Jean-Marie Messier face aux juges américains

Jean-Marie Messier est l\'un des deux accusés dans le procès Vivendi qui démarre lundi aux Etats-Unis.
Jean-Marie Messier est l'un des deux accusés dans le procès Vivendi qui démarre lundi aux Etats-Unis. (© AFP - Jacques Demarthon)

Vivendi Universal et son ex-PDG Jean-Marie Messier comparaissent depuis lundi devant un tribunal de New York

Vivendi Universal et son ex-PDG Jean-Marie Messier comparaissent depuis lundi devant un tribunal de New YorkVivendi Universal et son ex-PDG Jean-Marie Messier comparaissent depuis lundi devant un tribunal de New York

L'affaire remonte aux années 2000-2002 suite à la fusion de Seagram et Canal Plus qui avait fait de Vivendi Universal (VU), l'un des plus gros groupes de médias au monde.

Jean-Marie Messier et l'ancien directeur financier, Guillaume Hannezo sont accusés d'avoir annoncé de très importants bénéfices sans tenir compte des règles comptables.

Face à eux des petits porteurs américains qui entendent bien récupérer une partie de leur mise. "Pendant la période concernée, les accusés ont annoncé des bénéfices et des recettes florissants et dépeint Vivendi comme une entreprise générant assez de liquidités pour honorer ses dettes, qui s'élevaient à environ 21 milliards de dollars pour des acquisitions de 77 milliards de dollars", a résumé le cabinet américain Labaton Sucharow, qui les représente.

D'après ces avocats, le groupe avait contrevenu aux normes comptables américaines en revendiquant notamment l'intégralité des recettes de sociétés qu'il ne contrôlait pas. M. Messier avait dû quitter la présidence de VU en juillet 2002, après que l'entreprise eut perdu 13,6 milliards d'euros sur l'année précédente.

L'arrivée de Messier au tribunal fédéral de New York

M.Messier est entré dans la salle d'audience du tribunal pendant une interruption de séance, lundi en début d'après-midi, alors que le processus de sélection du jury n'était pas achevé. L'air tendu, il a serré la main de Jean-René Fourtou, l'actuel président du conseil de surveillance du groupe redevenu Vivendi tout court en 2006.

Les précédents judiciaires


Ce n'est pas la première fois que Vivendi et ancien PDG doivent affronter la justice pour rendre compte de cette époque. Mais ce procès aux Etats-Unis pourrait s'avérer le plus onéreux pour eux, si la justice leur ordonne de dédommager les actionnaires pénalisés par l'effondrement du titre.

La justice française chiffre en effet à un million le nombre d'investisseurs ayant détenu des actions Vivendi durant la période litigieuse, qui sont autant de plaignants potentiels.

De son côté, l'avocat français Frédérik-Karel Canoy, qui représente des petits porteurs français et entend faire le déplacement à New York, estime à 1,2 milliard le nombre d'actions Vivendi en circulation durant la période clé où leur cours a chuté. "Il est très important qu'il y ait une réponse judiciaire", a déclaré à M. Canoy, qui espère que Vivendi sera condamné à 50 milliards de dollars de dommages et intérêts.

Du côté de Vivendi, où on a réclamé en vain que les actionnaires français ne soient pas inclus parmi les plaignants représentés en nom collectif, on se dit "confiant". "Vivendi est associé à de nombreux experts et dispose d'arguments solides à faire valoir auprès du jury et aborde ce procès avec confiance", a souligné un
porte-parole, Antoine Lefort.

Le procès pourrait durer jusqu'à deux ou trois mois et "le calcul et le montant des indemnités potentielles ne seront connus qu'à l'issue d'une longue période, d'environ 18 mois, durant laquelle les actionnaires devront s'identifier et faire valider leur plainte", explique Vivendi, qui évoque déjà l'éventualité d'un appel, ce qui rallongerait encore la procédure.

Condamnations


La SEC, le gendarme de la Bourse américain, a déjà infligé une amende de plus de 48 millions de dollars en juillet 2008 à Vivendi, pour indemniser quelque 12.000 investisseurs.

En France l'Autorité des marchés financiers a également imposé des amendes, fixées par la justice à 500.000 euros pour le groupe et autant pour M. Messier .

Enfin une procédure judiciaire se poursuit à Paris, où le parquet a réclamé un non-lieu général en janvier. Selon M. Canoy, le juge chargé du dossier, Jean-Marie d'Huy, serait cependant "sur le point" d'ignorer cette recommandation et de renvoyer M. Messier en correctionnelle.