Rosario Crocetta, catholique, gay, anti-mafia et gouverneur de Sicile

   
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C’est le nouvel homme fort de Sicile. Il vient d’être élu gouverneur et, pourtant, il n’était pas donné favori. Se définissant lui-même comme un Ovni de la vie politique italienne, il est aux antipodes des clichés toujours en cours dans son Italie du Sud natale.

Homosexuel déclaré, catholique et pourfendeur de la mafia depuis son engagement en politique, il est aujourd’hui sous protection policière permanente et affirme : «Je suis vraiment révolutionnaire.» Une révolution qui a commencé lors de son accession à la mairie de sa ville natale de Gela, côte sud de la Sicile, en 2002.

Lors de sa campagne, il revendique alors ouvertement son homosexualité, devenant le premier maire gay de la Péninsule, dans l’une des villes les plus gangrénées par la mafia. Dès son arrivée, il annonce la couleur : il scelle un pacte avec le chef de la police locale et licencie la femme d’un gros bonnet local de la mafia, embauchée à la mairie de Gela grâce à un faux diplôme.

Il paiera cet engagement de plusieurs tentatives d’assassinat
«Je remercie Dieu pour chaque jour de vie qu’il m’accorde. Depuis que je suis maire de Gela, ma vie est toujours en péril.» Dès l’annonce de son élection, fidèle à son éternel ton provocateur, il lance : «Maintenant que j’ai été élu (gouverneur, NDLR), la mafia peut faire ses valises.»

Le succès n’était pas forcément attendu et pourtant, c’est historique, Rosario Crocetta a remporté les élections régionales du 28 octobre 2012 et battu le parti de Berlusconi en Sicile.

Rosario Crocetta, en campagne pour les municipales à Gela, en Sicile, le 8 mai 2007.
Rosario Crocetta, en campagne pour les municipales à Gela, en Sicile, le 8 mai 2007. (AFP PHOTO / Marcello PATERNOSTRO)
 

Un parcours atypique
Chimiste de formation, une carrière au sein d’ENI, grand groupe pétrolier et gazier, l’homme est le dernier-né d’une fratrie de quatre, fils d’une couturière et d’un travailleur précaire. Agé de 61 ans, il se définit comme catholique pratiquant, célibataire et fier de l’être.

Adepte d’envolées lyriques dans ses discours, c’est un tribun élégant au visage avenant. Poète à l’occasion, il a publié un recueil en 1987, Diario di una giostra (Journal d’un manège). Il parle français, anglais et arabe.

Homme de gauche, il fait ses classes au Parti communiste italien, puis chez les Verts. Réélu maire de Gela avec plus de 60% des voix en 2007, il devient membre du Parti démocrate en 2008. Démissionne de son poste de maire en 2009 pour être élu député européen et devient notamment vice-président de la commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment d’argent.

Comble de l’ironie, la protection policière qui lui est accordée en Italie lui est refusée lors de ses déplacements de parlementaire européen.

«L'Europe sous-estime la mafia»

Euronewsfr, mise en ligne le 29 novembre 2009

Un statut qui ne semble pas affecter l’humour du nouveau gouverneur, puisque lors de sa campagne sicilienne, il avait promis en plaisantant : «Quand on a un rôle public, il faut être chaste, et j’annonce qu’en cas de victoire aux élections, je n’aurai plus de relations sexuelles.»

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