Les trop bonnes relations entre la Russie et Israël

Le président russe Poutine accueille le Premier ministre israélien Netanyahu à Moscou en juin 2016.
Le président russe Poutine accueille le Premier ministre israélien Netanyahu à Moscou en juin 2016. (Maxim Shipenkov / POOL / AFP)

Depuis août 2015, Netanyahu s’est rendu à Moscou quatre fois pour rencontrer Poutine, ce qui dépasse le nombre de visites qu’il a rendues à tout autre leader mondial. Aujourd’hui, c’est le premier russe Dmitri Medvedev qui se rend en Israël. Ces relations redevenues étroites ne manquent pas d'interroger, surtout à Washington, allié privilégié de Tel Aviv.


«La Russie et Israël entretiennent d’excellentes relations diplomatiques, militaires, économiques, scientifiques et culturelles», confirme à la télévision israélienne le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, avant son déplacement. Pourtant les relations n’ont pas toujours été roses entre les deux Etats, même si l’URSS est un des pays qui a permis la création d’Israël en 1947.

La brouille a commencé quand Moscou a choisi de soutenir les Etats arabes nationalistes de la région alors qu’Israël était de plus en plus proche des Etats-Unis. La Guerre froide battait son plein. Au point que les relations entre les deux pays ont été rompues pendant deux décennies avant de reprendre en 2011.

Des Sukhoï sont stationnés sur le tarmac d\'une base aérienne à Lattaquié.
Des Sukhoï sont stationnés sur le tarmac d'une base aérienne à Lattaquié. (Ria novosti/AFP)

Le retour de la Russie au Proche-Orient
Après la fin de l’URSS, le rôle de la Russie a décliné dans la région. Mais aujourd’hui, Moscou a repris spectaculairement pied au Proche-Orient, en intervenant militairement en Syrie. La Russie, devenue puissance-clé dans le conflit syrien, entend bien se faire entendre sur l’autre dossier régional, le conflit israélo-palestinien.

La Russie a d’ailleurs entamé depuis plusieurs semaines des démarches pour organiser à Moscou une rencontre entre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
 
Pour Israël, le retour de Moscou semble une bonne chose. «Je suis venu ici avec un objectif: renforcer la coordination sécuritaire entre nos deux pays pour empêcher des erreurs, des malentendus et des affrontements superflus», déclarait  le Premier ministre israélien lors d’une rencontre avec M.Poutine. 
 
Depuis le rétablissement des relations israélo-russes il y a 25 ans, les contacts entre les deux pays s’accélèrent. «Le premier ministre Israélien Benjamin Netanyahu s’est rendu à Moscou deux fois, en avril et en juin pour une visite officielle. Entre le président de la Russie, Vladimir Poutine, et Benjamin Netanyahu il y a eu cinq conversations téléphoniques», a rappelé le Premier ministre russe.

Bonne entente Netanyahu-Poutine
La visite du Premier ministre russe en Israël (et dans les Territoires occupés) s’inscrit dans une série de rencontres de haut niveau entre les deux pays.  Sur le plan militaire, les Russes ont su rassurer les Israéliens sur leurs actions en Syrie et des gestes symboliques ont rapproché les deux pays. 

Par ailleurs, les Russes, qui entretiennent de bonnes relations avec Téhéran, ont su, là aussi, expliquer leur position aux Israéliens qui considèrent toujours l’Iran et ses alliés (Hezbollah syrien) comme une menace. Après l’accord international avec Téhéran, les foudres israéliennes ont toujours plus visé les Américains que les Russes, pourtant partie prenante à l’accord.

Par ailleurs, sur le plan militaire, Russes et Israéliens semblent avoir trouvé un terrain d’entente sur le contrôle de la zone syrienne, souvent bombardée et survolée par Israël.

Une lutte commune contre le terrorisme islamiste
Au-delà des divergences d’intérêt, la position russe contre l’islam radical a de quoi intéresser Israël et ses franges les plus nationalistes. Poutine s’est d’ailleurs défini comme un «véritable ami d’Israël».  Le président russe ne se prive pas de rendre hommage à l'efficacité israélienne: «Apprenez d'Israël, ils ne lâchent jamais, ils se battent jusqu'à la fin (...). Il n'y a pas d'autre option, nous devons nous battre.»

