Les dix clés pour comprendre la bataille de Mossoul, la «capitale» de Daech

Mossoul, deuxième ville d'Irak, est aux mains de l'organisation djihadiste Etat islamique (EI). Les forces irakiennes, appuyées par la coalition menée par Washington, ont lancé une offensive pour la reprendre. Abou Bakr al-Baghdadi, depuis le haut du minbar de la grande mosquée, s’y était autoproclamé «calife». Que va devenir Daech après la reprise de la ville? Focus.


1-Carrefour commercial
Traversée par le Tigre et située à 350 km au nord de Bagdad, Mossoul est la plus grande ville du nord de l'Irak et le chef-lieu de la province de Ninive, riche en pétrole. Plateforme commerciale entre la Turquie, la Syrie et le reste de l'Irak, Mossoul était réputée pour ses fins tissus de coton, les mousselines. Elle a longtemps été connue pour ses sites historiques, ses monuments remontant au XIIIe siècle, ainsi que ses parcs avant de devenir un terrain de violences quotidiennes après l'invasion américaine en 2003. Sa population actuelle est estimée à environ 1,5 million d’habitants.

2-Proclamation du Califat
Dernier bastion du parti Baas de l'ancien dictateur Saddam Hussein, puis place forte d'al-Qaïda, Mossoul tombe sans véritable résistance aux mains des djihadistes de l'organisation Etat islamique le 10 juin 2014. C'est à Mossoul qu'ils choisissent de proclamer le 29 juin 2014 leur califat à cheval entre la Syrie et l'Irak. Abou Bakr al-Baghdadi, depuis le haut du minbar de la grande mosquée, s’autoproclame «calife». Ville majoritairement sunnite dans une région à majorité kurde, elle comptait traditionnellement de nombreuses minorités (Kurdes, Turcomans, chiites, chrétiens...). Durant l'été 2016, la coalition internationale a lancé de nombreux raids autour de la ville, qui avait déjà été sérieusement endommagée durant la guerre Iran-Irak (1980-1988) puis régulièrement bombardée par l'aviation américaine avant sa prise par les forces américano-kurdes en avril 2003.
 
3-Nettoyage confessionnel
Plus de 500.000 personnes ont quitté la ville après sa prise par Daech. Des dizaines de milliers d'habitants avaient fui les djihadistes, notamment la plupart des milliers de chrétiens confrontés à un ultimatum de l'EI en juillet 2014: se convertir à l'islam, payer une taxe spéciale ou quitter la ville sous peine d'être exécutés. Pour traumatiser la population, l’organisation extrémiste diffuse des vidéos de crucifixion.

           
4-«Révolution culturelle»        
«Ces livres appellent à la désobéissance à Dieu, ils doivent être brûlés», explique un djihadiste aux habitants en incendiant les trésors de la Bibliothèque centrale de Mossoul en janvier 2015. Bilan: des centaines de manuscrits, des œuvres antiques et des vieux journaux détruits. Dès juillet 2014, Daech s'en est pris aux mausolées chiites et aux  sanctuaires, souvent richement décorés. Le groupe a dynamité la mosquée abritant la tombe du prophète Jonas (Nabi Younès) et le sanctuaire de Seth (Nabi Chith) considéré comme le troisième fils d'Adam et Eve dans les traditions juive, chrétienne et musulmane. En février 2015, les djihadistes se sont filmés en train de vandaliser les  trésors du musée de Mossoul datant notamment des périodes assyrienne et  hellénistique.     

5- Histoire tourmentée
Située face aux ruines de l'antique Ninive en Haute-Mésopotamie, Mossoul a été conquise par les Arabes en 641. Capitale d'un Etat seldjoukide à la fin du XIe siècle, elle atteint son apogée au siècle suivant. Prise et pillée par les Mongols (1262), elle passe sous domination des Perses puis des Ottomans. En 1918, la Grande-Bretagne annexe cette région pétrolifère à l'Irak (sous mandat britannique) alors que la France prévoyait son rattachement à la Syrie française. La Turquie proteste mais la Société des nations (SDN) confirme cette annexion en 1925.

