VIDEO. Haut-Karabakh : Israël fournit bien des drones à l’Azerbaïdjan pour frapper des cibles arméniennes

franceinfo

Franceinfo a enquêté pour vérifier cette affirmation des autorités arméniennes : des drones israéliens seraient utilisés par Bakou contre des cibles arméniennes dans le conflit armé au Haut-Karabakh. Voici ce que nos journalistes ont pu mettre en évidence, notamment en analysant des images amateur.

Depuis fin septembre, la guerre dans le Haut-Karabakh a repris. Ce territoire enclavé, situé en Azerbaïdjan, est une république autoproclamée dont l'Azerbaïdjan et l’Arménie se disputent le contrôle. Dans ce conflit, les drones donnent un avantage redoutable à l’armée azérie. L’Arménie affirme qu'Israël les a fournis à Bakou.

L'accusation est particulièrement embarrassante pour l’Etat hébreu, allié de l’Occident qui aurait aidé un pays autocratique musulman en guerre contre un pays démocratique et chrétien. Pour savoir si ces accusations étaient fondées, franceinfo a mené une enquête. Des images amateur de frappes aériennes, qui ont inondé les réseaux sociaux, constituent le point de départ.

Le drone d'une entreprise israélienne identifié

La vidéo ci-dessous montre ainsi un homme tenir dans ses mains un drone. Franceinfo a analysé les images de cet appareil avec un expert. Il s’agit d’un Orbiter 1K, dont la forme est clairement reconnaissable. Il est produit par l’entreprise israélienne Aeronautics.

À deux autres reprises, dans une vidéo amateur et une vidéo du ministère de la Défense azéri, le même drone peut être identifié en action.

Provenance et fabrication

L’Orbiter 1K est un drone kamikaze qui transporte une charge explosive. Une fois sa cible identifiée, il la détruit en plongeant dessus.

Dans un inventaire indépendant (PDF en anglais) compilant les modèles utilisés par chaque pays, on peut constater que les Azéris ont acheté beaucoup de drones israéliens, et ce, depuis presque 10 ans. Une usine de production de drones israéliens a même été construite dans le pays. Franceinfo a pu retrouver les images du président azéri en visite dans cette usine en 2011 et 2016.

Toujours en 2016, le pays a signé un contrat de près de 5 milliards de dollars avec des entreprises israéliennes, dont IAI (pour Israel Aerospace Industries), un autre fabricant de drones. Dès le mois d’avril, des Harop, drones d'IAI, ont été utilisés sur des cibles arméniennes.

Secret de polichinelle

L’achat et l’utilisation de ces drones ont été publiquement reconnus par le conseiller en affaires étrangères du président azéri. Un enregistrement obtenu par franceinfo auprès de Walla! News, une publication israélienne, le confirme. 

Toutefois, Israël a-t-il suspendu les exportations d’armes vers son client à l’approche du conflit ? Franceinfo a pu noter l’existence de plusieurs liaisons aériennes suspectes peu avant le début de conflit, des vols qui peuvent avoir transporté de l’armement.

Ainsi, selon les données de Flight Radar, le 24 et le 30 septembre 2020, il semble y avoir eu quatre vols entre Bakou et la base militaire d’Ovda, en Israël. Il s'agit de trois avions-cargos de la compagnie Silk Way Airlines, ainsi que d’un appareil affrété par le ministère de la Défense. Les combats ont commencé seulement trois jours après le début de ces rotations.

Echange de bons procédés

Au final, cette entente est moins étonnante qu’elle n’y paraît. Le conflit, plus nationaliste que religieux, cache surtout des enjeux économiques et géopolitiques.

Bakou fournit à Israël environ 40% de ses besoins en pétrole. En retour, son allié lui envoie armes, missiles et équipements de défense. De plus, l'Azerbaïdjan possède une longue frontière avec l’Iran, une zone qui intéresse particulièrement les services de renseignement israéliens. Les deux pays ont en commun de vouloir réduire l’influence de Téhéran dans la région.

Face à la violence du conflit dans le Haut-Karabakh, il est difficile pour les Israéliens d’assumer une telle alliance. "L'Etat hébreu entretient des relations de longue date avec l'Azerbaïdjan, et la coopération entre les deux pays n'est dirigée contre aucune partie", a déclaré, le 5 octobre, le président Reuven Rivlin à son homologue arménien.

Aussi embarrassant soit-il, Israël ne semble néanmoins pas prêt, pour l’instant, à renoncer à un allié important.

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