Un an après le viol de Dehli, la bataille n'est pas gagnée pour les femmes

Commémoration de la mémoire de l\'étudiante décédée après un viol collectif en décembre 2012 en Inde (16 décembre 2013).
Commémoration de la mémoire de l'étudiante décédée après un viol collectif en décembre 2012 en Inde (16 décembre 2013). (AFP/ Sam Panthaky)

Fin 2012, les Indiens manifestaient leur colère dans les rues de Dehli après le viol collectif d'une jeune étudiante dans un bus. A la même époque, une jeune fille vivait le même calvaire dans un village proche de la capitale. Six mois plus tard, elle se donnait la mort en s'immolant.

Seema, 15 ans, a été enlevée le jour de l'an à l'extérieur de son village. Violée, elle a été abandonnée à un arrêt de bus par ses six agresseurs. Malgré sa détermination, elle n'a obtenu aucun soutien, ni de son entourage, ni de la police. «Elle était courageuse et a tenté de se battre. Mais à la fin c'était trop difficile pour elle», se souvient sa mère, en pleurs.

Pourtant, à la même époque, beaucoup d'Indiens manifestent leur colère dans la rue après le viol collectif, le 16 décembre 2012, d'une jeune étudiante en kinésithérapie dans un bus. L'étudiante était morte quelques jours plus tard suite aux plusieurs coups de barre de fer reçus par ses agresseurs. 

Cette agression mortelle a alimenté un vaste débat sur l'attitude des Indiens vis-à-vis des femmes. Un durcissement de la législation sur les crimes sexuels en a d'ailleurs découlé. Certains «optimistes» y ont vu un «tournant». Mais le cas de Seema montre que la bataille n'est pas gagnée pour les victimes. Il existe, par ailleurs, un gouffre entre l'Inde rurale et urbaine.

«L'affaire de Dehli nous avait donné du courage. Nous avions l'impression que la pays s'intéressait aux femmes», explique la mère de la jeune fille. «Des milliers de gens ont demandé justice pour la femme de Dehli. Nous ne savons pas pourquoi personne n'a parlé de nous.» Malgré sa détermination à voir ses agresseurs jugés, ses visites à la police et les railleries de ses voisins ont commencé à semer le trouble dans l'esprit de l'adolescente. Seuls deux accusés sont en détention. La police locale traîne les pieds.

Le contraste avec le traitement de l'agression de la jeune étudiante de Dehli est flagrant. Dans cette affaire, qui a ému l'Inde, quatre de ses agresseurs ont été condamnés à mort. Son cas a dominé l'actualité et a touché les classes moyennes alors que celui de Seema s'est perdu parmi une multitude d'agressions de femmes. En 2013, le nombre de viols s'est accru avec 24.923 agressions sexuelles. Pourtant, selon Mousoumi Kundu, responsable de la K.D.Singh Foundation, quelques enseignements positifs peuvent être tirés de l'affaire de Seema. «Qu'elle et sa mère aient eu la courage de dénoncer le crime est en soi déjà une énorme avancée.» Selon Mme Kundu, ce courage est à mettre en rapport avec le «réveil» des consciences après le drame de décembre 2012.

Pour certains, la hausse du nombre de viols pourrait être imputée au fait que les victimes portent désormais plainte. Les femmes réussiraient mieux à surmonter la honte et l'humiliation traditionnellement associées au viol.

Mais d'autres sont plus sceptiques. «La société devient plus sensible aux victimes, mais il y a encore du chemin à parcourir. On ne peut nier qu'il y a une épidémie de viols dans le pays», estime Ranjana Kumari, directrice du centre de recherche sociale à Dehli. «Dans l'affaire de Dehli, c'est le lieu du crime et le fait que la victime était diplômée et allait voir un film, comme nombre d'entre nous, qui a ému et choqué la population.»

Beaucoup de femmes, en mileu rural, ne sont pas au courant de leurs droits. Quant à la mère de Seema, déterminée à poursuivre la lutte pour sa fille, elle «ne sait pas si un jour justice lui sera rendue».






Vous êtes à nouveau en ligne