Les webdocumentaires, une nouvelle manière de faire du reportage

Photoreporters à Tripoli devant un officier du Conseil national de transition qui leur montre ce qu\'il présente comme les restes de prisonniers exécutés par le régime Kadhafi (25-9-2011)
Photoreporters à Tripoli devant un officier du Conseil national de transition qui leur montre ce qu'il présente comme les restes de prisonniers exécutés par le régime Kadhafi (25-9-2011) (AFP PHOTO/LEON NEAL)

Les journalistes doivent impérativement s’adapter aux médias numériques et aux nouvelles formes de reportages que sont les webdocumentaires. Lesquels ont recours à la fois l’écrit, la photo, la vidéo et le son. Un défi complexe mais passionnant auquel ont su répondre les Rencontres Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

«Le webdocumentaire permet de raconter des histoires de manière différente. Des histoires qu’on ne pourrait pas raconter autrement, et dont le propos d’auteur s’incarne dans la navigation», explique Boris Razon, directeur des nouvelles écritures et du transmédia et à France Télévisions. Un groupe qui mène une politique dynamique en la matière, avec des sujets sur la Syrie intitulé, Homs, au coeur de la révolution syrienne, de Caroline Poiron; le photographe Robert Doisneau; le problème des cités…

Si les Rencontres Prix Bayeux-Calvados existent depuis 1994, le prix webjournalisme n’a été créé qu'en 2011. Mais en un an, cette catégorie a su tracer son sillon : cette année, seize participants y concourent. La preuve de l’importance prise par les médias numériques.

Les angles abordés par les documents proposés plongent dans l’actualité présente. Exemple : celui sur la Syrie, intitulé Welcome to Homs (bienvenue à Homs), signé Monica Garcia Prieto. Ou REVOLUTION@TUNISIE, de Johann Rousselot, qui présente la révolution tunisienne sur fond de musique rap de Mohamed Ali Ben Jemaa. A voir aussi Tahrir, je chante ton nom de Priscille Lafitte. Ou comment la musique se trouve «au cœur de la révolution égyptienne».

Ces différents documents sont très utilement complétés et remis en perspective par Révolutions arabes : le réveil d’une jeunesse, de Florence Panoussian. Celle-ci brosse le portrait d’une jeunesse «éduquée, connectée mais désespérée» et analyse en profondeur le phénomène du «printemps arabe».

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad tient une conférence de presse à Téhéran le 2 octobre 2012.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad tient une conférence de presse à Téhéran le 2 octobre 2012. (AFP - ATTA KENARE)
 
Un webdocumentaire peut ainsi être un véritable «guide». C’est le cas de Crisis Guide : Iran, signé Brittany Sovine, qui permet de mieux comprendre les enjeux de la crise iranienne au travers d’une présentation de l’histoire de la République islamique, de son programme nucléaire controversé…

Il y a les crises qui font la une des médias. Et d’autres dont on ne parle presque plus, comme la situation des communautés chrétiennes au Proche-Orient. Présentes dans la région depuis des millénaires, ces communautés sont menacées dans leur existence même par les conflits qui ensanglante leur pays. Un drame évoqué par Louis Villers, qui propose Kurdistan d’Irak, dernier refuge des chrétiens d’Irak.

Et que se passe-t-il après les combats pour ceux qui les mènent ? Beyond The Battelfield (Au-delà du champ de bataille) tente de répondre à cette question en évoquant «la lutte sans fin des [soldats] gravement blessés». La preuve que le webdocumentaire «est une structure narrative plus brute, plus directe, qui permet de prendre quelques distances avec le documentaire d’origine, notamment de s’abstraire de la voix off», comme l’explique à juste titre Boris Razon.

En 2013, France Télévisions entend poursuivre et amplifier ses projets en la matière. «Nous entendons notamment travailler la navigation. Il s’agit de transmettre à ceux qui regardent les webdocumentaires une expérience qu’ils n’auraient pas pu vivre et voir autrement», conclut le directeur des nouvelles écritures et du transmédia.

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