Les affrontements entre pro et anti-Moubarak au Caire ont fait mercredi trois mort et plus de mille blessés

Des manifestants anti-Moubarak blessés le 2 février au Caire dans les affrontements avec des partisans au régime
Des manifestants anti-Moubarak blessés le 2 février au Caire dans les affrontements avec des partisans au régime (AFP/MARCO LONGARI)

Le vice-président égyptien Omar Souleimane a affirmé que les manifestations devaient cesser pour que le dialogue avec l'opposition puisse commencer, selon l'agence officielle Mena.Les Frères musulmans ont annoncé qu'ils refusaient que Moubarak reste au pouvoir jusqu'à septembre, Washington demandant de son côté un changement "dès à présent".

Le vice-président égyptien Omar Souleimane a affirmé que les manifestations devaient cesser pour que le dialogue avec l'opposition puisse commencer, selon l'agence officielle Mena.

Les Frères musulmans ont annoncé qu'ils refusaient que Moubarak reste au pouvoir jusqu'à septembre, Washington demandant de son côté un changement "dès à présent".

Nicolas Sarkozy a pour sa part exhorté Hosni Moubarak à engager "sans tarder" un processus de transition "concret" et sans violence en Egypte.

Selon le ministère de la Santé égyptien, outre les trois personnes tuées (dont un appelé de l'armée), 1.500 manifestants ont été blessées mercredi, la plupart atteints à la tête par des pierres lors d'affrontements entre partisans et opposants à Hosni Moubarak.

Trois journalistes de France 24 arrêtés
De nombreux journalistes étrangers couvrant les affrontements entre partisans et adversaires du président Hosni Moubarak ont fait l'objet de violences mercredi au Caire, ont indiqué leurs rédactions et l'association Reporters sans frontières (RSF).

Trois journalistes de France 24 ont été interpellés mercredi en fin de journée au Caire et sont détenus par "les renseignements militaires", selon les indications fournies à l'AFP par un porte-parole de la chaîne à Paris.

"Deux d'entre eux ont été interpellés pendant la manifestation" qui se déroulait dans la capitale, a déclaré à l'AFP Nathalie Lenfant, porte-parole de France 24. Un troisième, légèrement blessé par un manifestant, a été emmené sur un scooter, mais a été "arrêté à un barrage", a-t-elle ajouté.

La chaîne ignorait mercredi soir les motivations de ces interpellations.

Des reporters, photographes et cameramen couvrant les violents heurts sur la place Tahrir, dans le centre de la capitale, ont fait état d'un climat très tendu à l'égard de la presse de la part des manifestants pro-Moubarak. Un journaliste de l'AFP a indiqué avoir dû solliciter la protection de deux soldats pour pouvoir quitter la place Tahrir sans encombre, en raison de l'agressivité de militants pro-régime aux abords du site.

Une équipe de France 2 a elle aussi été "prise à partie mercredi soir à un barrage" alors qu'elle revenait d'un reportage à Suez, a indiqué à Paris Thierry Thuillier, directeur général des rédactions de France-Télévisions. Les trois journalistes et leur guide "se sont échappés" sous les coups. Deux journalistes ont souffert de contusions et d'écorchures, le troisième a reçu un coup au crâne par un objet contondant. Tous trois ont été emmenés à l'hôpital militaire par l'armée où ils devaient passer la nuit à l'hôpital, "pour leur sécurité".

La position de l'armée
L'armée sur place n'est pas intervenue lors de l'arrivée violente des partisans pro-Moubarak, ces derniers prenant le dessus des réfractaires au régime. Les militaires avaient demandé à ces derniers de mettre fin à leurs actions.

Alors que les Frères musulmans, principale opposition organisée du pays haussait le ton, le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, Hossam Zaki affirmait que l'Egypte refuse les appels à une transition immédiate du pouvoir.

De son côté, l'armée semble vouloir siffler la fin des manifestations. "Vous êtes descendus dans la rue pour faire entendre vos exigences et vous seuls êtes en mesure de permettre le retour à la vie normale", a déclaré à la télé un porte-parole militaire. Il a ajouté que les demandes des manifestants avaient été entendues.

Violences sur la place Tahrir
Devant les télévisions du monde entier, manifestants pro et anti Moubarak ont échangé des pierres au pied du musée du Caire, après l'arrivée de nombreux pro-Moubarak, (certains chargeant les manifestants à cheval ou sur des dromadaires) alors que la place Tahrir était toujours occupée par une foule importante.

D'autres images montraient des pro-Moubarak jeter des blocs de pierre depuis les toits des immeubles sur les manifestants.

Ces affrontements ont fait selon les autorités quelque 350 blessés et un mort. L'homme décédé était un "appelé", selon les termes du communiqué du ministère, qui ne précise pas s'il oeuvrait au sein de la police ou de l'armée.

