Le juge d'instruction allemand du tribunal de Phnom Penh, chargé de juger les Khmers rouges, a démissionné.

La prison khmer S1, où furent envoyés des milliers de Cambodgiens de 1975 à 1979.
La prison khmer S1, où furent envoyés des milliers de Cambodgiens de 1975 à 1979. (NICOLAS ASFOURI / AFP)

Le magistrat instructeur Siegfried Blunk considère que les pressions politiques dans deux dossiers en cours remettent en cause sa mission.

Le magistrat instructeur Siegfried Blunk considère que les pressions politiques dans deux dossiers en cours remettent en cause sa mission.

Evoquant des déclarations de hauts responsables cambodgiens se prononçant contre la poursuite de ces deux affaires, le magistrat allemand a dénoncé dans un communiqué ce qui "sera perçu comme des tentatives d'ingérences de responsables du gouvernement" et a présenté sa démission à dater de samedi dernier.

Les observateurs du tribunal parrainé par l'ONU craignent depuis longtemps l'abandon des poursuites dans ces deux affaires, qui concernent cinq cadres - dont des officiers - du régime (1975-1979) sous lequel environ deux millions de personnes sont mortes de faim, d'épuisement ou sous la torture.

Tout en revendiquant le fait de ne pas se laisser influencer, le magistrat estime que sa "capacité à résister à la pression des responsables du gouvernements et à assumer ses fonctions de façon indépendante pourrait toujours être mise en cause, ce qui mettrait aussi en cause l'intégralité des procédures des dossiers 3 et 4".

Parmi les auteurs des pressions évoqués nommément dans le communiqué figurent Hun Sen, Premier ministre, ainsi que les ministres des Affaires étrangères Hor Namhong, et de l'Information Khieu Kanharith.
L'organisation Human Rights Watch avait accusé la semaine dernière le juge allemand et son collègue cambodgien d'avoir failli à leur devoir en ne conduisant pas d'enquête "véritable, impartiale et efficace" dans ces deux dossiers.

L'ex-ministre des Affaires étrangères des Khmers rouges Ieng Sary, l'idéologue du régime Nuon Chea, le président du "Kampuchea démocratique" Khieu Samphan et la ministre des Affaires sociales Ieng Thirith, répondent actuellement de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Mais leur procès, qui s'est symboliquement ouvert en juin et doit durer des années, est actuellement bloqué par des questions portant sur l'état de santé de deux prévenus.
Un seul accusé à été pour l'instant jugé par cette cour. Kaing Guek Eav alias Douch, ex-chef de la prison de la capitale, a été condamné en juillet 2010 à 30 ans de prison. Il attend un verdict en appel.