Michel Germaneau aurait été exécuté très loin de la zone du raid mené pour le libérer, selon Bernard Kouchner

François Fillon et Bernard Kouchner à la sortie de la réunion à l\'Elysée - 26/07/10
François Fillon et Bernard Kouchner à la sortie de la réunion à l'Elysée - 26/07/10 (AFP Bertrand Langlois)

"Semble-t-il, Michel Gemaneau serait mort très loin de cette frontière, exécuté à une date que nous nous ne connaissons pas", a précisé mardi le ministre des Affaires étrangères.Prié de dire si l'otage français de l'organisation Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a été assassiné avant le raid mené jeudi, il a répondu : "Je ne le sais pas."

"Semble-t-il, Michel Gemaneau serait mort très loin de cette frontière, exécuté à une date que nous nous ne connaissons pas", a précisé mardi le ministre des Affaires étrangères.

Prié de dire si l'otage français de l'organisation Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a été assassiné avant le raid mené jeudi, il a répondu : "Je ne le sais pas."

"Etait-il mort avant cette opération ? Est-il mort après ? Je n'en sais rien, a déclaré, impuissant, le ministre sur RTL. Le Premier ministre François Fillon a quant à lui déclaré que l'otage était condamné depuis le jour où nous avons reçu cet ultimatum du 12 juillet. C'est en raison du caractère anormal, étrange de cet ultimatum, et de ce refus d'engager la discussion avec les autorités françaises, que nous pouvons penser que Michel Germaneau était déjà mort à ce moment-là. Mais ce n'est qu'une supposition", a-t-il dit.

La France et la Mauritanie avaient lancé deux opérations au Mali pour tenter de libérer cet humanitaire français, originaire de Marcoussis.

Ce "crime" ne sera pas "impuni"
Mardi matin, le Premier ministre François Fillon a promis de traquer l'organisation Al-Qaïda au Maghreb islamique tout en excluant l'idée d'une vengeance. "La France ne pratique pas la vengeance, en revanche nous avons des accords avec les gouvernements de la région et en particulier avec le gouvernement mauritanien, avec le gouvernement malien, pour traquer ces terroristes et les livrer à la justice".

Par ailleurs, concernant la menace terroriste en France, "le niveau d'alerte est très élevée, on est au niveau maximum du plan Vigipirate", a-t-il dit.

Lundi, au cours d'une intervention à l'Elysée lundi matin, le président Nicolas Sarkozy a confirmé la mort de l'otage français. Le chef de l'Etat a condamné cet "acte barbare, cet acte odieux qui vient de faire une victime innocente", un crime qui "ne restera pas impuni". Nicolas Sarkozy, qui a assuré que tous les moyens avaient été mis en oeuvre pour tenter de libérer l'otage, n'a pas précisé les circonstances du décès de l'ingénieur français. Il a encore précisé qu'il n'y a pas eu "le moindre dialogue avec les autorités françaises".

Il a également demandé "instamment" aux Français "de renoncer à voyager" dans le Sahel.

Germaneau : revendication d'Aqmi authentifiée
Interrogée sur la nature des informations qui ont permis à Nicolas Sarkozy d'affirmer que l'otage français était bien décédé, une source au ministère français de la Défense a expliqué que c'était "notamment" parce que la France avait "identifié que la revendication de sa mort avait bien était faite par l'émir d'Aqmi".

Ce dernier, Abou Moussab Abdel Wadou, qui se fait également appeler "émir Droukdal", selon cette même source, s'était exprimé dans un message sonore diffusé dimanche par la chaîne Al-Jazira.

Il avait alors justifié la mort de l'otage par sa volonté de "venger" celle de six de ses combattants, tués jeudi lors d'une opération menée au Mali par la Mauritanie et la France contre une de leurs bases. Un bilan porté à sept jihadistes tués, selon les Mauritaniens. Au moins six combattants islamistes ont été tués lors de ce raid contre une base d'AQMI, jeudi dernier, dans le Sahara.

Le président malien "triste et indigné"

"C'est avec une grande tristesse et une profonde indignation que j'ai appris l'assassinat de votre compatriote, Michel Germaneau, par le groupe terroriste Aqmi qui le détenait en otage", écrit Amadou Toumani Touré dans un message à son homologue français Nicolas Sarkozy.

"Cet acte ignoble et odieux démontre à quel point ses ravisseurs ont du mépris pour la vie humaine", est-il ajouté dans le texte dont l'AFP a obtenu une copie. Amadou Touré rappelle une fois de plus "la nécessité d'une coopération sous-régionale franche, entière et diligente".

