La libération de quatre islamistes au Mali a créé des tensions diplomatiques entre Bamako et Alger

Pierre Camatte a été kidnappé dans le nord du Mali par des hommes armés dans la nuit du 25 au 26 novembre
Pierre Camatte a été kidnappé dans le nord du Mali par des hommes armés dans la nuit du 25 au 26 novembre (France 2)

L'Algérie a rappelé pour consultation son ambassadeur au Mali et a condamné cette libération réclamée par Al-Qaïda au Maghreb islamique, qui détient plusieurs otages européens.Aqmi avait menacé de tuer l'otage français Pierre Camatte avant le 20 février si les quatre islamistes (deux Algériens, un Burkinabé et un Mauritanien) n'étaient pas libérés.

L'Algérie a rappelé pour consultation son ambassadeur au Mali et a condamné cette libération réclamée par Al-Qaïda au Maghreb islamique, qui détient plusieurs otages européens.

Aqmi avait menacé de tuer l'otage français Pierre Camatte avant le 20 février si les quatre islamistes (deux Algériens, un Burkinabé et un Mauritanien) n'étaient pas libérés.

Le Mali a relâché les quatre détenus apparemment dans le cadre d'un accord avec Al-Qaïda au Maghreb destiné à sauver Pierre Camatte, selon un article paru vendredi dans le journal malien L'Indépendant. Plus officiellement, la justice malienne les a condamnés, pour "détention illégale d'armes de guerre", à des peines équivalentes à celles qu'ils avaient déjà purgées en préventive, et les a donc libérés.

Après leur libération, lundi, les quatre islamiste ont été emmenés vers le désert malien, où ils devaient être interrogés par des responsables d'Aqmi. Puis des tractations devaient reprendre avec des négociateurs maliens, pour aboutir à la libération du Français, de source malienne proche des négociations.

L'incertitude demeure sur le sort de Pierre Camatte. Ce Français de 61 ans, avait été kidnappé en pleine nuit le 26 novembre 2009 dans un hôtel de Ménaka (nord-est) par des Maliens originaires de la région qui l'auraient ensuite "vendu" à Aqmi, selon des sources maliennes proches du dossier. Son sort a suscité d'autant plus d'inquiétude qu'il serait retenu par le groupe dirigé par l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, responsable de l'assassinat en juin 2009 de l'otage britannique Edwin Dyer.

Alger et Nouakchott s'indignent
L'Algérie, qui a rappelé son ambassadeur pour consultation, reproche à Bamako le non-respect de la Convention bilatérale de coopération judiciaire et au nom de laquelle Alger avait formulé une demande d'extradition pour les deux islamistes algériens. La décision du gouvernement malien de libérer "des terroristes recherchés par des pays voisins est un développement dangereux pour la sécurité et la stabilité dans la région sahélo-saharienne et sert, objectivement, les intérêts du groupe terroriste activant dans la région sous la bannière d'Al-Qaïda ", proteste Alger.

A Nouakchott, la libération des islamistes a aussi été très mal accueillie. La Mauritanie a aussi rappelé son ambassadeur à Bamako pour consultation. Qualifiant de "surprenante" la décision malienne de "remettre à une partie terroriste un Mauritanien réclamé par la justice mauritanienne", le ministère des Affaires étrangères juge que "cette mesure non cordiale (...) porte atteinte aux relations séculaires existant entre les deux pays".

Outre le Français, Aqmi retient trois Espagnols capturés le 29 novembre et un couple d'Italiens kidnappés le 17 décembre, tous en Mauritanie.