Inde : les policiers ont-ils gravi l'Everest ou ont-ils été aidés par Photoshop?

L\'alpiniste Satyarup Siddhanta accuse le couple de policiers de fraude.
L'alpiniste Satyarup Siddhanta accuse le couple de policiers de fraude. ( Bikas Das/AP/SIPA)

C’est LA polémique de la semaine en Inde. Un couple de policiers a acquis une célébrité nationale immédiate après avoir affirmé avoir escaladé l’Everest, photos à l’appui. Les spécialistes de l’alpinisme crient au mensonge et parlent de photomontage. Les polices indienne et népalaise ont ouvert une enquête.


Dinesh et Tarakeshwari Rathod n’étaient connus que dans la localité de Pune (Maharashtra, Inde). Mariés et collègues, les deux policiers ont vu leur vie basculer pour le meilleur et pour le pire le 5 juin 2016, juste après leur conférence de presse. Les deux alpinistes amateurs affirment avoir réalisé leur rêve en atteignant le sommet de l’Everest (8848 mètres) le 23 mai. Pour preuve, ils exhibent des photos sur le toit du monde. La célébrité a été immédiate, l’Inde s’est enflammée pour l’histoire de ce couple atypique, le premier dans le pays à gravir le mythique sommet. Mais de héros, ils sont devenus tout aussi vite des «affabulateurs», accusés par d’autres alpinistes d’avoir trafiqué les photos numériquement et donc d’avoir menti.


L’affaire prend une nouvelle ampleur quand la police est saisie par huit alpinistes en Inde. «Mes doutes ont été éveillés par l’intervalle (trop court) entre le jour où ils prétendent avoir atteint le sommet et leur conférence de presse», témoigne Surendra Shelke, alpiniste indien. Le Népal a ouvert une enquête.
 
«Pour fournir un certificat à l'alpiniste, nous nous basons sur la photo prise au sommet. Si quelqu'un falsifie des photos, c'est difficile à déterminer. S'il est prouvé qu'ils sont coupables, nous invaliderons le certificat du couple et les inculperons de contrefaçon et de fraude», précise Sudarshan Prasad Dhakal, le responsable du tourisme népalais.
 
Le commissariat de Pune, où travaille le couple, a aussi lancé de son côté une enquête. La presse internationale s’empare de cette polémique. Dinesh et Tarakeshwari Rathod campent sur leur position et refusent de répondre aux médias.

 
Pour les alpinistes professionnels, ce «type d’arnaque» minimise les efforts des vrais grimpeurs. Mentir sur son ascension de l'Everest n'est pas considéré comme un délit. Derrière l’exploit, il y a beaucoup d’argent. Contrats publicitaires, conférences, livres, films... De nombreux alpinistes «rentabilisent» leurs exploits. Gravir l'Everest revient à 18.000 euros pour un alpiniste occidental seul. Le salaire d’un sherpa oscille entre 3.000 et 6.000 euros par saison (d’avril à fin mai et de septembre à fin octobre). En 2013, le Népal avait attiré près de 800.000 visiteurs étrangers.
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