Armin Arefi: en Iran, il y a un désir de changer l'image du pays

L\'accord intermédiaire conclu en novembre 2013 a permis d\'apaiser les relations entre Iran et Occident.
L'accord intermédiaire conclu en novembre 2013 a permis d'apaiser les relations entre Iran et Occident. (ATTA KENARE / AFP)

Presque un an après l'élection du modéré Hassan Rohani, Armin Arefi fait le point sur les conséquences de la levée, il a quelques mois, de quelques sanctions internationales en Iran. Ce journaliste franco-iranien travaille au service international du «Point» et est l'auteur de «Dentelles et tchador : la vie dans l’Iran des mollahs» (Poche).

L’élection d’Hassan Rohani peut-elle entraîner, à terme, la suppression totale des sanctions économiques internationales ?
Il y a eu un plébiscite populaire lors des dernières élections pour que le nouveau président améliore les relations entre l’Iran et l’Occident.  Le Guide suprême (Ali Khamenei, à la tête de la République islamique d’Iran depuis 1989 ndlr) lui-même a accepté cette volonté de changement à la tête du pays pour arriver à un dénouement rapide de la crise du nucléaire.
 
Les premiers signes de ce désir de changement d’image ont été les messages d’ouverture que le président Rohani a donnés, notamment sur les réseaux sociaux. Il y a eu, par exemple, son tweet (en septembre 2013) souhaitant une bonne année aux juifs, (son ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif, a fait de même quelques heures plus tard). Dans le même temps, à l’inverse de l’époque Ahmadinejad, on n’a plus entendu de déclaration belliqueuse vis-à-vis d’Israël.
 
L’accord intermédiaire de novembre (2013) a permis de passer à une nouvelle phase de négociations en vue d’un accord final qui doit mener à la levée totale des sanctions. En réalité, cet accord intermédiaire est assez symbolique car seulement 5% des sanctions ont été levés alors que, de son côté, l’Iran a répondu à une grande partie des inquiétudes occidentales. Malgré tout, le climat né de cet accord intermédiaire est beaucoup plus apaisé qu’il ne l’était avant. Les Etats-Unis, qui ont négocié pendant plusieurs mois en secret avec les Iraniens, souhaitent arriver à une solution négociée à la crise nucléaire.
 
Qu’est ce qui a changé dans la vie quotidienne des Iraniens depuis le 14 juin 2013 ?
Dès l’annonce de l’élection d’un candidat modéré, les observateurs ont été rassurés et l’on a constaté une hausse du taux de change du rial par rapport au dollar. Dans le même temps, il y a une volonté des investisseurs internationaux de revenir en Iran. En février 2014, par exemple, une importante délégation du Medef s’est rendue à Téhéran. Cette semaine, six parlementaires français lui ont emboîté le pas dans le cadre d’un «déplacement d’étude» économique. Ainsi, de nombreux Occidentaux se pressent dans le pays dans l’attente d’un accord définitif sur le nucléaire. Il y a véritablement une volonté d’investir.
 
En ce qui concerne la population, elle continue de souffrir des prix qui restent élevés. Mais dans certains domaines, la pression de la vie quotidienne s’est un petit peu relâchée. Par exemple, la police des mœurs, chargée de faire respecter le port du voile chez les jeunes Iraniennes, est moins visible dans les grandes villes. Du coup, avec l’arrivée de l’été, les voiles des jeunes filles ont tendance à être plus légers, laissant dépasser sans peine leurs mèches, et les pantalons sont plus courts.
 
Pour autant, il ne faut pas exagérer l’assouplissement des mœurs. La presse reste savamment contrôlée, les militants des droits de l’Homme restent harcelés et sont parfois arrêtés. Au sein de la funeste prison d’Evin de Téhéran, plusieurs dizaines de détenus politiques ont été violemment attaqués par des agents de sécurité. Certes, le président est modéré, mais il doit composer avec un Parlement et surtout un Guide suprême, qui restent conservateurs. En fait, Rohani n’a pas les coudées franches pour agir comme il veut. Il est surtout là pour apaiser les tensions avec l’Occident. Sa principale mission est d’arriver à un accord final qui permettrait de lever les sanctions internationales asphyxiant l’économie iranienne.
 
La levée des sanctions pourrait-elle aboutir à des liens plus étroits avec l’Occident, à une ouverture plus grande du régime, à plus de modernité ?
Oui, inévitablement. La population iranienne est majoritairement jeune et éduquée. Il y a une grande faim pour toutes les dernières technologies. Quand Peugeot était encore en Iran, par exemple, la majorité des jeunes Iraniens roulaient avec des véhicules de cette marque. La jeunesse iranienne d’aujourd’hui consomme énormément. Il y aurait donc un double intérêt, pour les Iraniens et pour les Occidentaux, à ce qu’il y ait une ouverture économique.
 
L’isolement du pays a été durement ressenti par la population ces dernières années. Si une marque de vêtements européenne ou américaine venait directement ouvrir une branche à Téhéran, elle ferait un carton, c’est certain.
Vous êtes à nouveau en ligne