Un prince de Bahreïn dans le viseur de la justice britannique

Le prince de Bahreïn Nasser Ben Hamad Al-Khalifa lors d\'une compétition équestre en 2011.
Le prince de Bahreïn Nasser Ben Hamad Al-Khalifa lors d'une compétition équestre en 2011. (MARWAN NAAMANI / AFP)

Le jeune cheikh Nasser Ben Hamad Al-Khalifa, poursuivi pour actes de torture lors des révoltes dans son pays en 2011, ne peut se prévaloir d’aucune immunité au Royaume-Uni. Rien ne s’oppose désormais à l’ouverture d'une enquête de Scotland Yard.

Mauvaise nouvelle pour Nasser Ben Hamad Al-Khalifa. Après des mois de procédures, la Haute Cour britannique a en effet annoncé le 7 octobre 2014 qu'en dépit de son sang royal, le quatrième fils du souverain de Bahreïn, 27 ans, ne bénéficiait d'aucune immunité au Royaume-Uni et qu'il pouvait par conséquent y être jugé comme n'importe qui. Le prince, qui passait jusqu'à présent une bonne partie de sa vie à Londres, et qui considère l'Angleterre comme sa deuxième patrie, va donc devoir espacer un peu ses visites s'il veut échapper aux prétoires et peut-être à la prison.
  
Car les faits qui lui sont reprochés sont extrêmement graves. Non seulement il aurait ordonné des actes de torture contre certains opposants, lors des révoltes à Bahreïn sur fond de Printemps arabe en 2011, mais il aurait participé personnellement aux exactions. L'une de ses victimes, Mohammad Habib Al-Mekdad, président d’une association d’aide aux orphelins, assure par exemple que le jeune prince, après lui avoir demandé «Sais-tu qui je suis ?», lui a craché dans la bouche et l'a lui-même frappé à coups de gourdin, avant de laisser ses tortionnaires lui déchirer la jambe à la perceuse électrique.

Le Forum bahreïni pour les droits de l'Homme fait état de plusieurs autres témoignages de la même eau. Et assure que Khalid, le petit frère de Nasser Ben Hamad Al-Khalifa aurait lui aussi mis la main à la pâte. Dans ce contexte, la plainte déposée au Royaume-Uni en août 2012 par un réfugié politique du petit royaume du Golfe est prise très au sérieux par la Haute Cour britannique.    
  
En France, le prince n'est nullement inquiété
Inutile de dire que cette affaire risque de tendre très rapidement les relations entre Londres et la monarchie gazière. A peine connue la décision du juge John Laws, les autorités de Bahreïn ont publié un communiqué outragé pour «rejeter catégoriquement les accusations contre cheikh Nasser» et dénoncer une plainte «politique et opportuniste» qui «tente d'abuser de la justice britannique». Sans doute étaient-elles à mille lieues d'imaginer que ce fils chéri du royaume, cavalier émérite et président du comité Olympique de son pays, puisse un jour avoir des comptes à rendre à des juges étrangers.   
  
Il est vrai qu'elles avaient quelques raisons pour cela. Durant l’été 2014, en dépit des protestations de plusieurs ONG, qui exigeaient son arrestation, le prince n'avait pas hésité à venir plastronner en Normandie lors des jeux équestres mondiaux. Et il n'avait nullement été inquiété par les autorités françaises. Saisi d'une plainte, le pôle crime contre l'humanité du parquet de Paris avait rapidement classé l'affaire, après avoir recueilli l'avis du Quai d'Orsay, en invoquant l'immunité du fils de l'émir...


Retour en vidéo sur la répression de la contestation chiite à l'encontre de la dynastie sunnite des Al-Khalifa en 2011

 

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