Inde : une militante termine une grève de la faim qui a duré près de 16 ans

La militante des droits de l\'Homme Irom Sharmila arrive au tribunal d\'Imphal, capitale de l\'Etat du Manipur (nord-est de l\'Inde), le 9 août 2016.
La militante des droits de l'Homme Irom Sharmila arrive au tribunal d'Imphal, capitale de l'Etat du Manipur (nord-est de l'Inde), le 9 août 2016. (Reuters - Stringer)

Une militante indienne des droits de l'Homme, Irom Sharmila, a mis fin le 9 août 2016 à une grève de la faim qui a duré 16 ans. Et est considérée comme la plus longue au monde. Depuis 2000, elle était nourrie de force par une sonde. Elle entend désormais poursuivre son combat en se présentant aux élections locales.

Dans son pays, on la surnomme «India’s Iron Lady», la «Dame de fer indienne», ou encore la «Dame de fer du Manipur», du nom de l’Etat dans le nord-est du pays dont elle est originaire. Le 5 novembre 2000, elle avait décidé de cesser de s’alimenter pour protester contre la loi donnant des pouvoirs spéciaux aux forces de sécurité dans cette région. Laquelle est confrontée à une insurrection séparatiste. Trois jours plus tôt, elle avait assisté près de chez elle à un massacre de dix civils, vraisemblablement tués par des groupes paramilitaires.

Dès le début de sa grève de la faim, les autorités avaient mis Irom Shamila en état d’arrestation, invoquant une tentative de suicide, considérée en Inde comme un crime. Depuis, elle était internée à l’hôpital Jawarharlal Nehru d’Imphal.

Pendant toute cette période, elle n’a jamais voulu cesser son jeûne. Toutes les deux semaines, elle devait se présenter au tribunal. Il lui fallait indiquer si elle comptait revenir sur sa décision. Elle a ainsi répondu… 400 fois par la négative.

Son action lui a valu des soutiens dans le monde entier. Amnesty l’a qualifiée de «prisonnière d’opinion»


Lors de son dernier passage au tribunal le 9 août, elle a annoncé que sa lutte contre les pouvoirs spéciaux des forces armées n’avait pas donné de résultat. Elle a alors expliqué qu’elle entendait trouver une autre voie.

Processus électoral
«J'ai jeûné pendant près de 16 ans, en pensant que je pourrai changer le système, mais je réalise maintenant que cela ne donnera aucun résultat», a-t-elle déclaré à la presse. «J'ai donc décidé de mettre un terme à mon jeûne, d'entrer en politique et de me battre (...) pour la justice», a ajouté la militante. Laquelle est apparue frêle mais déterminée, un tube de plastique toujours attaché au nez. «Son visage arborant l’anomalie visuelle d’une narine intubée est devenu en Inde un symbole imprimé sur des tee-shirts et des posters», écrit La Croix.

«La seule manière de faire changer les choses, c’est d’entrer dans le processus électoral. Je vais donc me présenter», a précisé Irom Shamila. «Avec son parcours de la prison en politique, elle est comparée à des icônes comme (la Birmane) Aung San Suu Kyi et (le Sud-Africain) Nelson Mandela», observe le Guardian. Une icône qui intéresse d’ores et déjà beaucoup les partis d’opposition dans sa région.

La militante a été libérée contre une caution de 10.000 roupies (134,88 euros) après s'être engagée par écrit devant un tribunal à mettre fin à sa grève de la faim.

Un élément a peut-être pesé lourd dans la décision de la militante des droits de l’Homme, qui est âgée de 44 ans. Il serait question qu’elle se marie. «On pense que la décision d’Irom est liée à l’influence de son ami, un Britannique d’origine indienne», rapporte le Guardian. L’amour est donc capable de faire fondre les dames de fer… 

 

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