Le mouvement de révolte au Cachemire indien violemment réprimé

Des indépendantistes cachemiris manifestent à le 4 octobre 2016 à Srinagar.
Des indépendantistes cachemiris manifestent à le 4 octobre 2016 à Srinagar. (DANISH ISMAIL / REUTERS)

Le meurtre par l'armée d'un combattant indépendantiste du Cachemire indien en juillet 2016 a enflammé cette région et l'a entraînée dans le plus meurtrier mouvement de révolte des six dernières années.

Depuis un peu plus de trois mois, la population cachemirie manifeste quotidiennement pour réclamer plus d'autonomie ainsi que l'organisation d'un référendum sur son indépendance, promis par le gouvernement indien il y a près de 70 ans. La répression est sanglante.

Le reportage de Sébastien Farcis de RFI.
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Quand la nuit tombe sur la vieille ville de Srinagar, la population, qui vit sous couvre-feu pendant la journée, reprend possession des rues et relâche la colère contenue pendant toute la journée. Avec un cri de ralliement : "Azadi", ou liberté. "Les forces indiennes violent nos femmes et tuent nos frères. Nous devons nous défendre. Alors si j'ai l'occasion, j'irai au Pakistan pour rentrer dans la rébellion", témoigne un habitant.

Le meurtre par l'armée de l'un des plus célèbres combattants indépendantistes, le 8 juillet 2016, a réveillé la colère des Cachemiris, qui protestent contre la domination indienne sur la région et contre la répression militaire qui a fait plus de 90 morts et 15 000 blessés chez les civils.

Le fusil à plomb, nouvelle arme de la répression

Depuis trois mois, les paramilitaires utilisent une nouvelle arme controversée pour repousser les manifestants, le fusil à plomb. Dans l'hôpital SHMS de Srinagar, Zager, âgé de 18 ans, a l'œil injecté de sang. Plusieurs billes de plomb ont endommagé sa rétine : "Je circulais en moto avec un ami. On ne manifestait pas, mais les forces de sécurité ont eu peur et nous ont tiré dessus. Mon ami a maintenant environ 200 billes dans le corps et il a une chance sur deux d'en mourir. J'ai fait le serment de me venger".

Même si je dois perdre mon deuxième œil, je continuerai à lutter pour notre libertéZager, 18 ansfranceinfo

Plus de 600 jeunes cachemiris sont ainsi devenus partiellement ou totalement aveugles après avoir été touchés par ces billes de plomb. Rajesh Yadav, le porte-parole de la police paramilitaire pour l'Etat du Jammu et Cachemire, affirme que cette arme est devenue nécessaire. "Ces garçons envoient des pierres ou des cocktail Molotov sur les véhicules ou les camps dans le but de blesser grièvement les soldats. Nous utilisons ces fusils à plombs dans des cas rares et pour les toucher sous la ceinture. Mais il est vrai que les billes peuvent rebondir sur le sol et se disperser".

Regain de tension dans la région

Malgré ce bain de sang, New Delhi, plus préoccupé par la menace pakistanaise, ne semble pas prêt à engager des discussions avec les représentants des séparatistes. Les tensions entre l'Inde et le Pakistan se sont accentuées depuis le mois de septembre après que l'Inde a accusé le Pakistan d'être à l'origine d'une attaque contre une base militaire indienne au Cachemire, où 19 soldats ont trouvé la mort. Depuis 1947 et la division du Cachemire entre l'Inde et le Pakistan, les deux pays revendiquent la pleine souveraineté sur cette région.