Groupes d'auto-défense dans des villages chrétiens au Liban

(Mohamed Azakir Reuters)

ÉDITION SPÉCIALE SYRIE | Au Liban, l'intervention du Hezbollah aux côtés de l'armée de Bachar el-Assad a eu pour conséquence d'augmenter les attentats à la voiture piégée. Ils sont l'œuvre d'organisations qui se revendiquent d'Al Qaïda et qui visent les fiefs du parti chiite comme la banlieue sud de Beyrouth mais aussi la région du Hermel, frontalière de la Syrie. C'est dans cette région que des villages chrétiens ont décidé de se protéger de l'incursion de rebelles djihadistes. 

Kaa est le dernier village
avant la plaine qui mène jusqu'à la ville syrienne de Qousseir reprise l'an
dernier par l'armée de Bachar el-Assad. A l'Est, une chaine de montagnes donne
sur la région de Qalamoun, où les troupes syriennes ont lancé une offensive
d'envergure depuis quelques semaines. A l'Ouest c'est le Hermel, contrôlé par
le Hezbollah, qui se bat avec les soldats de Bachar el-Assad. Kaa est au
carrefour de cette région stratégique.

Dans ce village chrétien, où l'on
affiche sa neutralité, ce sont moins les bombardements de l'armée syrienne qui
raisonnent parfois au loin que les attentats à la voiture piégée qui font peur
aux habitants. Pour s'en prémunir, la municipalité a mis en place des
patrouilles de surveillance.

Ces patrouilles regroupent
une trentaine d'hommes tous volontaires. Ils communiquent entre eux grâce à des
talkies-walkies. Certains sont d'anciens militaires qui ont repris du service comme
Antoine Risk, caporal retraité de l'armée libanaise.  

"On commence à
patrouiller à la tombée de la nuit et jusqu'à 6h du matin. Il y a des petites
routes qui sillonnent la montagne et on a peur que des voitures n'empruntent
ces chemins. On surveille surtout ces passages.  Il arrive qu'on ait
des informations comme quoi des voitures piégées pourraient passer par le
village. A ce moment-là, nous augmentons les effectifs sur le terrain parce
qu'on craint cette éventualité.

Les camps de réfugiés
repères de terroristes ?

De par sa situation
géographique, la région de Kaa a vu au fil des mois arriver des milliers de
réfugiés syriens qui ont développé une haine viscérale contre le régime et ses
alliés du Hezbollah. Dispersés dans des camps de fortune, ces réfugiés peuvent
être recrutés pour mener des attentats confient à demi-mots les habitants de
Kaa.  

"On nous dit que l'armée
syrienne est en train de bombarder les djihadistes qui se cacheraient dans les
montagnes à côté de nous. Nous, on ne les a pas vus directement. Mais il y a
beaucoup, beaucoup de syriens au Liban et on ne peut pas savoir si ce sont ou
non des terroristes."
 

Ces patrouilles ressemblent à
des milices d'auto-défense même si leurs membres affirment ne pas être armés... Elles
viennent épauler les forces libanaises qui tentent d'empêcher l'infiltration de
rebelles syriens au Liban. Le pays du Cèdre partage une frontière de plus
de 300 kilomètres avec la Syrie. L'armée libanaise a mis en place des barrages
militaires dans les régions les plus à risque, mais elle ne peut pas surveiller
la totalité de la frontière extrêmement poreuse avec la Syrie comme l'explique
cet ancien membre de la municipalité de Kaa.

"Chaque localité
où l'Etat n'est pas présent et qui n'est pas sous le contrôle de l'armée
libanaise peut être un repère pour les djihadistes et les terroristes.
"   

Une heure après notre reportage une voiture piégée a
explosé à quelques kilomètres de Qaa, à l'entrée de la ville de Hermel, bastion
du Hezbollah. L'attentat s'est produit à la hauteur d'un barrage de l'armée
libanaise. Deux soldats et un civil ont été tués. Il a été revendiqué par le
Front al-Nosra au Liban.

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