Les menaces d'Aqmi
Nicolas "Sarkozy a échoué à libérer son compatriote par cette opération mais il a, sans aucun doute, ouvert pour lui, pour son peuple et pour son pays l'une des portes de l'enfer", a encore déclaré le chef de l'Aqmi dans sa revendication.

"Depuis l'enlèvement de notre compatriote, les ravisseurs, en dépit des efforts des autorités françaises, ont refusé tout dialogue et n'ont formulé aucune revendication précise", a affirmé dimanche le ministère français des Affaires étrangères.

Les ravisseurs de Michel Germaneau avaient diffusé le 14 mai une photo où il paraissait très fatigué et un appel à l'aide de l'otage au président français Nicolas Sarkozy. Le 12 juillet, le chef de l'Etat avait a fait part lors d'une interview sur France 2, de sa "brûlante inquiétude" concernant l'otage.

La veille, Aqmi avait publié un message à l'attention de Paris dans lequel il menaçait de tuer le Français sous 15 jours si Paris ne répondait pas à ses demandes. Un responsable français sous couvert d'anonymat avait affirmé que Paris "avait la conviction" que Michel Germaneau "était mort depuis plusieurs semaines".

Londres avait refusé de céder aux exigences du groupe qui réclamait des Britanniques qu'ils oeuvrent à la libération de plusieurs de ses membres prisonniers dans des pays du Sahel. Ces mêmes exigences ont été formulées par Aqmi pour qu'elle épargne Michel Germaneau.

Le maire de Marcoussis réclame de la transparence
"Malgré ce qu'a dit le président de la République sur le devoir d'intervenir, il y a quand même des zones d'ombre dans cette affaire que je n'arrive pas pour ma part à élucider", a déclaré le maire de Marcoussis, Olivier Thomas, sur LCI. "Moi, je souhaite qu'on me dise comment, pourquoi, dans quelles conditions et qui a décidé ces interventions militaires, avec quelle part de risque pour l'otage, avec quelles conséquences", a-t-il ajouté.

Le maire de Marcoussis a annoncé qu'il serait reçu jeudi à Matignon par le Premier ministre, François Fillon. "(Il) m'a promis de me donner toute transparence et explications sur ce sujet", a dit Olivier Thomas.

Deux otages espagnols détenus par Aqmi
Un groupe d'Aqmi distinct de celui ayant exécuté Michel Germaneau, retient toujours en otage les Espagnols Albert Vilalta et Roque Pascual, enlevés le 29 novembre 2009 en Mauritanie et emmenés au Mali.

Mais leur sort suscite moins d'inquiétude que celui de l'otage français, car ils sont prisonniers d'une unité dirigée par l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, alias Belawar, dont les motivations sont essentiellement financières, selon les experts mauritaniens interrogés.

"Ce sont plus des commerçants que des islamistes purs et durs", souligne ainsi Moussa Samba Sy.

Le groupe qui a exécuté Michel Germaneau, dirigé par un "émir" algérien extrémiste décrit comme "violent et brutal", Abdelhamid Abou Zeïd, avait déjà tué il y a treize mois un autre otage occidental, le Britannique Edwin Dyer.

Ce même groupe avait en outre décapité 12 soldats mauritaniens lors d'une attaque menée le 14 septembre 2008 contre une caserne à Tourine (nord-ouest de la Mauritanie), rappelle Mohamed Fall Ould Oumère.

Réactions politiques
La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a estimé lundi que "les conditions effroyables de la détention et de l'exécution" de l'otage français, Michel Germaneau, "devront être éclaircies". "Mais aujourd'hui, nos pensées, tout comme celles de tous nos compatriotes, vont vers ses proches et sa famille".

Le maire de Marcoussis, Olivier Thomas, a fait part de son "premier sentiment est la tristesse, l'injustice. Ca tombe sur un homme qui se dévoue aux autres, qui se dévoue à un continent entier", a déploré-t-il dépoloré, pointant du doigt le "fanatisme religieux, quelle que soit la religion".

Seconde question du maire: "Comment ? Qui a décidé que la France allait participer (à un raid), alors que la vie d'un otage était en jeu ? Comment cela a-t-il été géré, et comment en est-on arrivé là ?", a questionné Olivier Thomas.

