70 ans après la guerre, Angela Merkel fait la leçon au Japon

La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre japonais Shinzo Abe à Tokyo, le 9 mars 2015.
La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre japonais Shinzo Abe à Tokyo, le 9 mars 2015. (SHIZUO KAMBAYASHI / POOL / AFP)

«Regarder l’Histoire en face»… tel est le message adressé par Angela Merkel aux Japonais le 9 mars 2015 lors d’une visite au Japon. Une façon pour l’Allemagne, alliée du Japon pendant la Seconde guerre mondiale, de rappeler que l’Histoire joue un grand rôle dans les relations entre les Etats. Un message pas inutile alors que le Japon vit des rapports compliqués avec ses voisins.

Le Japon est souvent accusé de ne pas avoir réglé son passé impérial, guerrier et criminel, qui a marqué ses relations avec les pays qui l’entourent et notamment la Corée et la Chine. Résultat: les relations du Japon avec ses voisins sont souvent dominées par le souvenir des atrocités reprochées aux troupes impériales lors de l'occupation de la Chine (1931-1945) et la colonisation de la péninsule coréenne (1910-1945).
 
Tokyo estime avoir clairement assumé ses responsabilités historiques, mais Pékin et Séoul l'accusent de refuser un travail de mémoire. Des tensions exacerbées par l'approche du 70e anniversaire de la fin du second conflit mondial. 

«L'Histoire et l'expérience nous exhortent à trouver des moyens pacifiques de réconciliation»
Forte de l'histoire de son pays, qui condamne toute référence au nazisme et sanctionne toute propagande négationniste, Angela Merkel s'est permis de donner quelques «conseils» au Japon. «L'Allemagne a eu la chance d'avoir été réintégrée dans la communauté des nations après l'expérience effroyable qu'a dû subir le monde durant la période du nazisme et de l'Holocauste», a rappelé Mme Merkel, interrogée à l'occasion d'un discours public à Tokyo, sur les rivalités persistantes en Asie de l'Est.

«Il m'est difficile de vous donner des conseils quant à vos relations de voisinage, mais je pense que l'Histoire et l'expérience nous exhortent à trouver des moyens pacifiques de réconciliation», s'est-elle permis.

Il faut dire que le Japon et notamment la droite japonaise ont multiplié les gestes provocateurs sur cette période. Des mouvements d'extrême-droite continuent de nier les crimes et les officiels japonais n'hésitent pas à rendre hommage aux soldats de la guerre. «Alors qu’au sortir de la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne a parfaitement marqué la rupture avec le nazisme, une idéologie dont l’apologie est désormais considérée comme un crime, les principaux membres de l’exécutif ou du législatif Japonais peuvent ouvertement, et en toute impunité, nier l’existence des crimes de guerre commis par l’Empire, et afficher leur intention de réécrire l’histoire et de revenir sur le pacifisme d’après-guerre», rappelle le site Rue89.

Récemment un média chinois a vivement mis en cause le journal japonais Sankei Shimbum pour avoir nié les massacres de Nankin et s'en est pris au Premier ministre japonais, «M.Abe, révisionniste historique bien connu». Le journal suisse Le Temps rappelait aussi comment la télé nationale NHK avait du modifier sa façon de présenter les crimes commis par le Japon pendant la guerre. «La télévision nationale a reçu des consignes pour occulter les horreurs de la Seconde guerre mondiale», écrit le journal qui ajoute: «Au Japon, le révisionnisme atteint des sommets.»

La visite du premier ministre Abe au mémorial de la guerre à Yasukuni en 2013
La visite du premier ministre Abe au mémorial de la guerre à Yasukuni en 2013 (TORU YAMANAKA / AFP)
Ce climat est alourdi par un certain nombre d'initiatives du pouvoir japonais. Le Premier ministre Shinzo Abe, qui s'était rendu en 2013 au sanctuaire Yasukuni qui honore les âmes de 2,5 millions de soldats morts pour le Japon, souhaite notamment changer la constitution japonaise jugée par lui trop pacifiste.

Il n'est pas sûr que les leçons d'Histoire d'Angela Merkel suffisent à attenuer les tensions entre le Japon et ses voisins. Même si «Shinzo Abe a l'intention d'exprimer des remords au nom de son pays et de reprendre à son compte les excuses formulées par ses prédécesseurs, en particulier celles que Tomiichi Murayama a présentées en 1995», affirme Le Monde.
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