JO de Tokyo : la mort d'un troisième ouvrier relance le débat sur les conditions de travail

Sur le chantier de construction du nouveau stade national de Tokyo (Japon), le 18 juillet 2018.
Sur le chantier de construction du nouveau stade national de Tokyo (Japon), le 18 juillet 2018. (ALESSANDRO DI CIOMMO / NURPHOTO / AFP)

Un travailleur de 50 ans a été découvert inanimé devant le centre des congrès. Certaines organisations pointent du doigt la chaleur étouffante dans la capitale japonaise et la multiplication des heures supplémentaires.

Troisième décès sur un chantier des JO de Tokyo. Un travailleur de 50 ans est mort, jeudi 8 août, alors qu'il installait un câble électrique à l'extérieur du vaste centre des congrès Tokyo Big Sight, situé dans la baie de la capitale. Cet ouvrier a été découvert inanimé et la cause de sa mort n'a pas été précisée par le comité organisateur des JO. Les médias locaux lient toutefois ce drame aux conditions climatiques accablantes dans la capitale japonaise.

La température élevée et le taux d'humidité dans l'air supérieur à 80 % sont potentiellement mortels pour les personnes fragiles ou effectuant un effort physique intense. Quelque 18 000 hospitalisations et 57 décès (notamment de personnes âgées) ont été dénombrés la semaine dernière au Japon, à cause de coups de chaleur et d'insolations.

Un travailleur s'est suicidé, victime de surmenage

Jusqu'à présent, au moins deux autres travailleurs avaient trouvé la mort sur les chantiers des JO. L'une des victimes s'était suicidée à l'âge de 23 ans, en raison de longues heures de travail qui lui étaient devenues insupportables. "C'est la seule réponse que je peux fournir depuis que mon corps et mon esprit ont atteint leurs limites", avait-il écrit dans une note. Durant le seul mois précédent sa mort, il avait ainsi travaillé 190 heures supplémentaires.

Cette situation a été dénoncée au mois de mai par l'internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) et le syndicat japonais Zenkensoren. Leur rapport conjoint (en anglais) dénonçait la culture de la peur exercée sur des ouvriers déjà frappés de surmenage dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Les employés interrogés dans l'enquête, par exemple, avaient travaillé 26 jours dans le mois pour le nouveau stade national et même 28 jours pour le village olympique.

Une situation pénible qui menace la santé des ouvriers et la sécurité des chantiers. "Cela ne vaut pas la peine de mettre en jeu votre vie pour ça", résumait l'un d'eux. Par ailleurs, près d'un tiers des travailleurs évoluaient dans l'industrie de la construction depuis quarante ans ou plus. Dans ce cas de figure, leur présence sur les chantiers était due à l'insuffisance de leur pension de retraite.

Avec la généralisation de la sous-traitance, il est plus difficile de garantir un lieu de travail sûr et sain. Les salaires restent bas et l'instabilité du travail est constante. S'agit-il de l'héritage que les organisateurs de Tokyo 2020 veulent laisser après les Jeux ?Ambet Yuson, secrétaire général de l'IBB

Les organisateurs des JO, eux, sont déjà en train de plancher sur des aménagements de planning pour les compétitions. Le départ du marathon, par exemple, a été avancé à 6 heures du matin et les différents sites devraient être équipés avec des systèmes de climatisation et des espaces ombragés. Mais avant de préparer l'année prochaine, "ne devrions-nous pas nous inquiéter de ce qui est en train de se passer ?", s'est interrogée Kazuko Ito, directrice générale de l'ONG Human Rights Now, selon des propos rapportés par le Washington Post (en anglais).

Des opposants locaux font entendre leur voix

Début juillet, les organisateurs ont annoncé que la construction des sites était achevée à 90 %. Lors de la campagne de candidature, le coût de l'organisation était estimé à environ 5,9 milliards d'euros, mais ce montant a été fortement contesté par une commission d'experts qui a finalement corrigé ce chiffre à 30 milliards, ce qui veut dire que les contribuables du pays devront mettre la main à la poche.

Sur place, certains font entendre leur voix pour dénoncer les conséquences des JO sur le paysage urbain et le quotidien des habitants. Lors d'une conférence de presse, le 23 juillet dernier, le groupe Hangorin No Kai (No Olympics 2020) a considéré que les perturbations des transports publics et que le déplacement de personnes sans abri représente des "violations des droits de l'homme". Ces militants accusent également les organisateurs d'utiliser du bois illégal de forêts humides pour construire des stades, rapporte le Japan Times (en anglais).

La tenue des Jeux olympiques va enfin conduire quelque 600 000 salariés de 3 000 entreprises à travailler depuis leur domicile entre le 22 juillet et le 6 septembre, afin de ne pas engorger davantage le trafic. Plus de 50 000 salariés de Fujitsu, 34 000 de NEC et 1 600 de Toyota participeront à cette opération Jours du télétravail lancée par le gouvernement et le comité organisateur des JO, précise The Guardian (en anglais). 

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