"L'Afrique du Sud a un peu disparu dans ce cercueil"

(Antoine Krempf Radio France)

REPORTAGE | Pas de chants, ni de danses ce dimanche devant l'écran géant installé sur les hauteurs de Qunu, le village où vient d'être enterré Nelson Mandela. Même l'humour de certains orateurs ou la parade de guerriers zoulous en habits traditionnels n'ont pas vraiment réussi à distraire la plupart des 500 personnes venues assister à la cérémonie.

Au 10e jour des funérailles de "Madiba",
les larmes des Sud-Africains ont fini par couler lorsque les 21 coups de canon ont salué l'arrivée du cercueil de Nelson Mandela au-dessus du caveau familial. 

Environ 500 personnes avaient fait le déplacement jusqu'au sommet d'une colline qui domine le village d'enfance de Nelson Mandela et l'immense tente blanche installée près de sa maison pour accueillir la cérémonie réservée à quelques centaines d'invités.

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Après la cérémonie, la famille de Nelson Mandela semble vouloir garder la tombe à l'abri des regards et des visiteurs. Et Yolisa le sait : "Il n'y aura plus de jour comme celui-là. C'est le
dernier moment où on peut voir Tata Mandela, c'est pour ça que je lui dis au revoir. Je souris, je suis heureuse et en même temps, je pleure
".

"Une communauté unie autour de Madiba "

Deirdre et son mari habitent à Pietermartizburg. Quand ils
ont appris la mort de Nelson Mandela, ils ont enfourché leur moto jusqu'au
Parlement sud-africain au Cap, puis jusqu'à Johannesburg pour assister à la cérémonie
d'hommage
, à Pretoria pour voir le corps de Nelson Mandela, et enfin ils sont venus
à Qunu assister aux obsèques.

"On s'est dit qu'il fallait le faire. C'est le chemin
que Mandela a fait dans sa vie, c'est un signe de respect pour un grand chef
d'Etat et un grand homme. On a rencontré beaucoup de gens pendant ce voyage,
j'ai l'impression d'habiter dans une communauté unie autour de Madiba
", explique Roger, le mari de Deirdre, qui salue l'organisation de ces dix jours de funérailles même s'il "n'aime pas trop ce gouvernement ". 

"On savait qu'il était là, qu'il veillait sur nous "

Nabate revendique aussi un lien presque filial avec Nelson
Mandela. "On se sent seuls, on se sent désespérés, on se sent rejetés. Même
s'il n'était plus notre président, on savait qu'il était là, qu'il veillait sur
nous. C'est comme si une partie de l'Afrique du Sud avait disparu dans ce cercueil".

"J'ai cette
peur de voir mourir aussi ses valeurs. J'ai peur que l'on échoue sans lui
", explique la
femme d'une quarantaine d'années, venue avec son fils du Cap pour assister à la
cérémonie. 

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"Ces funérailles ont été une réussite "

D'autres n'ont pas cette crainte. Norman, militant de l'ANC,
estime que "le gouvernement et le président Zuma reprennent l'héritage de
Nelson Mandela. Maintenant nous pouvons nous tourner vers l'avenir. Il y a des
élections l'an prochain et j'espère que les gens vont se souvenir que ces 10
jours de funérailles ont été une réussite
".

Mais avant de se tourner vers
l'avenir, Norman se rassied sur son siège. Il l'a installé face au village de
Qunu. "De là, je peux voir ce qu'il se passe et j'imagine être là-bas moi
aussi, près de Nelson Mandela
".

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