"Moi, je n'ai pas le souvenir qu'il y ait un otage français qui ait été exécuté depuis extrêmement longtemps". "Qu'on déclare la guerre au terrorisme (...), je trouve ça bien et juste (...). En même temps, mettre en danger la vie de Français qui sont allés là-bas pour des causes humanitaires, c'est une décision qui est terrible", a-t-il considéré.

Axel Poniatowski, président de la Commission des Affaires étrangères et secrétaire général adjoint de l'UMP, condamne un "acte lâche et barbare" et "considère comme inconcevable qu'un humanitaire engagé au service des plus faibles puisse faire l'objet d'un marchandage politique sordide".

Le Conseil français du Culte musulman (CFCM) a condamné l'exécution de l'otage Michel Germaneau qui constitue, selon un communiqué de son président Mohammed Moussaoui, un "assassinat barbare et odieux" qui nie les principes de l'islam dont se réclament les terroristes d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).

L'Union européenne a qualifié lundi d'"assassinat odieux" l'exécution de l'otage français Michel Germaneau par le réseau Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), promettant d'agir pour renforcer la sécurité et le développement de la zone sahélo-saharienne.

Pour le commissaire à la paix et à la sécurité de l'Union africaine, Ramtane Lamamra, "rien ne peut justifier l'exécution d'un otage, et certainement pas le refus de payer une rançon ni une opération légitime qu'un pays de la région peut conduire avec ses propres moyens et l'assistance d'une tierce partie", a ajouté le responsable de l'UA devant quelques journalistes, en marge du 15e sommet de l'organisation continentale à Kampala.

Déroulement des événements

Avril 2010
19: Un Français, Michel Germaneau, et son chauffeur algérien sont enlevés dans le nord du Niger par un groupe se réclamant d'Al-Qaïda.

23: Le gouvernement nigérien confirme le rapt du Français et de l'Algérien par un "groupe armé non identifié" dans la région frontalière du Mali et de l'Algérie.

26: Paris confirme qu'un ressortissant français a été enlevé le 19 avril dans le nord du Niger précisant que sa disparition est survenue dans une zone pour laquelle existait une recommandation formelle de ne pas se rendre.

29: Libération de l'Algérien, selon des sources sécuritaires nigériennes, qui affirment que l'otage français est "dans le désert côté malien" avec ses ravisseurs.

Mai
6: Le groupe Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) revendique le rapt du Français. La chaîne Al-Jazira ajoute que le groupe a demandé à "la France et à ses alliés dans la région la libération de ses détenus" en contrepartie de celle du ressortissant français.

14: Aqmi diffuse un enregistrement sonore et une photo présentés comme ceux du Français enlevé. Dans ce message, s'adresse au président français Nicolas Sarkozy pour lui demander d'oeuvrer à sa libération. Aqmi indique que le rapt a eu lieu le 22 avril.

Juin

9: Le ministre mauritanien de la Défense affirme qu'il n'est "pas question pour la Mauritanie" de libérer des membres d'Aqmi pour obtenir la libération d'otages occidentaux.

Juillet
11: Aqmi publie un message à l'attention de Paris dans lequel il menace de tuer le Français, si Paris ne répond pas à ses demandes d'ici 15 jours.

12: Nicolas Sarkozy évoque "une inquiétude brûlante" pour l'otage français retenu "quelque part dans le Sahel".

13: La France affirme n'avoir reçu "aucune demande" des ravisseurs, en indiquant prendre "très au sérieux" l'ultimatum.

22: Les ravisseurs ont refusé jusqu'à présent tout contact avec les autorités françaises (ministère français des Affaires étrangères).

22: L'armée mauritanienne mène une opération contre "une base" d'Al-Qaïda "dans le désert" et y tue des "terroristes armés".

23: Paris confirme avoir apporté "un soutien technique et logistique" à l'opération mauritanienne.

24: Paris déclare que le but du raid était de libérer l'otage et que vingt à trente militaires fançais étaient impliqués dans l'opération. Les autorités françaises ajoutent n'avoir aucune preuve de vie de Michel Germaneau.

25: Le chef d'Aqmi, Abou Moussab AbdelWadoud, annonce dans un enregistrement sonore diffusé par la chaîne Al-Jazira que l'otage a été exécuté.

25: La présidence française indique qu'elle n'a "pas de confirmation" immédiate de l'exécution. Un "conseil de défense et de sécurité" est convoqué pour le lendemain.


