L’armée nationale afghane, "une menace systémique croissante"

(Mohammad Ismail Reuters)

En moins d'un mois, six soldats français ont trouvé la mort sous les balles de militaires afghans. La plus grande force levée depuis 70 ans repose sur les troupes de l'OTAN pour sa formation. Mais les accidents se multiplient alerte un rapport américain publié aujourd'hui.

"Aucun Etat au monde n'a tenté de lever une telle armée depuis la Deuxième Guerre mondiale. C'est une vaste entreprise ", souligne le général Michael Day, responsable de la formation conduite par les troupes de l'OTAN. L'armée nationale afghane comptait 176.000 hommes à la fin de l'année dernière, et vise 20.000 de plus en 2014.

Parmi les centaines de recrues qui se présentent chaque semaine, il faut écarter les mineurs et les repris de justice (cette précaution n'a pas toujours été prise). Il faut aussi repérer les illettrés. L'ANA a embauché 3.000 instructeurs pour apprendre à lire à ses soldats.

Malgré les précautions, le niveau de désertions reste élevé : entre 10% et un tiers des effectifs, l'année dernière, selon les unités. Mais un problème plus urgent émerge sous la forme altercations mortelles avec des soldats occidentaux.

"Loin d'être rares et isolées, les agressions représentent une menace croissante"

Le 29 décembre dernier, un soldat de l'ANA avait délibérément ouvert le feu sur un détachement français, et tué deux légionnaires. C'était une première pour les Français, pas pour les Américains. Un rapport publié aujourd'hui par le New-York Times recense une trentaine d'accrochages qui ont fait 58 morts, entre mai 2007 et mai 2011. C'est 6% des pertes américaines sur cette période.

La même étude minimise l'importance du rôle de talibans infiltrés, et les discours optimistes. "Les altercations mortelles sont loin d'être rares et isolées, elles reflètent une menace systémique croissante ", souligne le rapport, intitulé "Une crise de confiance et d'incompatibilité culturelle ".

Les forces afghanes ont déjà pris la relèves de l'OTAN dans le Panshir et à Mazar-i-Sharif, des secteurs assez calmes, mais aussi dans le chef-lieu de la province d'Helmand, où les talibans sont très actifs.