Les ingrédients du succès de la diplomatie vaticane

(Le pape François a impulsé un nouvel élan à la diplomatie vaticane © MAXPPP)

La diplomatie vaticane semble vivre un renouveau depuis l'arrivée du pape François. Quels en sont les ingrédients ? L'enquête de notre envoyée spéciale à Rome.

La diplomatie vaticane est de nouveau sur le devant de la scène. Lors des déclarations historiques des présidents américain et cubain, le 17 décembre dernier, annonçant un rapprochement entre leurs deux pays, Barak Obama et Raul Castro ont tous les deux publiquement remercié le pape François pour son aide. Ce 1er janvier, journée mondiale pour la paix, le pape lance un appel à lutter contre l’esclavagisme.

 

Le Saint Siège entretien des relations diplomatiques avec 179 pays, c’est bien plus que la France, sans compter les 16 représentations permanentes auprès des instances multilatérales, type ONU. C’est donc l’un des réseaux diplomatiques les plus étendus, grâce à ses ambassadeurs, les nonces. "Le pape François reçoit régulièrement les nonces, davantage que son prédécesseur. Ils se complètent bien dans la manière de faire ", résume le père François Bousquet, recteur de Saint-Louis-des-Français à Rome.

 

Pietro Parolin, bientôt 60 ans, a été choisi par le pape pour être son secrétaire d’Etat. C’est un diplomate unanimement reconnu, habitué des dossiers difficiles. Le Venezuela l’a appelé par exemple pour aider au dialogue entre gouvernement et opposition. C’est lui qui met en œuvre les orientations de François, telles que le pape les a définies lors de son premier discours au corps diplomatique, comme il le rappelle dans une interview à Radio Vatican.

 

"Il avait parlé de trois points : la paix, qui a toujours été une caractéristique fondamentale de l’action et de la diplomatie du Saint-Siège, durant les diverses époques de l’Histoire ; aujourd’hui, la lutte contre la pauvreté, et puis le troisième point, celui de construire des ponts. C’est ça, l’engagement de la diplomatie ecclésiastique. Le pape l’a dit bien souvent : quand il y a des problèmes, c’est là qu’il faut appliquer la méthode du dialogue. Et plus les problèmes et les difficultés sont nombreux, plus il faut dialoguer ", précise-t-il. 

Le Vatican, une puissance morale

Et le pape n’hésite pas. Il organise à Saint-Pierre une veillée de jeûne et de prière pour la Syrie, il écrit aux dirigeants réunis à Davos, ou au G20, il téléphone directement à Barak Obama et à Raul Castro, il embrasse ses amis juifs et musulmans devant le mur des lamentations à Jérusalem, il invite le Palestinien Mahmoud Abbas et l’Israélien Shimon Peres à prier pour la paix dans les jardins du Vatican. "Sa particularité, c’est de ne pas avoir d’intérêt propre", affirme Sébastien Maillard, vaticaniste au journal La Croix. "Du coup, ça en fait un médiateur sans pareil. "

 

Un médiateur, qui ne remplace pas les organisations internationales, au contraire. Dans sa condamnation des terroristes en Irak ou en Syrie, François soutient que s’il doit y avoir une intervention, cela doit se décider à l’ONU. La position de l’Eglise est constante. Mais le pape n’est pas un souverain temporel. Sa seule puissance est morale, répète le cardinal Peter Turkson, à la tête du conseil pontifical Justice et paix.

 

"A part les pressions morales, de quoi dispose l’Eglise ? Il n’y a que ces appels à l’intelligence, aux valeurs, à l’humanité. Nous n’avons pas de mitraillettes ! Donc le peu d’influence que l’Eglise peut essayer d’avoir sur certaines situations, c’est en appelant les gens à réfléchir, à comprendre les choses. Notre grand instrument, c’est la bouche et les mots, et ce qu’on peut faire avec."

 

Avec succès quelquefois. Depuis les appels du Vatican et du pape aux responsables musulmans à prendre leurs responsabilités face à l’islamisme radical, des autorités musulmanes ont pris position. Dans un autre registre, Nicolas Hulot, qui prépare la conférence de Paris sur le climat en 2015 est venu trois fois au Vatican, y rechercher l’appui de l’Eglise et de son discours universel.

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