Ryad coupe (encore) le robinet du pétrole au Caire à cause de la Russie!

(FAYEZ NURELDINE / AFP)

L'Egypte ne recevra pas de pétrole de la compagnie saoudienne Aramco en novembre pour le deuxième mois consécutif et doit à nouveau s'approvisionner sur les marchés internationaux. Ryad ne décolère pas du rapprochement entre Le Caire et Moscou. L’Algérie était venue à la rescousse de l’Egypte en octobre.


Pour le deuxième mois consécutif, l’Arabie Saoudite a décidé de punir l’Egypte en lui coupant l’approvisionnement en pétrole pour novembre. Une décision qui peut être reportée sine die. «En novembre, nous achetons sur des marchés internationaux», a confirmé le responsable du ministère, ajoutant que l'Egypte n'avait pas été informée d'une éventuelle reprise des livraisons d'Aramco. Ryad ne motive pas la fermeture du robinet. En octobre, le géant pétrolier saoudien Aramco a affirmé que son acte n’obéissait pas à une position politique, sans plus d’explications.
 
Pourtant, la politique étrangère du Caire est bien derrière cette «punition». L’Egypte du président Sissi ne s’aligne plus sur Ryad. Les deux pays ne partagent pas la même analyse sur la stratégie pour mettre fin aux conflits en Syrie et au Yémen. «On parle toujours d'alliance stratégique entre Le Caire et Ryad. Ce n'est pas la réalité. Une alliance stratégique, ça signifie une entente en ce qui concerne les dossiers régionaux. Ce n'est pas le cas pour la Syrie et le Yémen», tranche le commentateur politique égyptien Abdallah al-Sinawi.

 
Le dossier est bien politique: la décision du pétrolier saoudien est intervenue au lendemain du vote de l’Egypte, samedi 8 octobre 2016, en faveur d'une résolution de la Russie sur la Syrie mettant son veto sur un autre texte présenté par la France avec le soutien saoudien. Ryad soutient des groupes d'opposition à Bachar al-Assad, alors que Le Caire croit en une solution politique qui inclut le président syrien. 
 
L'Arabie Saoudite avait passé un accord en avril avec l'Egypte pour la fourniture, sur cinq ans, de 700.000 tonnes de produits pétroliers par mois, pour une valeur de 23 milliards de dollars (20,8 milliards d'euros). En obligeant Le Caire à lancer dans la précipitation des appels d'offres sur les marchés  internationaux, Ryad lui rappelle sa dépendance.
 

En se rangeant symboliquement dans le camp des partisans du président syrien Bachar al-Assad, l'Egypte a pris ses distances avec l'Arabie Saoudite, qui a tenu financièrement à bout de bras le gouvernement d'Abdel Fattah al-Sissi depuis que celui-ci a renversé il y a trois ans le président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans.
 
Pour réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Arabie Saoudite, l’Egypte cherche à diversifier ses fournisseurs. Une indépendance qui passe (aussi) par le règlement de la crise libyenne.
 
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