une notification si sa femme ou sa fille demande un passeport, essaie de réserver un billet d’avion ou se présente à la douane d'un aéroport. "Là, comme on a passé la douane en Turquie, explique Dalal, sur l’Absher de notre père, c’est marqué 'Dalal en Turquie', 'Dua en Turquie'." "L’appli donne le contrôle de tout ce qui te concerne au portable de ton 'gardien', poursuit Dua. On te contrôle avec la technologie." 

Pour elles comme pour la plupart des Saoudiennes, la wilaya et Absher faisaient partie des choses normales... C'était avant un voyage en famille, où elles ont vu pour la première fois une femme au volant. Ce jour-là, elles ont réalisé que le reste du monde vivait autrement. Dua se souvient : "Dès qu’on croisait une femme au volant, je criais 'C’est une femme qui conduit !' Encore aujourd’hui, ici en Turquie, à chaque fois, quand je vois une fille qui conduit, je m’arrête pour la regarder, confie-t-elle, alors que c’est complètement normal."

Extrait de "Les fugitives", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 13 février 2020.

Vous êtes à nouveau en ligne