Quelles réformes pour la Grèce ?

Manifestant, enveloppé dans un drapeau grec, le 7 novembre 2012 devant le Parlement à Athènes
Manifestant, enveloppé dans un drapeau grec, le 7 novembre 2012 devant le Parlement à Athènes (AFP/LOUISA GOULIAMAKI)

Le gouvernement grec de coalition a fait voter dans la nuit du 7 novembre l'adoption d'un nouveau train d'économies de 18,1 milliards d'économies exigé par l'UE et le FMI pour garder le pays à flot. Mais rien ne dit que cela suffise à apurer les comptes, alors qu'une partie de la population échappe toujours à l'impôt. Pourtant, des solutions existent pour que le pays retrouve un certain équilibre.

70.000 personnes, chiffre bien supérieure selon les médias aux estimations policières, ont défilé pour protester contre le vote de ce plan au Parlement. Dans le même temps, les syndicats avaient appelé à une grève générale de 48 heures dans le but d’«annuler les obsessions néolibérales et empêcher les politiques de la troïka (Union Européenne, Banque Centrale européenne, et Fonds Monétaire international) et du gouvernement», 

Nouvelles mesures d'austérité
Au terme de cette loi, les Grecs devront travailler plus longtemps, jusqu'à 67 ans, avec des retraites, et des prestations sociales et de santé revues à la baisse. Le plan réduit aussi jusqu'à 27% les salaires des haut-fonctionnaires, ramenés en brut mensuel hors prime à 1.872 euros pour le chef de l'Etat-major de l'armée ou à 1.459 euros pour un professeur d'université. Il prévoit le départ de milliers de fonctionnaires, une dérégulation accrue du marché du travail et des services, et des augmentations de taxes.

La loi prévoyant 18,1 milliards d'économies d'ici 2016 a été votée par 153 des 299 députés présents (sur un total de 300), au prix de dissidences au sein de l'alliance gouvernementale unissant la droite aux socialistes et au petit parti de gauche modérée Dimar. Six parlementaires socialistes et un conservateur n'ont pas voté oui. Quinze députés du Dimar se sont abstenus, un 16e a voté contre.

Le chef de l'opposition, le dirigeant de gauche radicale Alexis Tsipras, a pour sa part réclamé des élections pour amener au pouvoir un «gouvernement de salut social pour sauver le pays de la destruction et du chaos», après trois ans d'austérité et cinq de récession qui ont mis au chomage plus du quart de la population active.

Le premier ministre, Antonis Samaras (à droite), serrant la main du ministre des Finances (à gauche), Yannis Stournaras, le 7 novembre au Parlement à Athènes.
Le premier ministre, Antonis Samaras (à droite), serrant la main du ministre des Finances (à gauche), Yannis Stournaras, le 7 novembre au Parlement à Athènes. (AFP - PANAYIOTIS TZAMAROS )
 
Le dilemne, austérité ou faillite, avait déjà été posé aux parlementaires grecs lors de trois votes similaires depuis le début de la crise en 2010 et le placement du pays sous un carcan d'austérité en échange de son sauvetage financier. Mais, depuis, nombre d'économistes du monde entier ont dénoncé les ravages d'une réponse "tout austérité" à la crise de la dette dans la zone euro.

Un pays est saigné à blanc
Au milieu de cette grisaille, une bonne nouvelle pour Athènes, elle devrait pouvoir bénéficier d’un ou deux ans pour remplir ses objectifs d’ajustement budgétaire, selon un haut responsable des Finances de la zone euro. Mais la dette en 2013 devrait exploser à 189,1% du PIB contre 175,% attendu en 2012. Et le pays attend le versement d’une aide de 31,5 milliards des bailleurs pour ne pas être rapidement en faillite.Les syndicats ont appelé à une grève de 48h, les 6 et 7 novembre, a indiqué la centrale des syndicats grecs du privé (GSEE).

