Matera capitale européenne de la culture : "L'Italie de l’art et de la culture plus forte que le populisme passager" estime Jack Lang

L\'ancien ministre socialiste Jack Lang, en janvier 2018.
L'ancien ministre socialiste Jack Lang, en janvier 2018. (RENAUD JOUBERT / MAXPPP)

Capitale européenne de la Culture en 2019, la ville italienne de Matera donne samedi 19 janvier le coup d'envoi d'une année de festivités.

"M. Salvini passe, mais l’Italie de l’art et de la culture tiendra le coup. Elle est plus forte que ce populisme passager", a estimé samedi 19 janvier sur franceinfo l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, à l’origine en 1985 du label "capitale européenne de la culture", alors que la petite ville de Matera en Italie hérite aujourd'hui du titre pour l’année 2019. Jack Lang estime aussi que la culture est fondamentale dans une période où l’Europe doute : "C’est un merveilleux ciment, et je suis convaincu que c’est par l’art et la culture qu’on pourra redonner un sens à notre civilisation qui aujourd’hui doute d’elle-même."

franceinfo : Aujourd'hui, dans un climat eurosceptique de plus en plus prononcé, ce titre de capitale européenne de la culture peut-il encore résonner de la même façon ?

Jack Lang : Vraiment, oui. Chaque année, les villes se battent pour être choisies, parce que pendant une année au moins les projecteurs sont braqués sur la ville choisie et Matera est une ville qui recèle des trésors inouïs. Si nous avons voulu faire ça, c’était pour donner à l’Europe de la culture un souffle, un élan. Nous n’étions pas sûrs que ça marche. Au début, c’était couci-couça. Et puis finalement c’est devenu un événement fort, et ce que l’on constate, c’est que lorsque s’achève l’événement, la ville a retrouvé confiance en elle-même, attire certes des touristes, mais aussi des investisseurs. Si je prends le cas de Liverpool, ville qui a connu des moments très durs sur le plan industriel et social, elle a été littéralement métamorphosée lorsqu'elle a été désignée capitale européenne de la culture.

En pleine tempête du Brexit, la culture peut-elle encore être un lien entre les peuples européens ?

Plus que jamais. D’ailleurs, des liens très étroits sont établis entre les créateurs, cinéastes, écrivains et peintres des différents pays d’Europe. L’art et la culture aujourd’hui sont profondément européens. C’est un merveilleux ciment, et je suis convaincu que c’est par l’art et la culture qu’on pourra redonner un sens à notre civilisation qui aujourd’hui doute d’elle-même. C’est un lien entre les peuples. Prenez l’Italie : nous avons un désaccord avec les Italiens. Cela n’empêche que nous avons avec les créateurs italiens, cette ville de Matera, Rome, Florence, des liens extraordinairement riches. C’est grâce à ces liens que nous surmonterons les crises. Monsieur Salvini passe, mais l’Italie de l’art et de la culture tiendra le coup. Elle est plus forte que ce populisme passager.

Depuis 1985, ce titre de "capitale européenne de la culture" a-t-il aussi apporté aux différentes villes choisies un sentiment d'appartenance à l’Europe plus fort ?

Je le crois. Prenons l’exemple de Marseille : je crois que non seulement ça a complètement changé la vie intellectuelle et culturelle, mais en même temps ça a ouvert les esprits aux échanges internationaux, vers la Méditerranée, cela va de soi, mais aussi vers l’Europe du nord. Peut-être faudrait-il mettre beaucoup mieux en valeur ce tissu profond de liens. Une Europe plus concrète, plus vivante, plus conforme à ce qu’elle est réellement. C’est cela qui parfois est choquant, de voir le hiatus entre les discours politiques et la réalité vivante. La réalité vivante est beaucoup plus ouverte, et elle est profondément européenne.

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