L'Egypte quatre ans après la chute d'Hosni Moubarak

(Le général Al-Sissi a installé une dictature en Egypte © Reuters / Mohamed Nureldin Abdallah)

Du jour de colère, le 25 janvier au 11 février, 18 jours avaient suffi en 2011 aux Egyptiens pour chasser Hosni Moubarak du pouvoir après 30 ans de règne. Exit le Raïs, mais l’histoire prend une drôle de tournure avec le retour quatre ans après d’un régime qualifié par beaucoup de dictatorial mené et par le général al-Sissi.

Comme en Tunisie, la révolution égyptienne a réussi à chasser en quelques jours le Raïs, et comme en Tunisie les islamistes ont remporté les premières élections. Mais, en Egypte, les religieux s’accaparent vite tout le pouvoir et le président Mohamed Morsi établit "un régime pire qu’un Sultan turc du 16e siècle", dira l’écrivain El Aswany. Une situation qui va provoquer l’intervention militaire de juillet 2013, un coup d’Etat qui renverse Morsi et qui va porter au pouvoir le général Al-Sissi.

Après la répression brutale de l’opposition islamique qui fera 1.400 morts, le général al-Sissi s’en prend aussi aux laïcs et à ceux qui avaient fait la révolution de 2011. Les rassemblements marquant le quatrième anniversaire de la révolte de 2011 ont été réprimés dans le sang - au moins 15 morts. Une photo fait le tour du monde : une jeune femme de 34 ans touchée par une balle s’effondre dans les bras d’un manifestant. C’est comme sous Moubarak, s’emportent les réseaux sociaux.

"La révolution n’est pas un match de foot"

Alaa El Aswany, lui qui a tant milité pour le printemps égyptien, qui exposait les germes de la révolution à venir avec son roman L’immeuble Yacoubian explique que "la révolution, à la base, c’est un changement humain irréversible, la révolution n’est pas un match de foot, ce n’est pas une question de 90 minutes. "

 

Ce n’est pas la même chose que sous Moubarak car aujourd’hui ce n’est plus le ministère de l’Intérieur qui a le pouvoir, explique Bernard Rougier, qui dirige un centre de recherche au Caire. "Sissi n’est pas Moubarak, il veut la sécurité mais il entend aussi remettre en cause une certaine vision de l’islam. Il va jusqu’à demander la réforme de l’islam devant les oulémas d’Al-Azhar et pose la question : 'comment sommes-nous devenus une menace pour le reste du monde, nous les musulmans ?' "

 

Le chercheur et le grand écrivain se rejoignent particulièrement sur cette évolution indispensable de l’islam : se libérer des textes et de leur lecture rigoriste imposée par le wahhabisme, venu d’Arabie Saoudite avec l’argent du pétrole. L’Egypte n’en a pas fini avec l’islam radical, et ses groupes qui ont fait allégeance à l’organisation Daech. Ainsi, l’armée égyptienne mène régulièrement des opérations militaires dans le Sinaï.

 

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