Pour l’heure, les efforts consentis par les salariés sont la cause de graves frustrations et de colères. Ainsi, lors de la manifestation du 26 septembre à Athènes qui a rassemblé 50.000 personnes, Maria, mère de quatre enfants au chômage a explosé : «L’Etat nous donne 44 euros par enfant et mon mari gagne 800 euros. Nous nous privons pour acheter une bouteille de lait à nos enfants. Il faut que l’Europe voit ce qui se passe réellement en Grèce».

La précarité fait le jeu des extrêmes
A Kalamata, dans le Péloponnèse, le parti d’extrême droite Aube dorée – qui a réalisé dans les urnes un score de 7% des voix en juin 2012 – et sa milice ont chassé les mendiants du centre ville. En septembre, une femme qui appelé la police, inquiète de la présence d’un inconnu dans son jardin, s’est entendue répondre : «Nous ne pourrons pas venir. Appelez Aube dorée qui viendra faire le nécessaire

La situation sanitaire grecque vacille 

Euronews, le 25 mai 2012

 

Est-ce que les autorités grecques ont réalisé des efforts ?
L’un des axes les plus importants est le recouvrement des impôts. La fraude fiscale atteint 12 à 15% du PIB, soit 40 à 45 milliards d'euros, estime le directeur de la brigade des contrôles fiscaux, Nikos Lekkas. «Si on en récupérait la moitié, le problème de la Grèce serait résolu», affirme-t-il. Un texte du 1er avril 2011 a permis en six mois d’augmenter le taux de recouvrement de la TVA de 14%.

Pourtant, un journaliste a été brièvement arrêté début octobre pour avoir publié une liste de 2.000 noms, de Grecs ayant un compte en Suisse. Cette liste Lagarde, remise par la ministre française de l'Economie en 2010 à son homologue grec, n’a toujours pas été exploitée. Finalement, sous la pression de la rue, Athènes demande à Paris de la lui fournir à nouveau. 

Le problème des impôts en jachère concerne toujours les armateurs 
Ceux-ci ont réalisé 154 milliards de recettes ces dix dernières années. La moitié de cette somme est placée sur des comptes à l’étranger. Ils menacent de délocaliser leurs activités si l’Etat se permet de toucher à leur exonération fiscale. Pourtant, la Commission européenne a rappelé à cette profession quelle devait faire «des efforts ».    

De son côté, l’Eglise orthodoxe a indiqué que les revenus tirés de son parc immobilier seraient taxés à 20%, mais il n’existe toujours pas de cadastre en Grèce. Comment donc évaluer la fortune de la puissance ecclésiastique ?

De nouvelles mesures doivent être décidées en novembre 2012
La troïka souhaite notamment une baisse du coût du travail pour améliorer la compétitivité du pays. Mais de plus en plus d’économistes mettent en doute ce type de réforme. «En effet, on baisse les salaires pour redonner de la compétitivité. Les salaires baissent mais pas les prix. Cela n’améliore pas la compétitivité et déprime l’activité», estime l’économiste Elie Cohen dans le Monde.fr.

D’autres voix s’élèvent, préconisant de cibler quelques thèmes, pour lesquels un changement de politique permettrait de résoudre la crise. Il faudrait baisser les dépenses militaires (3,7% à 4% du PIB contre 2,4% en France), auditer les comptes de l’Etat, s’attaquer à la corruption régnant dans les institutions, investir dans l’éducation, mettre en place d’un système fiscal redistributif, etc.     

Des jeunes vivent désormais en autarcie

NTDfrench, le 2août 2012
 

Opuinion largement répandue : la sortie de la Grèce de l’euro serait une catastrophe
La faillite du pays engendrerait un coût de 17.200 milliards pour l’Europe, indique Nouriel Roubini, l’économiste américain qui a prédit la crise financière en 2007. Pour éviter un tel scénario, les Etats seraient prêts à accepter une baisse des taux d’intérêts sur les obligations grecques qu’ils détiennent, selon les observateurs.

Asphyxiés, les citoyens grecs ne veulent pas entendre parler de nouvelles réformes, dont ils feraient les frais. Seuls des efforts partagés par les couches épargnées par la rigueur pourraient trouver grâce à leurs yeux. L’Etat, lui, avance à petit pas : il vient de mettre en place un mécanisme de contrôle des dépenses du gouvernement central. A voir... 

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