Crise politique en Italie : quels sont les scénarios possibles après la fin du gouvernement de coalition ?

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte (au centre), avec le ministre de l\'Intérieur Matteo Salvini (à gauche) et le ministre du développement économique, du travail et des politiques sociales Luigi Di Maio (à droite), lors d\'un discours solennel annonçant la fin du gouvernement de coalition, le 20 août 2019 à Rome (Italie). 
Le Premier ministre italien Giuseppe Conte (au centre), avec le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini (à gauche) et le ministre du développement économique, du travail et des politiques sociales Luigi Di Maio (à droite), lors d'un discours solennel annonçant la fin du gouvernement de coalition, le 20 août 2019 à Rome (Italie).  (ANDREAS SOLARO / AFP)

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, a annoncé mardi sa démission et la fin de son gouvernement de coalition entre la Ligue, menée par Matteo Salvini, et le Mouvement 5 Etoiles (M5S). Que peut-il se passer après cette décision ? Eléments de réponse. 

Leur coalition aura duré un peu plus d'un an. Devant le Sénat, le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, a annoncé sa démission et la fin de son gouvernement de coalition entre la Ligue du ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, et le Mouvement 5 Etoiles (M5S), mardi 20 août. 

"J'interromps ici cette expérience de gouvernement, a déclaré le président du Conseil italien face aux sénateurs à Rome. J'entends conclure ce passage institutionnel de façon cohérente. J'irai voir le président de la République pour lui présenter ma démission." 

Le Premier ministre a également accusé Matteo Salvini d'avoir été "irresponsable" et d'avoir uniquement "poursuivi ses propres intérêts et ceux de son parti", plongeant le pays dans une profonde crise politique. Le ministre de l'Intérieur a en effet, le 8 août, sonné la fin du gouvernement de coalition en réclamant la tenue d'élections législatives anticipées, à la surprise du M5S. Avec la démission attendue mardi soir de Giuseppe Conte, la balle est dans le camp du président Sergio Mattarella, qui doit lancer des consultations pour explorer la possibilité d'une nouvelle majorité. Quels sont les scénarios possibles après la fin actée de cette coalition ? Franceinfo fait le point. 

Un gouvernement "Conte bis" de transition

En présentant sa démission, le Premier ministre met fin au 65e gouvernement de la République italienne. Mais le chef de l'Etat, Sergio Mattarella, pourrait demander à Giuseppe Conte de rester à la tête du pays, afin de piloter un gouvernement de transition. 

Ce gouvernement "Conte bis" permettrait en effet d'avancer dans l'élaboration du budget pour l'année 2020 et d'éviter une hausse automatique de la TVA, prévue l'an prochain, si rien n'est fait avant pour combler un trou de 23 milliards d'euros dans les caisses de l'Etat. 

Le Premier ministre pourrait-il finalement rester à son poste ? Bon nombre d'observateurs estiment que Giuseppe Conte, accueilli au Sénat par une banderole "Conte, l'Italie t'aime", sort grandi de cette crise politique. Dans une lettre ouverte publiée mardi, le chef du M5S, Luigi Di Maio, l'a qualifié de "serviteur de la Nation dont l'Italie ne peut pas se passer".

Une coalition entre le M5S et le centre-gauche

Si, au contraire, le président italien accepte la démission de Giuseppe Conte, des consultations devront être menées entre les principales formations politiques italiennes afin de parvenir à former un nouveau gouvernement. 

Le sénateur et ancien président du Conseil de centre-gauche Matteo Renzi a évoqué une éventuelle nouvelle coalition, cette fois-ci entre son parti, le Parti démocrate (arrivé deuxième aux élections européennes), et le Mouvement 5 Etoiles. L'ex-Premier ministre a surpris en proposant à ses anciens ennemis du M5S une réconciliation et la formation d'un gouvernement "institutionnel".

La Ligue, parti d'extrême droite arrivé en tête lors des élections européennes en mai, serait donc écartée du pouvoir dans ce scénario. Ce mariage compliqué entre le Parti démocrate et le M5S est cependant loin d'être acté. 

"Ursula", une large coalition pro-européenne

Un autre ancien Premier ministre, Romano Prodi (Parti démocrate), a mis une deuxième option sur la table. L'ex-président de la Commission européenne a suggéré la formation d'une "coalition pro-européenne" unissant le Parti démocrate, le M5S ainsi que Forza Italia, la formation de centre-droit de l'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi. Cette proposition vise à permettre une "réinsertion de l'Italie comme membre actif de l'Union européenne".

Ce scénario d'une coalition large, à la manière de l'Allemagne, porte un nom : "Ursula". Une référence à la nouvelle présidente allemande de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Des élections législatives anticipées

Sergio Mattarella aura pour mission d'approuver ou non les projets de coalition gouvernementale qui lui seront présentés. Si le chef d'Etat estime qu'aucune de ces propositions n'est valide et qu'aucune majorité solide n'existe pour gouverner, il pourrait décider de convoquer des élections législatives anticipées. 

Cette option irait dans le sens de l'objectif de Matteo Salvini. En signifiant la fin de la coalition entre la Ligue et le M5S le 8 août, le ministre de l'Intérieur avait appelé de ses vœux un scrutin anticipé. "Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu'il n'y a plus de majorité", avait-il déclaré dans un communiqué, affirmant qu'il fallait restituer "rapidement la parole aux électeurs".

En cas d'élections anticipées, la Ligue aurait de fortes chances d'arriver en tête, selon les derniers résultats électoraux et sondages. Le parti d'extrême droite a en effet recueilli 34,3% des votes lors des élections européennes. Une sérieuse avancée depuis les élections législatives de 2018, où il n'avait obtenu que 17,35% des voix. Un sondage Agi/YouTrend, datant du 1er août, crédite la Ligue de 36,8% des intentions de vote en cas d'élections, contre 21,7% pour le Parti démocrate et 17,6% pour le M5S. 

Matteo Salvini rêve de devenir chef du gouvernement italien, avec l'aide de Fratelli d'Italia, un petit parti d'extrême droite, et du mouvement de centre-droit Forza Italia. 

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