Nazisme, prostitution et fusil de chasse : Michaloliakos, le petit Hitler de la Grèce

Le leader du parti Aube dorée, Nikos Michaloliakos, comparaît devant la justice pour \"appartenance à une organisation criminelle\".
Le leader du parti Aube dorée, Nikos Michaloliakos, comparaît devant la justice pour "appartenance à une organisation criminelle". (ARIS MESSINIS / AFP)

Petit, la silhouette ronde et la voix fluette, Nikos Michaloliakos, le leader du parti d'extrême droite grec Aube dorée, intrigue autant qu'il effraie. Il comparaît ce jeudi avec 68 membres de son parti pour "appartenance à une organisation criminelle".

Le règne du chef historique d'Aube dorée est-il sur le point de s'achever ? Nikos Michaloliakos, le leader du parti d'extrême droite grec, est jugé pour "appartenance à une organisation criminelle", tout comme 68 autres responsables et militants du mouvement. Il avait déjà refusé de se présenter lors de la première audience, le 20 avril puis le 7 mai. Il comparaît aussi pour "port d'arme illégal" et "lésions criminelles à des migrants et à des opposants à l'idéologie du parti".

Le "chef", comme le surnomment ses fidèles, protège sa vie privée, mais ses nombreuses saillies xénophobes et homophobes ont fait le tour du monde. Mais comment celui qui tient les rênes de la troisième formation politique du pays, depuis sa création en 1980, est-il passé du statut de bon petit soldat à celui de "petit Führer" ?

Un mathématicien admirateur des "Colonels grecs"

Trapu, les sourcils froncés, des petites lunettes carrées, et la cravate rouge toujours bien mise… Nikos Michaloliakos pourrait ressembler à n'importe quel professeur de mathématiques. C'est d'ailleurs sur les bancs de la faculté de maths, à l'université d'Athènes, qu'il a fait ses études dans les années 1970.

A l'époque, si le jeune Michaloliakos a le goût des chiffres et des démonstrations, il voue aussi une grande admiration pour les idées d'extrême droite. Depuis ses 16 ans, il est engagé au 4th of August Party, un groupe ultranationaliste et homophobe. En 1967, l'organisation soutient le coup d'Etat militaire du colonel Georges Papadopoulos. Les blindés entrent dans Athènes, et Nikos Michaloliakos milite à leurs côtés pendant sept ans.

Un adorateur du treillis et des corps musclés

Durant la dictature des colonels, Michaloliakos dirige la section jeunesse du parti d'extrême droite Epen, une organisation paramilitaire qui soutient la dictature, avant de rejoindre un autre groupe paramilitaire chypriote grec (EOKA-B). Entouré d'une horde de jeunes garçons en treillis, Nikos Michaloliakos exprime un véritable goût pour l'ordre et l'uniforme. Aujourd'hui, ses sbires d'Aube dorée se repèrent tous par leur tee-shirt noir, leur pantalon de camouflage, leur crâne rasé, leur corps bodybuildé et leur goût pour la castagne.

Expéditions punitives dans les rues envers les étrangers, distribution de nourriture aux seuls "Grecs de souche"… Les membres d'Aube dorée multiplient les actes violents et xénophobes. Lors de leur procès, plusieurs membres du parti vont devoir répondre de tentatives de meurtre contre des pêcheurs égyptiens, de violences envers un syndicat communiste, et de l'assassinat du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas en septembre 2013.

Un lecteur de "Mein Kampf" passionné d'armes

Après avoir fondé Aube dorée en 1980, Nikos Michaloliakos glorifie pendant des années Adolf Hitler, qu'il qualifie de "visionnaire de la nouvelle Europe" et de "figure majeure du XXe siècle". En 2012, lors d'une interview à la chaîne de télévision grecque Mega, il nie l'existence des chambres à gaz : "Il n'y a pas eu de fours crématoires, c'est un mensonge."

En dépit de ces propos négationnistes, son parti obtient près de 7% des suffrages aux législatives de juin 2012. Nikos Michaloliakos continue de marteler son admiration pour les idées d'Hitler. Pas surprenant, de la part d'un homme surpris en train de faire un salut nazi en plein conseil municipal, en 2011. Selon le site Greek Reporter, le chef d'Aube dorée conserverait même toujours un exemplaire de Mein Kampf au siège de son parti.

Avec le nazisme pour première obédience, Nikos Michaloliakos possède aussi une certaine passion pour les armes. Lors de son arrestation en 2013 pour "organisation criminelle", trois armes, détenues illégalement, sont retrouvées à son domicile : un pistolet, un revolver et un fusil de chasse. Des cartouches, des balles, des ordinateurs, des clés USB et 43 100 euros en liquide sont également saisis par les enquêteurs. Sans permis de chasse, Nikos Michaloliakos ajoute le chef de "détention d'arme illégale" à son dossier.

Chef d'un clan familial et patron d'un hôtel de passe

Que serait le "petit Führer" sans sa femme, Eleni Zaroulia ? Grande blonde, portant une bague en forme de croix de fer allemande, elle fait son entrée au Parlement grec en 2012, à l'issue des législatives de juin. Autre chef de file d'Aube dorée, Eleni Zaroulia a été, jusqu'en janvier 2014, représentante de la Grèce au Conseil de l'Europe… à la commission pour l'égalité et la lutte contre les discriminations !

Adepte des mêmes saillies que son mari, elle compare, en 2012, les immigrants à "des sous-hommes" : "Il est inacceptable que les Grecs soient assimilés à ce genre de sous-hommes qui ont envahi notre patrie, avec toutes les maladies qu’ils trimballent." Elle fait partie des 69 membres d'Aube dorée arrêtés et traduits devant la justice.

Eleni Zaroulia, membre du parti Aube dorée.
Eleni Zaroulia, membre du parti Aube dorée. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Chez les Michaloliakos, la politique se transmet de génération en génération, puisque leur fille, Ourania, diplômée de psychologie, est la responsable de la section jeunesse d'Aube dorée. Comme ses parents, elle soutient ne pas être "néonazie", par le simple fait qu'elle n'est pas allemande.

Selon les médias grecs, en plus de la politique, les Michaloliakos seraient aussi propriétaires d'un hôtel de passe à Athènes. Une activité visiblement loin d'être inédite au sein d'Aube dorée, puisque, selon France 24, Yannis Lagos, un député du parti, est accusé d'être à la tête d'un réseau de prostitution, et d'une véritable "mafia de la nuit grecque".

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