Prisonnier d'un homme "violent et brutal"
Michel Germaneau était apparemment détenu par une cellule de l'Aqmi dirigée par l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, décrit comme "violent et brutal". En juin 2009, cet homme avait déjà exécuté un otage britannique, Edwin Dyer, enlevé six mois auparavant. La Grande-Bretagne avait alors refusé de céder à ses exigences d'oeuvrer à la libération de plusieurs de ses sympathisants incarcérés dans plusieurs pays du Sahel. L'Aqmi a formulé les mêmes exigences vis-à-vis de la France pour la libération de Michel Germaneau.

Les ravisseurs de ce dernier refusaient depuis la mi-juin de laisser parvenir à l'otage, qui souffre d'une maladie cardiaque, les médicaments dont il avait besoin, selon des sources sécuritaires au Mali.

Un ancien otage de l'Aqmi, le Français Pierre Camatte (voir plus loin), a décrit ses ravisseurs comme des "fanatiques" qui "disent que les musulmans de France ne sont pas de vrais musulmans, que ce sont eux qui détiennent la vérité et que leur objectif est d'islamiser le monde entier".

"Zeïd est vraiment violent. Ils nous a reproché de travailler pour les 'Blancs' (Européens) qui ne sont (selon lui) que des impies", a rapporté un médiateur malien qui a eu l'occasion de discuter avec lui.

Abou Zeïd, Hamadou Abid de son vrai nom, est connu de longue date des spécialistes du terrorisme. Issu de l'ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), il est réputé avoir toute la confiance d'Abdelmalek Droukdel, 39 ans, qui dirige l'Aqmi depuis l'Algérie où il a répandu la stratégie de l'attentat-suicide et de la guerre urbaine.Michel Germaneau, un militant associatif actif
Vivant à Marcoussis (Essonne) , Michel Germaneau était parti au Niger pour le compte de l'association Enmilal (entraide, en touareg), créée fin 2006.

"C'est un membre très actif de l'association, qui prend des médicaments pour le coeur. Il était allé voir le fonctionnement d'une école que nous avons ouverte en 2009 dans le village In-Abangharet au Niger, qui accueille des enfants pensionnaires. La construction d'un dispensaire est en projet et il venait de quitter le village lorsqu'il a été enlevé", a raconté la présidente de l'association, Yvonne Montico.

"Michel, c'était notre conseiller technique, il avait notamment fait en sorte de poser un panneau solaire sur le toit de l'établissement scolaire", a confié Yvonne Montico au Parisien. "Il voulait aider tout le temps", a-t-elle ajouté.

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Michel Germaneau, dans une vidéo diffusée le 13 mai 2010 sur internet (AFP - IntelCenter)
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Sur la photo diffusée sur internet à la mi-mai par l'Aqmi, Michel Germaneau apparaît fatigué. Dans un enregistrement audio, il dit souffrir de la chaleur et parle de ses problèmes cardiaques, soulignant ne plus avoir de médicaments. Barbu, il est vêtu d'une tunique ocre et porte un turban sur la tête.

Au cours de sa vie professionnelle, Michel Germaneau a travaillé pour différentes entreprises en tant qu'ingénieur électronicien avant de prendre sa retraite, selon Pierre Duprat, un ami de longue date de l'otage. "A ce titre, il a beaucoup voyagé, à Mururoa en Polynésie française, au Brésil, ou au Gabon", précise-t-il. "Il a notamment participé à la construction du train transgabonais", ajoute-t-il. L'ancien ingénieur a de la famille en France mais il a rompu tout lien avec elle, indique cet ami.

Originaire de Bordeaux, Michel Germaneau est aussi un passionné de ski et de montagne, selon l'une de ses voisines à Marcoussis, Danielle Gourmelin. Il vit depuis plusieurs décennies dans une maison située dans une petite rue de cette ville, sans beaucoup de contacts avec ses voisins dont plusieurs ont appris seulement cette semaine qu'il était otage au Sahel.

Une banderole sur la mairie de Marcoussis
Depuis jeudi, une banderole est déployée sur la mairie de Marcoussis, qui a décidé de se mobiliser : "Marcoussis solidaire de Michel Germaneau. Otage au Sahel. Signez l'appel à sa libération en mairie."

"Dans les premiers temps, la stratégie a été de ne pas médiatiser l'affaire. Puis, le 11 juillet, il y a eu de nouvelles menaces et un ultimatum, et, dans son discours du 12 juillet, Nicolas Sarkozy en a parlé, c'est donc devenu public", explique le maire de Marcoussis, Olivier Thomas. "Nous voulons que tous les Français soient au courant de la situation de cet homme. Des inconnus aussi sont pris en otage, il est important de se mobiliser de la même façon", fait-il valoir.