Les Irakiens dénoncent dans la rue la corruption, le communautarisme et l'Iran

La police anti-émeutes déployée face à une manifestation citoyenne de milliers d\'Irakiens réclamant les services publics de base dûs par l\'Etat, le 28 août à Bagdad.
La police anti-émeutes déployée face à une manifestation citoyenne de milliers d'Irakiens réclamant les services publics de base dûs par l'Etat, le 28 août à Bagdad. (Ali Mohammed/Anadolu Agency)

Tout comme la crise des ordures a poussé les Libanais à contester dans la rue l’incurie du gouvernement à Beyrouth, à Bagdad c’est le thermomètre qui est à l’origine de ce qui ressemble à un réveil de la société civile. Le mouvement qui a le soutien de dignitaires chiites a très vite débordé le cadre des revendications pour dénoncer un système corrompu, communautariste et sous la tutelle de l’Iran


Vendredi 28 août, à l’instar des quatre vendredis précédents, des milliers d’Irakiens, dont un grand nombre de jeunes, ont bravé les 50° Celsius à l’ombre et sont descendus dans les rues de la capitale pour dénoncer les coupures quotidiennes du courant empêchant toute climatisation.
 
Spontané ou téléguidé, le mouvement est rapidement devenu politique avec des slogans anti-corruption, anti-confessionnels et, plus nouveau, anti-iraniens. Excédés par les lacunes de l’Etat dans les domaines publics de l’eau, l’électricité et la santé, les manifestants scandaient «Bye bye Nouri al-Maliki», l’ex-Premier ministre et réclamaient son exécution.

Une contestation soutenue par le plus haut dignitaire chiite, Ali Sistani 
La contestation a reçu la bénédiction de l’Ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse chiite du pays et le soutien de Moqtada al Sadr, chef chiite influent, qui a invité ses partisans à rejoindre le mouvement.
 
«La corruption existe à cause des mafias (...) qui utilisent la religion  pour leur intérêt personnel. Tous les responsables des précédents  gouvernements, particulièrement du gouvernement Maliki, sont responsables de la  corruption», a indiqué cheikh Samir al-Zraijawi, membre du mouvement de ce dernier.
 
Une pierre dans le jardin de Téhéran où Nouri al-Malki était reçu le 17 août par le conseiller du guide suprême, Ali Akbar Velayati. Même si les milices chiites lancées par l’Iran dans la bataille contre l’organisation de l’Etat islamique se sont jointes de manière opportuniste à la contestation, les jeunes Irakiens n'ont pas hésité à lancer des slogans contre le communautarisme et contre l’Iran.
 
«Iran! Iran! Dehors ! Dehors!»
«Iran ! Iran ! Dehors ! Dehors !»scandaient même certains d'entre eux pour protester contre la mainmise de la République Islamique sur la politique irakienne.
 
Cette contestation intervient en tout cas au moment où Haïdar al-Abadi tente de remettre le pays sur pied avec une série de réformes. Avec «400 milliards de dollars qui ont pris le chemin de comptes secrets à l’étranger» selon l’expert Gaith al-Dabbagh, et une baisse du prix du pétrole qui laisse les caisses de l’Etat presque vides, le chef de l’exécutif a une lourde tâche.
 
Ses projets de fusions de ministères, réduction des gardes privées des politiques et l’abolition de postes fictifs et superflus ne suffiront sans doute pas à redresser la barre, mais un soutien populaire pourrait l’aider à avancer et empêcher une contre-offensive de son rival.
 
Entre soutien populaire à al-Abadi et soutien de l’armée à al-Maliki, l’Irak vit toujours sous la menace du «fléau des milices qui pullulent échappant à tout contrôle de l'Etat», selon al-Dabbagh et de l’Iran qui les manipule.
Vous êtes à nouveau en ligne