Mohamed ElBaradeï a accusé mercredi le gouvernement du président Hosni Moubarak de recourir à "la tactique de la peur" en évoquant les heurts au Caire entre des opposants au pouvoir en place et des partisans de celui-ci. "Il s'agit d'une nouveau symptôme, d'un nouveau signe montrant qu'un régime criminel a recours à des actes criminels", a-t-il dit qualifiant de "bande de voyous" les manifestants pro-Moubarak.

Les Etats-Unis ont haussé le ton après des attaques contre des correspondants de CNN au Caire. Les Etats-Unis "déplorent et condamnent" la violence contre les "manifestants pacifiques" en Egypte, a déclaré mercredi la Maison Blanche, se disant aussi "inquiète" des attaques contre les médias sur le terrain. "Toutes les attaques contre des manifestants pacifiques sont inacceptables, et je les condamne fermement", a déclaré de son côté M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, à Londres.

L'intervention d'Hosni Moubarak
Hosni Moubarak a annoncé mardi soir qu'il ne se représenterait pas en septembre et mènerait sa mission jusqu'au bout. Le président égyptien a également indiqué qu'il consacrerait les derniers mois de son mandat à la transition, lors d'une allocution télévisée.

Son discours a été aussitôt rejeté par les milliers de personnes rassemblées, malgré le couvre-feu, dans le centre du Caire. "Nous ne partirons pas ! Vendredi après-midi, nous serons au palais [présidentiel] !", ont scandé un groupe de manifestants, évoquant le défilé baptisé "vendredi du départ" qui doit avoir lieu ce jour-là pour réclamer de nouveau la démission du chef de l'Etat.

Lors de son intervention, le Président Egyptien a annoncé la nomination d'un nouveau gouvernement, l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition et de profondes réformes.

"Je le dis en toute sincérité, et sans tenir compte de la situation actuelle, je ne comptais pas me présenter à un nouveau mandat présidentiel", a déclaré le président égyptien. "J'ai passé assez de temps à servir l'Egypte et son peuple", a déclaré Hosni Moubarak.

"Nous visons des moments douloureux." "La grande majorité des Égyptiens a exprimé sa peur", a-t-il poursuivi. "J'ai engagé les discussions avec toutes les forces politiques afin d'amorcer une politique de profondes réformes (...) mais certaines forces politiques ont refusé ce dialogue sans prendre en considération ces moments très particuliers que connaît notre pays" a-t-il expliqué.

"C'est pourquoi je m'adresse à mon peuple, à chaque Egyptien et chaque Égyptienne dans tout le territoire, en leur disant que je n'ai jamais voulu le pouvoir pour le pouvoir".

Ma première responsabilité maintenant est de ramener la sécurité et la stabilité à la patrie pour assurer la transition pacifique du pouvoir", a déclaré le chef de l'Etat. "C'est pourquoi j'ai décidé de rester au pouvoir". "J'exercerai ce pouvoir selon ce que dit la Constitution", a-t-il ajouté.

Manifestations en masse dans tout le pays mardi
Dans la capitale, les manifestants scandaient "Dehors Moubarak" et brandissaient des affiches représentant le président pendu, ou sa photo avec la mention "Ta tête va tomber".

En soirée, la foule s'est dispersée mais de petits groupes sont restés pour passer la nuit sur la place Tahrir sous les tentes malgré le couvre-feu en vigueur dans la capitale ainsi qu'à Alexandrie et Suez. "On ne partira que lorsque Moubarak partira!", scandait un groupe d'hommes.

Fait marquant, l'armée égyptienne avait jugé "légitimes" lundi les revendications du peuple et s'est engagée aussi à ne pas faire usage de la force, au 8e jour d'une révolte qui a fait au moins 125 morts (l'Onu avançait mardi le chiffre de 300 morts, non confirmé).

Contrecoups économiques
Après une semaine de protestations, les contrecoups économiques de la révolte se font sentir. Les touristes, l'une des principales sources de revenus pour l'Egypte, ont renoncé à venir, et les étrangers prennent la fuite.

Washington a ordonné le départ du personnel non essentiel de son ambassade. De nombreux Etats continuent de dépêcher des avions pour rapatrier leurs ressortissants. La plupart des voyagistes européens ont annulé les séjours jusqu'à la mi-février.

Le leader européen de la croisière, Costa Croisières, a annoncé mercredi l'annulation des escales de ses navires en Egypte et en Tunisie en raison des troubles dans ces deux pays.

Les voyagistes français ont décidé mardi de prolonger la suspension des départs de vacanciers jusqu'au 7 février inclus. Le Quai d'Orsay déconseille les voyages non urgents en Egypte.

Dispositif anti-censure pour envoyer d'Egypte des messages sur Twitter
Grâce à Google, les Egyptiens peuvent désormais envoyer, à partir de numéros de téléphone, des messages vocaux

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