L'opposition de l'ex-premier ministre en exil a largement emporté les élections législatives

Yingluck Shinawatra, 44 ans, appelée à devenir la première femme à diriger un gouvernement en Thaïlande
Yingluck Shinawatra, 44 ans, appelée à devenir la première femme à diriger un gouvernement en Thaïlande (AFP-Nicolas ASFOURI)

Le parti de Thaksin Shinawatra, le Puea Thai, obtient la majorité absolue avec 265 sièges sur 500, contre 159 au parti démocrate de Abhisit Vejjajiva, qui dirigeait le gouvernement sortant.Pour la première fois dans l'histoire de la Thaïlande, c'est une femme, Yingluck Shinawatra, soeur cadette de Thaksin Shinawatra, qui devrait lui succéder.

Le parti de Thaksin Shinawatra, le Puea Thai, obtient la majorité absolue avec 265 sièges sur 500, contre 159 au parti démocrate de Abhisit Vejjajiva, qui dirigeait le gouvernement sortant.

Pour la première fois dans l'histoire de la Thaïlande, c'est une femme, Yingluck Shinawatra, soeur cadette de Thaksin Shinawatra, qui devrait lui succéder.

Le premier ministre sortant, qui a annoncé qu'il démissionnait de sa formation, a appelé le pays à "l'unité et à "la réconciliation" après les violences de ces dernières années.

Yingluck Shinawatra, soeur cadette de l'ex-premier ministre Thaksin, a estimé dimanche que les Thaïlandais lui avaient "donné une chance" de gouverner le pays. "Je vais travailler de mon mieux pour le peuple", a déclaré cette femme d'affaires de 44 ans. Néophyte mais très télégénique, Yingluck a donc réussi son examen de passage en politique en conduisant dimanche l'opposition à la victoire aux législatives.

Son frère, en exil à Dubai depuis son renversement par un coup d'Etat en 2006, a estimé que son "retour n'est pas une priorité". "La priorité est à la réconciliation", a ajouté Thaksin Shinawatra. Il a exclu de redevenir premier ministre. "Je souhaite me retirer", a-t-il dit. Mais depuis son exil, il continue de fait à diriger le parti démocrate.

Le retour de l'ex-premier ministre en Thaïlande est d'ores et déjà clairement posé, estiment les observateurs. Une perspective qui pourrait enflammer le pays, estiment les mêmes (voir plus loin).

Les bureaux de vote étaient protégés par 170.000 policiers. Plus de 47 millions d'électeurs étaient appelés à choisir leurs 500 députés pour 4 ans.

Malversations financières
Thaksin Shinawatra
demeure l'homme politique à la fois le plus adoré et le plus haï de Thaïlande. Et la campagne s'est souvent apparentée à référendum pour ou contre lui.

Le duel qui s'est déroulé sous tension et à distance entre ce dernier et le sortant, Abhisit Vejjajiva, souligne la ligne de fracture du pays. Fracture entre les élites de la capitale - hauts-fonctionnaires, magistrats, militaires, palais royal - qui ont porté Abhisit au pouvoir fin 2008, et les masses rurales et urbaines défavorisées, dont beaucoup considèrent Thaksin comme un héros.

Ces élections étaient considérées comme essentielles pour que le royaume puisse enfin sortir de la violence.

Thaksin Shinawatra et ses alliés ont remporté toutes les élections depuis 2001. Mais ils ont été chassés du pouvoir par les militaires en 2006, puis à deux reprises par la justice en 2008, permettant l'arrivée au pouvoir d'Abhisit à la tête d'une coalition de six partis.

Le milliardaire Thaksin vit en exil pour échapper à une condamnation à deux ans de prison pour malversations financières. La moitié de sa fortune a été saisie l'an dernier.
Il est également poursuivi pour terrorisme pour son soutien présumé aux manifestations du printemps 2010.

Jusqu'à 100.000 "chemises rouges", pour la plupart fidèles à l'ancien magnat des télécommunications, avaient alors occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la démission d'Abhisit, avant d'être délogés par l'armée au terme de plusieurs jours de guérilla urbaine. La crise, la plus grave qu'ait connue la Thaïlande moderne, avait alors fait plus de 90 morts et 1900 blessés.

Risques de nouvelles violences ?
D'ores et déjà, après la victoire du mouvement Puea Thai, le mouvement des "chemises rouges " a demandé lundi au futur gouvernement thaïlandais, proche comme lui de l'ex-premier ministre en exil, de "découvrir la vérité" sur les violences meurtrières du printemps 2010. Pendant la campagne, le Puea Thai a évité de trop aborder la question. Il a évoqué une amnistie générale politique, ouvrant ainsi la voie à un retour de Thaksin.

Le gouvernement sortant a accusé les "rouges" d'avoir provoqué les forces de l'ordre lors des évènements de l'an dernier. Mais les cadres du mouvement et des associations de défense des droits de l'homme ont accusé l'armée d'avoir tiré sur des civils non armés. Aucune enquête n'a pour l'instant abouti.

Le Puea Thai, qui travaille à la formation de son futur gouvernement, pourrait ainsi rencontrer de la résistance de la part de certains "rouges". Lesquels veulent que les militaires soient jugés et punis pour les événements de 2010 et refuseraient donc une amnistie. La victoire pourrait donc avoir, à terme, un goût amer...

Pour les experts, les alliés de Thaksin ne peuvent se permettre de triomphalisme. Le retour éventuel de ce dernier va "certainement galvaniser la future opposition", estiment-ils. A commencer par les "chemises jaunes" royalistes, ennemis intimes des "rouges". Les "jaunes" abhorrent Thaksin et ont manifesté à chaque fois que lui ou ses alliés étaient au pouvoir depuis 2005.

La plupart des analystes s'accordent donc sur le risque de nouvelles violences, à court ou moyen terme. La Grande-Bretagne, l'Australie ou le Japon ont d'ailleurs mis en garde leurs ressortissants contre l'éventualité de nouveaux troubles.