Le nouveau chef des talibans face à la "concurrence" de l'Etat islamique

(Des combattants talibans dans le sud de l'Afghanistan en 2011 © REUTERS)

Le mollah Akhtar Mansour a été désigné chef des talibans afghans, après la confirmation de la mort du mollah Omar. Chef de fait depuis plusieurs années, il est favorable aux discussions de paix avec Kaboul. Mais il doit faire face à l'implantation grandissante de l'EI en Afghanistan, qui recrute des militants sur le terrain.

Il est présenté comme le chef naturel des talibans afghans. Selon un des responsables du mouvement, dont l'AFP a obtenu les confidences, il est le "leader naturel de fait des talibans depuis 2013 ". Le mollah Akhtar Mansour est depuis longtemps une des figures du mouvement taliban. Ancien ministre de l'Aviation civile dans les années 90, il est plus connu pour son pragmatisme que pour sa dimension religieuse, contrairement au mollah Omar, auquel il succède officiellement

Proche des services pakistanais

Comme son prédécesseur, le mollah Akhtar mansour est né au début des années 60 en plein pays pachtoune, dans la province de Kandahar, c'est à dire le coeur de la rébellion talibane. Il a passé une grande partie de sa jeunesse au Pakistan, avec les millions d'Afghans qui ont fui la guerre et s'est rapproché des services secrets pakistanais, l'ISI, accusés d'avoir créé et alimenté la rébellion talibane.

Ce tacticien a su composer entre les différentes factions talibanes : la "choura de Quetta" la direction des talibans au Pakistan, aux talibans installés au Qatar et jusqu'aux commandants sur le terrain, en Afghanistan. Cette habileté politique l'a aidé à effacer la concurrence du fils du mollah Omar, le mollah Yacoub, âgé de 26 ans et perçu comme trop jeune. 

Favorable à la paix

C'est sous sa direction que des négociations fragiles se sont engagées avec le gouvernement de Kaboul en vue d'aboutir à la paix. Mais le mollah Mansour doit faire face au risque d'être débordé par une autre organisation encore plus radicale : l'Etat islamique. Depuis plus d'un an, la pression de daech en Afghanistan et au Pakistan se fait de plus en plus forte, favorisée par les divisions entre les talibans favorables à la paix et ceux qui veulent poursuivre la guerre.

Daech en Afghanistan

Comme en Syrie, en Irak ou en Libye, l'EI recrute des militants sur le terrain, séduits par sa propagande djihadiste. Une dizaine de commandants talibans lui ont fait allégeance et ont été nommés chefs de "l'Etat islamique du Khorassan". Des experts avancent que des milliers de talibans ont déjà quitté le mouvement pour se rallier à daech. Le mollah Mansour avait d'ailleurs adressé en juin un message au chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, le menaçant de "réaction" si son groupe tentait de s'implanter en Afghanistan.