Le président déchu du pays, Kourmanbek Bakiev, s'est déclaré prêt à négocier avec l'opposition

Les manifestants de l\'opposition kirghize ont fait battre en retraite la police à Bichkek (7 avril 2010)
Les manifestants de l'opposition kirghize ont fait battre en retraite la police à Bichkek (7 avril 2010) (F3)

"Mon objectif principal est de prévenir (...) la guerre civile", a affirmé vendredi à l'AFP Koumanbek Bakiev, accusé de dérive autoritaire, et qu'un soulèvement populaire a contraint à fuir la capitale, Bichkek.La chef du gouvernement intérimaire, Rosa Otounbaïeva, a d'ores et déjà exclu toute négociation.

"Mon objectif principal est de prévenir (...) la guerre civile", a affirmé vendredi à l'AFP Koumanbek Bakiev, accusé de dérive autoritaire, et qu'un soulèvement populaire a contraint à fuir la capitale, Bichkek.

La chef du gouvernement intérimaire, Rosa Otounbaïeva, a d'ores et déjà exclu toute négociation.

"Bakiev a une occasion pour quitter le pays", a-t-elle dit à des
journalistes dans la capitale Bichkek. "Nous garantirons sa
sécurité - seulement sa sécurité personnelle - s'il présente sa
démission", a-t-elle ajouté.

"Je n'ai pas le projet de quitter le pays et je ne vais pas démissionner de la présidence", a assuré de son côté Kourmanbek
Bakiev. Il a aussi affirmé ne pas avoir donné l'ordre de tirer sur les manifestants. Il a par ailleurs estimé que les Etats-Unis et la Russie n'avaient joué aucun rôle dans ces évènements sanglant.

Le Kirghizstan marquait vendredi une journée de deuil pour les victimes des affrontements sanglants qui ont renversé Kourmanbek
Bakiev dans et craignait de nouveaux troubles. Plusieurs milliers de personnes se sont recueillies sur la place centrale de Bichkek, face au siège de la présidence et du gouvernement, centre des
affrontements de mercredi, en mémoire des 76 personnes tuées, selon le bilan officiel.

Il s'est réfugié dans la ville de Djala-Abad, son bastion du sud du pays. Son gouvernement a démissionné.

Une élection présidentielle dans six mois, dit le nouveau pouvoir
En visite dans un hôpital, le chef du gouvernement intérimaire, Rosa Otounbaïeva, une ex-ministre des Affaires étrangères, a mis en garde contre de nouveaux troubles. "Dans le sud, les partisans de Bakiev essaient de le faire revenir au pouvoir", a-t-elle déclaré à des journalistes.

Mme Otounbaïeva a par ailleurs rejeté toute négociation avec le chef de l'Etat évincé. "Quelle conditions faut-il pour qu'il démissionne alors que plus de 1000 patriotes ont été victimes"
(blessés compris) des violences, a-t-elle lancé.

Une élection présidentielle devrait se tenir au Kirghizstan dans six mois, selon Rosa Otounbaïeva.

Le Parlement a été dissous et l'opposition a pris le contrôle de l'armée, à la suite des violents affrontements de mercredi entre les forces de l'ordre et des manifestants de l'opposition. "L'armée s'est mise totalement de notre côté", a déclaré le général Ismaïl Issakov, nommé temporairement chef des armées par Rosa Otounbaïeva.
L'opposition à pris le contrôle des centres névralgiques du pouvoir. "Le pouvoir est sous le contrôle du gouvernement provisoire. Cette construction du système politique va fonctionner durant six mois pour préparer une nouvelle Constitution et organiser la tenue d'une élection présidentielle conforme à toutes les règles démocratiques", a déclaré Rosa Otounbaïeva à la presse.

Jeudi matin, la dirigeante par intérim du petit pays d'Asie centrale s'est également entretenue au téléphone avec le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, qui a offert l'aide de la Russie au Kirghizstan, en envoyant environ 150 parachutistes dans sa base militaire situé dans le pays.

L'ONU a annoncé l'envoi d'un envoyé spécial à Bichkek.

76 morts dans les violences de mercredi
76 personnes ont été tuées et un millier d'autres blessées dans les affrontements entre opposants et police, selon le dernier bilan, jeudi, du ministère de la Santé.

Les premiers incidents avaient éclaté lorsque la police avait tenté de disperser des milliers de manifestants rassemblés près du siège de l'opposition pour protester contre des hausses de prix et dénoncer la corruption du régime. Les forces de l'ordre ont tiré sur la foule mais, surpris par l'assaut des manifestants, elles ont dû battre en retraite.

Le siège du parquet général a été incendié, selon un journaliste de l'AFP.

Par ailleurs, tous les vols ont été suspendus à l'aéroport de Manas, au nord de la capitale. Washington dispose sur cet aéroport d'une base aérienne clef pour ses opérations en Afghanistan. La plupart de ses soldats y transitent.

La télévision nationale, dont le siège a été pris d'assaut par des centaines de manifestants d'opposition, a recommencé à émettre après une brève interruption des programmes.

A Naryn (centre), des témoins contactés par l'AFP ont indiqué que des centaines de manifestants avaient pris le contrôle du siège de l'administration régionale.

Moscou reconnaît le nouveau pouvoir
Les présidents américain et russe Barack Obama et Dmitri Medvedev, réunis à Prague pour signer le traité de désarmement Start II, ont évoqué la situation au Kirghizstan. Si Vladimir Poutine a reconnu le gouvernement intérimaire, Washington n'a pas encore exprimé sa position sur les événements. Les Etats-Unis disposent au Kirghizstan d'une base aérienne essentielle car elle leur sert de point d'appui logistique aux troupes engagées en Afghanistan.