Inde-Afrique : New Delhi mise sur l’uranium et le pétrole africain

Dans la course aux matières premières dont regorge l’Afrique, la Chine a incontestablement pris une longueur d’avance sur son concurrent indien. New Delhi a décidé de rattraper son retard. Le président indien, Pranab Mukherjee, s’est déplacé en terre africaine du 12 au 17 juin 2016. L’Inde mise notamment sur l’uranium et le pétrole du continent.


Les Indiens ont été les premiers à fouler la terre africaine bien avant les Chinois. Le commerce maritime avec l’Afrique débute dès le XVIe siècle. Les marchands indiens d’épices affluent sur la côte est-africaine. Des milliers d’autres décrochent des contrats dans les colonies africaines où ils travaillent parfois dans des conditions proches de l’esclavage.
 
C’est en Afrique du Sud, où ils sont les plus nombreux, que l’apôtre de la non violence Mahatma Gandhi, héros de l’indépendance indienne, a débuté sa lutte. Il a longuement combattu contre la discrimination raciale dont ses compatriotes ont été victimes.
 
Indiens et Africains feront naturellement cause commune durant la lutte de libération du continent.
 
L’Inde, loin derrière la Chine
Aujourd’hui, ils sont plus de deux millions et demi d’Indiens à vivre sur le continent africain. La grande majorité a élu domicile en Afrique du Sud et à l’Ile Maurice. C’est le double de la communauté chinoise recensée sur le continent. Pourtant, Pékin a pris une longueur d’avance sur son concurrent asiatique.
 
Contrairement à New Delhi, qui s’est montrée plutôt distant ces dernières années, Pékin a considérablement renforcé ses liens avec l’Afrique. Peu à peu, l’Inde s’est trouvée marginalisée par la Chine sur le marché africain.
 
Résultat : les échanges entre Pékin et le continent ont atteint 200 milliards de dollars en 2015, contre 70 milliards pour l’Inde en 2014.
 
La contre-offensive indienne
L’Inde est depuis peu de retour en Afrique. Elle investit notamment dans l’extraction des ressources minières. Des sociétés indiennes exploitent des mines d'or et de diamants. Mais l’Inde veut aussi faire tourner ses centrales nucléaires. Elle souhaite donc accéder à l’uranium de la Namibie.
 
Dans le désert de Namib, les mines à ciel ouvert poussent comme des champignons. La Namibie en est le quatrième producteur mondial.
 
Le président indien Pranab Mukherjee a abordé le dossier lors de sa visite à Windhoek, le 16 juin 2016. Les autorités namibiennes se sont engagées à examiner la question, sachant que l’Inde n’est pas signataire du traité de non-prolifération nucléaire.
 

Le pétrole, objet de toutes les convoitises
Aujourd’hui, un baril de pétrole sur cinq à destination de l’Inde provient d’Afrique. C’est 80% des importations indiennes du continent. 
 
L’Inde a même pris le relais des Etats-Unis, devenant le plus grand importateur de pétrole nigérian. En 2014, New Delhi a acheté 30% de la production nigériane.
 
Pour s’approvisionner en pétrole, l’Inde compte aussi sur le Soudan, le Soudan du Sud, l’Angola, la Guinée Equatoriale et sur les jeunes producteurs comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, où le président indien s’est rendu à la mi-juin 2016.
 
Troisième partenaire commercial de l’Afrique
Selon les chiffres fournis par la Commission économique pour l’Afrique, le commerce annuel entre l’Inde et l’Afrique pesaient 75 milliards de dollars en 2015. Ce qui fait de l’Inde le troisième partenaire commercial de l’Afrique, juste derrière l’Union européenne et la Chine.
 
Depuis 2010, les exportations et importations indiennes à destination de l’Afrique ont augmenté de 93%.
 
Outre le pétrole, l’Inde importe d’Afrique de l’or et des diamants, mais aussi du charbon et des produits agricoles.
 
Tous les pays africains importent des produits pharmaceutiques de l’Inde. Trois milliards de dollars y ont été consacrés en 2014. C’est 8% du total des exportations de l’Inde vers l’Afrique. Des voitures «made in India» arrivent progressivement sur le marché africain. Elles roulent déjà à Abidjan, la métropole économique ivoirienne.
 

«Un ami plus qu’un prédateur»
Le partenariat entre l’Afrique et l’Inde se veut «gagnant-gagnant». Tout en accompagnant ses entreprises privées pour leur faciliter l’accès au marché africain, New Delhi mène avec le continent une coopération portant en grande partie sur les hautes technologies, notamment dans la Télémédecine et la Télé-éducation.
 
L’Inde mène un projet intitulé le Pan-African e-Network, qui permet de relier des universités, centres de recherche et hôpitaux indiens à ceux des pays africains. L’objectif est de favoriser le transfert de technologie, mais aussi de connaissances.
 
«Tout comme la Chine, l’Inde est une nouvelle opportunité pour le continent, en ce sens qu’elle offre une possibilité de diversification des partenaires du continent et permet de réduire le poids économique, donc politique, des anciennes puissances sur le continent», soutient Aissatou Diallo, chargée de programme au Centre International pour le Commerce et le Développement.
 
Pour elle, l’Afrique pourrait en particulier s’appuyer sur l’Inde «pour accéder à des technologies simples et à bas coût, notamment dans le domaine des TICs et à des technologies agricoles abordables».
 
Elle note enfin que la troisième économie d’Asie est aussi devenue pourvoyeuse de lignes de crédits à l’Afrique. Le président indien a profité en effet de sa dernière tournée africaine pour annoncer depuis Abidjan l’octroie d’une ligne de crédit de dix milliards de dollars qui seront mis à la disposition des pays africains.
 
Un racisme important
Seule ombre au tableau, le racisme anti-negro-africain qui fait des ravages dans les villes indiennes. La dernière victime en date est un jeune étudiant congolais, tué à coups de pierres le 20 mai 2016 à New Delhi.
 
Le bureau de France Télévisions dans la capitale indienne a recueilli des témoignages particulièrement accablants sur le racisme anti-negro-africain qui sévit dans ce pays. Insultes et injures fusent. Les agressions sont souvent suivies de mises à mort par lapidation.

Un internaute africain se demande si les Indiens ont oublié que c’est en Afrique du Sud que le père de l’indépendance indienne a initié sa philosophie de la non-violence.
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