Combattant de Daech avec le drapeau de l\'organisation djihadiste à Mossoul (Irak), le 24 juin 2014.
Combattant de Daech avec le drapeau de l'organisation djihadiste à Mossoul (Irak), le 24 juin 2014. (Reuters - Stringer)

6-Militaires chiites hors de la ville
Les sunnites de Mossoul craignent que leurs libérateurs chiites ne soient aussi leurs futurs tortionnaires. Les craintes d'un déchaînement de violences intercommunautaires entre sunnites et chiites ont convaincu les autorités de Bagdad d'exclure les milices chiites de l'offensive attendue de longue date pour reprendre Mossoul au groupe Etat islamique (EI). Les miliciens des FMP (Forces populaires de mobilisation ou Hachd al-Chaabi en arabe, appelées également Unités de mobilisation populaire), qui jouissent d'un statut officiel reconnu à Bagdad, ont été accusés par les Nations Unies et des associations de défense des droits de l'Homme d'exactions de toutes sortes dans des secteurs repris à l'EI. Ce sont des combattants aux qualités reconnues, mais leur présence au front est souvent mal vécue, voire crainte par les habitants de secteurs à majorité sunnite. Le gouvernement irakien veut pour cette raison les tenir éloignés de Mossoul.  


7-Crise humanitaire
«On se prépare à faire face à une urgence de grande ampleur», explique Maulid Warfa, responsable de l'antenne de l'Unicef au camp de Dakouk. Dans les deux premières semaines de l'offensive contre Mossoul, l'ONU s'attend au déplacement d'environ 200.000 personnes. Un million de personnes pourraient être chassées de chez elles quand nombre de civils pourraient être utilisés comme boucliers humains ou gazés. Face à un exode d'un million de personnes, les Nations Unies disent avoir besoin d'un milliard de dollars. Pour l'heure, seuls 230 millions sont arrivés dans les caisses de l'ONU et de ses agences d'aide humanitaire. Six camps pour les personnes déplacées ont été construits par le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), d'une capacité totale de 50.000 personnes. Il en est prévu onze autres.

  
8-Présence turque
«Nous ferons partie de l'opération, nous serons à la table. Il est hors de question que nous restions en dehors», tranche le président turc. Recep Tayyip Erdogan revendique un rôle de premier plan dans les opérations à venir, se posant en protecteur des sunnites, face à une armée irakienne à dominante chiite. La Turquie, présente en Syrie et en Irak, entretient des relations tendues avec les autorités de ces deux pays. Les unités turques présentes dans le nord du pays ont été qualifiées de «forces occupantes» par le Premier ministre irakien, Haïdar Al-Abadi. Ankara exclut de retirer ses troupes de Bachika.
 
9-Entre 3.500 et 6.000 combattants de Daech face à une coalition hétéroclite
Le nombre d'acteurs impliqués dans la bataille de Mossoul est impressionnant: l'armée irakienne, le fameux et redouté service du contre-terrorisme, la police fédérale et locale, les milices chiites dont beaucoup obéissent aux ordres de Téhéran, les peshmergas, la Turquie, les Etats-Unis et les pays de la coalition  internationale. Les troupes irakiennes pourront compter sur la couverture des avions de la coalition internationale et l'envoi de 600 soldats américains supplémentaires, portant à 4.600 le nombre de militaires dépêchés par Washington en Irak. Comment reprendre Mossoul  aux djihadistes? Dans ses dernières heures, la  bataille se réduira certainement à des combats rapprochés rue par rue. Les forces irakiennes, si elles suivent la même tactique qu'à Tikrit et Ramadi, respectivement reprises en mars 2015 et février 2016, vont encercler la ville avant de lancer l'assaut final. Les forces d'élite du contre-terrorisme pourraient être de nouveau en première ligne.


10-Ensuite, quel avenir?
Les autorités irakiennes et Washington reconnaissent qu’il n’existe, jusqu’à présent, aucun plan pour l’après-Daech à Mossoul. Minée par des dissensions internes, l’organisation djihadiste fait face aussi à des désertions depuis de nombreux mois et multiplie les exécutions. Face à une armada suréquipée, l’EI ne semble pas en mesure de l'emporter. «Ses hommes pourraient se retirer dans un premier temps vers Raqqa, en Syrie, ou s’évaporer dans la région. Mais même une fois la formation pulvérisée, si les problèmes ne sont pas réglés, un nouvel avatar clandestin peut réapparaître, plus violent et plus vengeur», prévient la chercheuse Loulouwa al-Rachid dans Libération
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