Michel Setboun : « Paris était la capitale du photojournalisme »

Michel Setboun à Bayeux
Michel Setboun à Bayeux (pierre magnan)

Michel Setboun est photographe. Photojournaliste. Il a été dans les grandes agences de photos françaises qui ont tenu le marché pendant près de 40 ans, de 1970 à 2010 environ. Il se penche sur cette histoire...récente.

Sipa, Sygma, Gamma... Ces noms sont des légendes dans le journalisme, dans le photojournalisme. Pas un événement sur la planète sans que l'une de ces agences ne soit là et que le monde découvre à travers ses clichés ce qu'il s'y passait. Signe des temps, des évolutions des techniques, mais aussi de l'économie de la presse, elles ont disparu, ou presque. Michel Setboun, qui fut l'un des photographes qui a vécu cette aventure a décidé de raconter cette aventure à travers trois livres  : 40 ans de photojournalisme,génération SIpa (Ed La Martinière) et sa suite sur l'agence Sygma. Le troisième sur l'agence Gamma est en devenir.

«Quand Sipahioglu, le photographe qui a fondé Sipa, est mort, toute la profession est venue lui rendre hommage le 13 octobre 2011 au théatre de l'Odéon, à Paris. Il incarnait ce métier», raconte M.Setboun. Sipa avait été créée en 1973. Elle symbolisait le photojournalisme

«C'était incroyable, raconte Michel Setboun. Pendant 30 ans, la photo s'est faite à Paris. Les commandes venaient des grands journaux américains mais tout se faisait à Paris», s'enthousiame-t-il avec nostalgie.

Cet âge d'or a disparu,comme les agences.

«C'était Tintin et Milou cette vie» 
M
ichel Setboun, aujourd'hui âgé de 61 ans, était architecte quand il a décidé de se lancer dans la photo pour echaper à un métier qu'il voyait comme un peu routinier. «A l'époque, c'était possible, on apprenait sur le terrain», raconte-t-il à Bayeux, où se tient le prix des correspondants de guerre.

«Je suis parti en 1978 pour Sipa en Iran parce que je connaissais. J'étais en avance. J'ai eu de la chance et il faut savoir la saisir. J'ai passé huit ans à Sipa. C'était Tintin et Milou cette vie». Michel Setboun connaît le métier. Il a couvert la révolution iranienne, l'Afghanistan, la guerre civile au Liban...Il a été blessé au Salvador «juste une balle là» dit-il modestement en montrant son côté droit... et il a eu un premier prix au World Press.

Il a été acteur et témoin d'un âge d'or du photojournalisme. «L'argent coulait à flot. On était très bien payé. On avait l'argent, tout frais payé. Quand j'ai été blessé dans la guerre civile salvadorienne Newsweek a envoyé un hélicoptère pour me rappatrier. Et puis, l'adrénaline est une drogue dont on se passe dificilement », reconnait-il.

Michel Setboun a eu envie ensuite d'un autre parcours, en raison de «la frustration engendrée par l'actualité : on ne créé pas l'événement. Or j'avais envie d'être l'auteur, d'où la réalisation de travaux plus personnels».

L'histoire d'une génération
Dans ses livres, il revient sur ce métier et donne la parole à cette génération de photographes, «une secte» , qui se connaissaient tous. «Mais aujourd'hui tout a changé. Avec le numérique, il y a 15.000 photos par jour. Aujourd'hui l'événement existe dans la seconde. Résultat les prix ont chuté, une vraie dégringolade. Il n'y a quasiment plus de journaux qui envoient des photos reporters sur les guerres», constate-t-il.

C'est pour faire revivre cette histoire, de Paris capitale mondiale de la photo d'actualité, qu'il a décidé de faire ces livres consacrées aux hommes qui ont fait la gloire de ces trois agences mythiques. Des livres en bleu, blanc et rouge pour montrer que c'était en France que «cette génération» de photographes a créé la légende.

Mais aujourd'hui son combat est ailleurs. Il voudrait que l'on sauve ces millions de photos dispersées dans ces agences à la dérive ou dans les archives des photographes et qui sont un témoignage sur les pays traversés et l'histoire des hommes. Des pays qui souvent n'avaient pas de photographes à l'époque pour enregistrer leur propre histoire. Un travail qui dépasse le seul pouvoir d'un photographe, fut-il passionné.

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