Grèce : "Sans liquide, pas d'achats", déplorent les petites entreprises et les commerces

La mercerie de Tassoulia Kaliviotis, dans le centre d\'Athènes (Grèce), le 6 juillet 2015.
La mercerie de Tassoulia Kaliviotis, dans le centre d'Athènes (Grèce), le 6 juillet 2015. (ELISE LAMBERT / FRANCETV INFO )

Après la victoire du "non " au référendum, les commerçants et chefs d'entreprise d'Athènes attendent avec anxiété les prochaines décisions qui seront prises entre la Grèce et l'Europe.

"On a voté, on assume maintenant", chuchote Tassoulia Kaliviotis. Dans sa petite mercerie située rue Ermou, dans le centre d'Athènes, la commerçante espérait, lundi 6 juillet, en ouvrant sa boutique le matin, que "quelque chose change". Et puis rien, ou si peu en fin de journée : "Trente personnes seulement ce matin." Depuis que les retraits sont limités aux distributeurs et les banques fermées, la mercerie de Tassoulia a perdu 50% de son chiffre d'affaires en une semaine : "Ici, les boutons et les rubans se payent rarement en carte bancaire ! Alors sans liquide, il n'y a pas d'achat."

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Pourtant, dimanche soir, comme  61,3% de Grecs, quand Tassilia a appris que le "non" l'avait emporté, elle s'est dit "enfin sauvée". Mais le réveil, lundi matin, est plus nuancé : "Aujourd'hui, tous les Grecs attendent de connaître ce que les futures négociations avec l'Europe mardi vont donner. Est-ce qu'ils vont nous punir d'avoir voté 'non', ou est-ce qu'ils vont nous écouter ?"

Depuis le contrôle des capitaux, il y a une semaine, de nombreux commerces et entreprises du pays voient leurs affaires tourner au ralenti. Liquidités insuffisantes pour rendre la monnaie, virements bancaires impossibles, paiements par carte limités... "Les banques nous comprennent, si on ne peut pas renflouer un découvert maintenant, on a le droit à un délai, explique Zoe Ragavi, propriétaire d'Unity, une chaîne de quatre magasins de vêtements pour jeunes à Athènes. Le problème n'est pas tant de ne pas pouvoir payer, mais c'est l'incertitude quant à la durée ! C'est trop tôt pour dire concrètement ce que le 'non' du référendum va devenir."

"Personne ne sait ce que ça va donner maintenant"

Zoe Ragavi dans une de ses boutiques de vêtements Unity à Athènes.
Zoe Ragavi dans une de ses boutiques de vêtements Unity à Athènes. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Pour éviter que ses douze salariés soient touchés par cette situation, Zoe a pris sur sa trésorerie pour leur donner une avance de salaire : "Ici, c'est une entreprise familiale, je n'ai pas envie que mes vendeurs souffrent de cette situation alors je leur ai donné une avance dès l'annonce de la restriction des capitaux, par virement bancaire", raconte cette chef d'entreprise de 52 ans. Avec un chiffre d'affaires de 700 000 euros par an, le commerce de Zoe n'est pas à plaindre : "On vit bien, mais on n'est pas dans une situation de croissance non plus, témoigne la gérante d'une voix douce. Les impôts augmentent ou changent à chaque gouvernement." Aujourd'hui, son entreprise doit verser 23% de ses bénéfices à l'Etat à chaque trimestre, "mais qui sait si à la fin de la semaine, ça ne sera pas plus avec les décisions de l'Eurogroupe ! Personne ne sait ce que ça va donner maintenant et le commerce hors tourisme est en suspens."

Bien qu'ayant voté "non" au référendum, Zoe appréhende désormais les événements des prochains jours : "On ne sait pas du tout comment anticiper, explique-t-elle. J'ai peur que la Grèce sorte de l'euro et qu'on soit obligé de revenir à la drachme ou à une autre monnaie indépendante comme l'on en entend parler." Avec une grande majorité de clients étrangers, un retour à la drachme pourrait pénaliser son commerce : "Si notre monnaie est dévaluée, on aura sans doute des bénéfices en baisse, et puis je ne sais pas si les échanges seront aussi simples avec nos fournisseurs étrangers, s'ils auront confiance...", souffle-t-elle.

"Au total, on a 147 804 euros de factures impayées"

A deux rues d'Unity, dans une des plus vieilles chocolaterie de la ville, Cristina et Toedoris Matchouka partagent cet avis. A la tête d'une entreprise de 84 salariés, répartis à travers tout le pays, le couple le répète à plusieurs reprises : ils sont en "colère".

Fondateur de l'enseigne Le Chocolat en 1959, le couple est spécialiste des petits plaisirs gustatifs. Dans leur boutique en bois verni d'une soixantaine de mètres carrés, ils vendent chaque jour des kilos de dragées, chocolat, bonbons, cacahuètes croquantes et caramels au sésame confit. "On s'approvisionne principalement en Europe, à travers la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique", explique Teodoris. Leur longévité leur permet sans trop de soucis de négocier des délais, mais certains clients commencent à s'impatienter : "Au total, on a 147 804 euros de factures impayées à ce jour, déplore Cristina derrière son bureau. Nos fournisseurs nous comprennent, mais on est incapable de leur dire quand cette situation va prendre fin."

Cristina et Teodoris Matchouka, à la tête d\'une entreprise de confiseries qui compte 84 employés, font le tri dans leurs factures, lundi 6 juillet 2015 à Athènes (Grèce).
Cristina et Teodoris Matchouka, à la tête d'une entreprise de confiseries qui compte 84 employés, font le tri dans leurs factures, lundi 6 juillet 2015 à Athènes (Grèce). (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Dans leur grand bureau couvert de photos de famille, de boîtes de chocolats vides et de piles de papiers, Cristina et Teodoris sont amers. Tous les deux électeurs du "oui" dimanche, ils redoutent que l'Europe et le gouvernement d'Alexis Tsipras, étouffent leur commerce  : "On a tout donné à ce pays. On a créé des entreprises qui marchent, on a fait réduire le chômage en embauchant plus de 84 personnes, on n'a pas déplacé de comptes en Suisse, et il y a toujours cette instabilité permanente !"

Incapables de faire des pronostics sur les prochains jours, Cristina et Teodoris souhaiteraient pourtant investir de nouveau avant de passer la main à leur jeune fille Constantina : "On veut continuer à participer au commerce grec, mais on en a assez que nos efforts soient bafoués par l'Europe ou tous ces gouvernements qui ne savent pas défendre nos intérêts." A défaut d'une nouvelle chocolaterie en Grèce, Cristina pense plutôt à New York : "Mais il nous faudrait 700 000 euros, et nos comptes sont bloqués. C'est pas avec les 60 euros de retrait par jour autorisés qu'on va aller loin !"

Lundi après-midi, le gouvernement grec a annoncé le prolongement de la fermeture des banques jusqu'à mardi ou mercredi. Même les principaux intéressés sont dans l'attente : "On ne sait pas ce qui va se passer. On attend sans cesse les ordres de notre siège, ce qu'on doit faire avec nos clients. Ce qui est sûr, c'est que l'incertitude est la même pour tous, qu'on ait voté 'oui' ou 'non'", confie George, le responsable d'une banque Piraeus dans le centre de la capitale. 

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