Le mouvement autonomiste du sud du Yémen appelait à la grève générale dimanche

Des manifestants brandissent le drapeau de l\'ancien Sud-Yémen à Al-Habilain (archives, 3 décembre 2009)
Des manifestants brandissent le drapeau de l'ancien Sud-Yémen à Al-Habilain (archives, 3 décembre 2009) (AFP)

Les sudistes protestent contre la répression du pouvoir central et réclament la libération de détenus. La circulation était paralysée dans les grandes villes du sud et les commerces fermés, selon des témoins.Trois policiers ont été blessés lors d'accrochages avec des militants séparatistes à Daleh.

Les sudistes protestent contre la répression du pouvoir central et réclament la libération de détenus. La circulation était paralysée dans les grandes villes du sud et les commerces fermés, selon des témoins.

Trois policiers ont été blessés lors d'accrochages avec des militants séparatistes à Daleh.

Selon une source autonomiste, citée par l'AFP, la tension était vive dans cette ville située à 220 km au sud de Sanaa. La police a demandé aux commerçants d'ouvrir leurs portes, ce qu'ils ont refusé de faire. Il y aurait eu aussi des affrontements dans la ville voisine de Houta.

Le "Conseil de la révolution pacifique sudiste" a appelé à une "grève générale dans les secteurs public et privé ainsi que dans les transports dans l'ensemble des provinces sudistes". La grève vise à protester contre "les agressions répétées du pouvoir, dont la dernière en date est l'attaque contre le journal al-Ayyam" à Aden, et à réclamer la libération des détenus. Hicham Bachraheel, le fondateur et propriétaire d'al-Ayyam, principal journal du sud, a été arrêté la semaine dernier après des affrontements entre des gardes armés du journal et la police, qui ont fait deux morts.

Abdou al-Moutari, un des dirigeants du mouvement sudiste, a affirmé à l'AFP que "cette insurrection civile a pour but de montrer que nous avons recours aux moyens pacifiques pour faire entendre notre voix, loin de la violence et du terrorisme, et constitue une riposte à ceux qui font l'amalgame entre le mouvement sudiste et Al-Qaïda".

Le gouvernement de Sanaa fait face à une grogne croissante des Yéménites du Sud, qui estiment faire l'objet de discriminations et manquer d'aide économique. Le Yémen était divisé en deux Etats indépendants, avant sa réunification en 1990. Le Sud-Yémen, allié des Soviétiques, était plus ouvert que le nord.

Les manifestations réclamant la sécession du Sud se sont multipliées ces derniers mois.

Al-Qaïda: une menace exagérée ?
Certains analystes estiment que ces appels à la sécession et l'insurrection des chiites zaïdites à la frontière saoudienne, sont une menace plus sérieuse pour le pouvoir yéménite que la menace l'Al-Qaïda. Celle ci est envisagée très sérieusement par les puissances occidentales, qui pressent Sanaa de l'éradiquer.

"Le régime exploite la guerre contre Al-Qaïda à son avantage pour attirer des aides de l'étranger et brider son opposition", estime Franck Mermier, anthropologue spécialiste du Yémen, directeur du Centre d'études yéménites à Sanaa pendant six ans. Pour lui, "il est de l'intérêt du régime (...) d'instrumentaliser la carte Al-Qaïda pour faire taire ses opposants". Le gouvernement tente, selon lui, de faire l'amalgame entre Al-Qaïda et ses opposants, notamment la rébellion zaïdite en cours depuis 2004 et les sudistes, "dont une grande partie au sein du mouvement autonomiste est contre la lutte armée", explique-t-il.

L'opposition pourrait se radicaliser, après le report de deux ans des élections législatives, prévues pour 2009.

Et si l'appui américain, militaire et financier, au nom de la lutte contre Al-Qaïda "va dans un premier temps renforcer le régime" celui-ci, "qui se targue d'être stable, pourrait voir s'ouvrir un deuxième front, plus dangereux, au sud", avertit Franck Mermier, interrogé par l'AFP.

Pour Fares al-Saqqaf, président du Centre des études pour l'avenir à Sanaa, "la clé de la solution n'est pas sécuritaire mais politique et économique" et "le Yémen ne peut faire face à Al-Qaïda qu'en calmant les autres fronts, notamment dans le nord et le sud".

Le Yémen est un des pays les plus pauvres du monde (1000 dollars de revenu par habitant), avec un taux de chômage de 34% selon les statistiques officielles, un taux d'analphabétisme d'environ 50%, et une population composée pour moitié de moins de quinze ans. La situation économique est aggravée par la chute des cours du brut, dont les recettes représentent 70% des revenus de l'Etat. Un contexte qui peut pousser des Yéménites dans les bras d'Al-Qaïda ou exacerber les tensions politiques.

Selon la chaîne de télévision CBS, les attaques des 17 et 24 décembre contre les positions d'Al-Qaïda au Yémen, qui ont fait plus de 60 morts dont des civils, ont été menées par les Etats-Unis. Les spéculations vont bon train sur le risque de l'ouverture au Yémen d'un nouveau front de la guerre contre le terrorisme, en particulier depuis la tentative d'attentat le jour de Noël lors d'un vol Amsterdam-Detroit.