Les prêtres vont-ils finir par pouvoir se marier ?

Onze nouveaux prêtres sont agenouillés lors d\'une messe d\'ordination, le 26 juin 2004, à la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Onze nouveaux prêtres sont agenouillés lors d'une messe d'ordination, le 26 juin 2004, à la cathédrale Notre-Dame de Paris. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Vingt-six compagnes de prêtres ont écrit au pape pour lui demander d'ouvrir une réflexion sur le célibat sacerdotal. Francetv info revient sur cette question polémique qui refait régulièrement surface. 

"Nous aimons ces hommes et ils nous aiment" : vingt-six Italiennes compagnes de prêtres catholiques ont envoyé une lettre ouverte au pape pour lui demander de réfléchir au célibat sacerdotal. Ce courrier, envoyé en recommandé au Vatican, a été publié samedi 17 mai par le site spécialisé dans les informations religieuses Vatican Insider (en anglais), qui a pu en obtenir une copie.

Ces vingt-six femmes, originaires "de toutes les régions d'Italie (et pas seulement)", qui signent de leur prénom suivi de l'initiale de leur nom, expliquent vouloir "avec humilité, porter aux pieds [du pape] [leur] souffrance jusqu'à ce que quelque chose change, non seulement pour [elles], mais aussi pour le bien de toute l'Eglise". Le débat du célibat des prêtres dans l'Eglise catholique n'est pas une nouveauté. La position du Vatican semble-t-elle s'infléchir ? Le mariage des prêtres est-il pour bientôt ?

En fait, les prêtres mariés ou en couple sont nombreux

Les histoires de prêtres démis de leur fonction, car ils vivaient en couple sont nombreuses, et ils seraient ainsi des milliers à vivre leur amour en secret. Il est donc très compliqué d'obtenir des chiffres fiables. "Rien qu'en Italie, 8 000 à 10 000 prêtres vivent en couple, et ils sont près de 120 000 dans le monde", estime Mauro Del Nevo, président d'une association de défense des compagnes de prêtres, sur Vatican Insider

Mais certains n'ont pas à se cacher. Etablie par Jean-Paul II, une exception peu connue à la règle du célibat existe. Elle concerne les anciens pasteurs protestants ou anglicans convertis au catholicisme. Le Vatican les autorise à rester mariés (et pères) lorsqu'ils sont ordonnés prêtres.

Pourquoi pas ? Des hommes d'Eglise se sont déjà prononcés pour

De nombreux hommes d'Eglise ont évoqué, ces dernières années, une évolution possible du célibat des prêtres. En septembre, le débat a été rouvert par le numéro 2 du Vatican, en personne. Le nouveau secrétaire d'Etat du Saint-Siège, Mgr Pietro Parolin, avait affirmé lors d'une interview à un magazine vénézuélien : "Le célibat des prêtres n'est pas un dogme et on peut en discuter, car c'est une tradition ecclésiastique." Et d'ajouter que ce débat constituerait un "défi" pour François. 

Mais depuis, rien de nouveau. Benoît XVI, avant de devenir pape, avait tenu un discours similaire quelques années auparavant. Alors chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger avait jugé, dans un livre d'entretiens publié en 1997, Le Sel de la terre, que le célibat des prêtres n'était "certainement pas un dogme". Une autre figure éminente de l'Eglise catholique, le cardinal brésilien Claudio Hummes, un proche du pape François, avait fait, lui aussi, sensation en 2006, en lançant l'idée d'une évolution sur le sujet.

La discussion se focalise donc sur le fait que le célibat n'est pas un dogme, mais une discipline. Au contraire des moines, qui choisissent de vivre seuls avec Dieu, les prêtres pouvaient, à l'origine, se marier. Mais la tradition ecclésiastique du célibat s'est imposée au fil des siècles jusqu'au concile du Latran de 1139, où la règle s'est durcie avec l'interdiction du mariage. Pour l'historien et journaliste Hervé Yannou, auteur de Jésuites et compagnie, l'interdiction a été instaurée pour des questions très pratiques de gestion des ressources humaines, pour "ne pas avoir à charge toute la famille du prêtre, et le laisser à sa mission apostolique". Elle visait aussi à mettre fin aux problèmes héréditaires posés par les descendants des évêques.   

Peut-être, car il faut trouver des solutions à la pénurie de prêtres

Autoriser le mariage des prêtres pour endiguer la crise des vocations ? L'Eglise s'inquiète en effet du manque de candidats en Europe. Même les pays les plus catholiques, comme l'Espagne et l'Italie, commencent à être touchés par la pénurie. "De plus, l'âge moyen des prêtres en France est de 70 ans", souligne Hervé Yannou. Un problème pour les évêques, comme le relate Le Figaro : "Les prêtres étaient 50 000 en 1970, ils seront 6 000 en 2020. Un évêque résume le problème : 'J'ordonne un prêtre par an, j'en enterre douze.'"

Autre souci : des prêtres renoncent à leur ministère, rapporte le Vatican Insider (en anglais). Selon le site, qui relaie un calcul effectué par le quotidien Osservatore romano, 46 000 prêtres auraient abandonné la prêtrise (tous motifs confondus) entre 1970 et 1995. Mauro Del Nevo estime, quant à lui, que 500 à 700 prêtres retournent à l'état laïc chaque année, essentiellement en raison d'une relation avec une femme.

Endiguer l'hémorragie en autorisant les unions ? Hervé Yannou n'y croit pas. "Le fait de ne pas pouvoir se marier n'est pas dissuasif pour ceux qui ont la vocation. La vraie réponse de l'Eglise pour pallier le manque de prêtres est de s'ouvrir beaucoup plus aux laïcs et de donner une place plus importante aux femmes." Des pratiques qui existent déjà dans certaines communes. Parfois, lorsque le sacrement n'est pas nécessaire, un laïc peut remplacer un prêtre à un enterrement ou à une préparation de mariage.

Non, car l'Eglise et François ne le souhaitent pas

Pour Hervé Yannou, "l'Eglise n'est absolument pas prête à revoir sa position. En parler ne veut pas dire que cela va évoluer." Si son numéro 2 et quelques-uns de ses proches se sont montrés favorables à une réflexion sur la question, le pape François est toujours resté prudent. Jamais il n'a fait allusion à un quelconque changement.

Dans son livre d'entretiens avec le rabbin Abraham Skorka Sur la terre comme au ciel, il se montre même formel : "Pour l'instant, on maintient la discipline du célibat." Toutefois, il ajoute : "C'est un thème objet de discussions. Avec pragmatisme, on pourrait dire que cela nous fait perdre de la main-d'œuvre. Si l'Eglise occidentale devait revoir le thème du célibat, elle le ferait pour des raisons culturelles, mais pas comme une option universelle." 

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