Moscou entend bien collaborer avec l'Etat hébreu: «Nous avons évoqué la nécessité d'efforts conjoints dans la lutte contre le terrorisme international. Sur ce plan, nous sommes des alliés. Nos deux pays ont une expérience importante en matière de lutte contre l'extrémisme. Nous allons donc renforcer nos contacts avec nos partenaires israéliens dans ce domaine», a déclaré Vladimir Poutine. 
Lieberman et Netanyahu
Lieberman et Netanyahu (MENAHEM KAHANA / AFP)

Communauté russe en Israël et intérêts économiques
Israël compte une importante population venant de l’ex-URSS et notamment de Russie. Entre 1989 et 2002, on estime que quelque 900.000 Russes ont immigré en Israël, pays qui fut en partie fondé par des juifs venant de l’empire russe. Aujourd’hui, cette communauté représenterait quelque 20% de la population israélienne. Cette communauté a ses figures de proue et même ses partis politiques. Au gouvernement, le très extrémiste (de droite) Avigdor Lieberman, venu d'ex-URSS (Moldavie), occupe le très important poste de ministre de la Défense. 

En Israël, les «Russes», souvent considérés comme peu portés sur la religion juive, ont gardé des liens, notamment linguistique, avec la Russie. «Un touriste qui vient visiter Israël en décembre pourrait penser qu'il a atterri dans le mauvais pays. On y voit des arbres de Noël décorés partout, de joyeux Pères Noël qui déambulent dans les rues bondées, et des décorations de fête dans les centres commerciaux. Pourtant, il est en Israël, le même Israël qui dit aux touristes qu’il est de plus en plus religieux», s’amusait d’ailleurs le site israélien i24.

Pour la Russie, en grande difficulté économique du fait de la chute du prix du pétrole et des conséquences de l'embargo occidental, compter un partenaire commercial comme Israël est important. «Mon but, en tant que président du gouvernement de la Russie, est de stimuler la croissance du chiffre d’affaires», affirme M.Medvedev.

Israël a aidé par sa technologie la Russie à développer ses drones militaires.  Et Moscou reste demandeur de technologies. «Nous avons des projets clés, qui pourraient accélérer notre coopération dans les domaine de l’industrie pharmaceutique, de l'agriculture et de la technologie», estime le Premier ministre russe.

Obama et Netanyahu en 2016 (lors de l\'hommage à Shimon Peres)
Obama et Netanyahu en 2016 (lors de l'hommage à Shimon Peres) (MENAHEM KAHANA / POOL / AFP)

Et les Etats-Unis ?
Allié traditionnel et quasi inconditionnel d'Israël, Washington peut s'interroger sur ce rapprochement israélo-russe. «En réchauffant sa relation avec la Russie à un si haut degré, Israël refroidit parallèlement celle avec Washington. Il s’agit là d’un jeu dangereux, qui accroît les doutes à Washington selon lesquels le cabinet israélien, et Netanyahu en particulier, sont des alliés ingrats. Tôt ou tard, cela se retournera contre eux et affectera la coopération encore étroite entre les communautés militaires et du renseignement des deux pays », analyse Yossi Memman, commentateur spécialiste de la sécurité et du renseignement israéliens.

Salomé Stoikovitch, spécialiste des relations russo-israéliennes confirme: «Il s’agit pour Israël de montrer à Washington qu’il ne met plus "tous ses œufs dans le même panier" et que l’allié russe est également concerné par les données du jeu au Moyen-Orient. Malgré la tendance traditionnellement pro-arabe de la politique étrangère russe, la présidence de Vladimir Poutine (2000-2008; 2012- ) a inauguré une politique d’équidistance partagée entre son allié israélien et ses autres alliés de la région. En s’investissant dans l’effort de paix au Moyen-Orient, la Russie compte aussi rivaliser avec la puissance américaine.» 

Pour autant, Moscou ne dit pas autre chose que les autres membres du Quartette pour le Proche-Orient (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU) sur la question des Territoires occupés et sur la nécessité d'une solution avec les Palestiniens. Mais aujourd'hui, ce dossier semble bien loin des préoccupations des grandes puissances même si l'arrivée d'une personnalité comme Donald Trump à la Maison Blanche peut changer la donne, ce qui n'a rien d'évident.

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