Mali : après les avancées, quel sort pour les otages ?

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Les choses s'accélèrent au Mali : deux chefs islamistes seraient morts selon l'armée tchadienne, et un soldat français a été tué ce dimanche pendant un assaut contre des djihadistes. La France continue d'avancer, mais Paris et l'état-major mesurent les risques de représailles sur les otages pour adapter leur stratégie. Quinze Français sont toujours détenus par des groupes islamistes en Afrique, dont au moins six au Sahel.

Les opérations au Mali "ne s'intensifient pas, elles se poursuivent" , a souligné devant la presse le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées ce dimanche. 

Les mots sont mesurés, malgré les annonces de la mort d'Abou Zeid et celle de Mokhtar Blemokhtar par l'armée tchadienne, et le décès d'un troisème soldat français samedi. Une discrétion qui s'explique par la situation des sept otages français au Sahel, tous détenus par des groupes djihadistes. La France doit "louvoyer" pour éviter d'éventuelles représailles.

Profil bas pour Paris et l'état-major

"Pour nos soldats sur le terrain, bien évidemment la sécurité des otages est une préoccupation permanente dans la manière dont nous conduisons nos opérations" , a poursuivi le colonel Burkhard. Avant de préciser que "la vie des otages est d'abord menacée par ceux qui les détiennent, c'est-à-dire les terroristes" .

L'Elysée maintient volontairement une ligne encore plus sobre. "Pas de commentaire" sur la possible mort des deux chefs islamistes issus d'AQMI, déclarait la présidence française samedi.

"La France a adopté une position diplomatique qui est évidemment tactique" , analyse le fondateur de l'Institut français d'analyse stratégique François Géré. Dans l'attente d'informations fiables, le silence de Paris permet de ne pas mettre en doute l'allié tchadien, principale force militaire aux côtés des soldats français. 

"La non confirmation par Paris maintient un certain flou qui minimise l'évènement" , a aussi déclaré Anne Giudicelli, spécialiste du terrorisme, à l'AFP. "Ca permet de ne pas alimenter les velléités de représailles."

Représailles : une crainte justifiée ?

Dans le cas d'une disparition des deux têtes de pont
djihadistes, Pascal Lupart, président du comité de soutien à deux Français enlevés
en novembre 2011 au Mali, redoutait samedi que certains otages tombent entre les mains de "seconds couteaux" d'Aqmi.

Très inquiet, il a néanmoins tempéré ces craintes au micro de France Info ce dimanche. Les représailles n'entrent "pas dans la logique de faire d'Al Qaida" , a-t-il expliqué. "Les
unités d'Aqmi suivent des protocoles très stricts lorsqu'il s'agit des otages.
L'exécution c'est le dernier recours et il est strictement réglementé."

Mais tous les otages ne sont pas détenus par Aqmi. Entre le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et le groupe Ansar Dine, la situation est complexe et les réactions de ces groupes dissidents aux avancées militaires peuvent être différentes.

"Il faut prendre tout avec prudence et surtout
garder l'espoir parce que je crois qu'il nous reste pas grand-chose à part ça
aujourd'hui"
, a résumé François Lupart.

Par ailleurs, Aqmi "n'est pas décapité" a-t-il rappelé. Même si Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar (récemment rentré en dissidence) étaient éliminés, l'émir de l'organisation au Sahara, Yahya Abou El-Hammam, est "toujours vivant" et serait "capable de donner des ordres" .

Où sont les otages ?

"Aujourd'hui, le seul point critique dans cette période de transition est de savoir qui détient les otages et où" , a ajouté François Lupart. 

Les sept otages, tous capturés avant le début de l'opération Serval, sont retenus par divers groupes au Sahel. La moitié d'entre eux pourraient toujours être sur le territoire malien. Quant aux autres, ils pourraient, selon François Lupart, avoir été "exfiltrés vers la passe de Salvador" , une zone aux confins de l'Algérie, du Niger et de la Libye.

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