Iran/Etats-Unis : des deux côtés, les conservateurs freinent le rapprochement

L\'ayatollah Mohammad Yazdi a été élu à la tête de l\'assemblée des experts.
L'ayatollah Mohammad Yazdi a été élu à la tête de l'assemblée des experts. (AFP)

Etonnant pas de deux des conservateurs iraniens et américains qui semblent, chacun de leur côté, essayer de freiner un rapprochement entre les deux pays après 36 ans de détestation. Des sénateurs américains rappellent qu’ils ont le pouvoir de ratifier les traités, tandis que les religieux iraniens adoubent un conservateur.


Il semble loin «le grand Satan» et la République islamiste d’Iran ne semble plus révulser la CIA. En 2013, un accord était signé sur l’épineux dossier du nucléaire iranien. Le groupe des 5+1 (les cinq membres du conseil permanent de sécurité de l’ONU et l’Allemagne) accordait sa confiance à l’Iran. En échange du gel des activités nucléaires, les Etats autorisaient un allègement de l’embargo international.
 
Depuis, le monde vit dans ce climat de réchauffement traversé régulièrement par des coups de froid.
En juin 2013, l’élection de Hassan Rohani à la présidence iranienne marquait la victoire des modérés et le début des négociations sur le nucléaire. Mais le président Rohani a dû composer avec un parlement aux mains des conservateurs.

Au point qu’en janvier 2015, reprenant la main, il menaçait d’avoir recours au référendum pour faire passer des mesures bloquées par les conservateurs. Une menace sans effet car il lui faudrait la majorité des deux tiers à l’Assemblée pour faire passer la mesure.
 
Le congrès US
Côté américain, les conservateurs opposent aussi une résistance farouche à la politique d’ouverture d’Obama. Le 3 mars 2015, un membre du Congrès, à majorité républicaine, a invité le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a venir exprimer à la tribune tout le mal qu’il pense du rapprochement avec l’Iran.

Joli pied de nez à Obama, qui n’invitait pas, en le plaçant en porte-à-faux vis-à-vis des alliés israéliens et, in fine, du peuple juif.
 
Le 9 mars, les conservateurs américains ont franchi un pas supplémentaire dans leur volonté de faire capoter les négociations. Un groupe de 47 sénateurs républicains a adressé une lettre à la délégation iranienne en charge des négociations sur le nucléaire.
 
La lettre commence par la phrase: «Nous avons remarqué en observant les négociations sur le nucléaire avec notre gouvernement que vous pourriez ne pas comprendre complètement notre système constitutionnel.» Document pour le moins insultant, qui rappelle aux négociateurs iraniens qu’au final c’est le Congrès qui ratifie les accords, et qu’il n’est pas prêt de le faire !
 
Raidissement iranien
Dernier avatar en date côté iranien, l’élection d’un ultra-conservateur à la tête de l’assemblée des experts. L’ayatollah Mohammad Yazdi a battu le modéré et ancien président du pays Hachémi Rafsandjani.
 
Cette haute instance religieuse est chargée de nommer le guide suprême (en son temps l’ayatollah Khomeiny), de surveiller son action et éventuellement le démettre.
L’assemblée des experts est composée de 86 religieux élus au suffrage universel. La prochaine élection aura lieu le 26 février 2016, en même temps que les législatives.
 
L’élection confortable de l’ayatollah Yazdi (47 voix contre 24)  est une victoire importante pour les conservateurs. D’autant que la santé du guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei est au cœur des interrogations. Le Figaro a annoncé qu’il était atteint d’un cancer au stade terminal. Le 8 mars 2015, Khamenei est apparu à la télé pour démentir des informations le donnant à l’hôpital dans un état critique.

La guerre de succession a peut-être déjà commencé.
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