Grèce : quels scénarios pour les jours à venir ?

Des Grecs font la queue devant une banque à Athènes, dimanche 28 juin 2015. 
Des Grecs font la queue devant une banque à Athènes, dimanche 28 juin 2015.  (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Le pays sera en défaut de paiement mardi si le blocage persiste. De quoi déclencher un processus inédit de sortie d'un pays de l'union monétaire. 

Le sort de la Grèce se joue dans les prochaines 48 heures. Après la rupture des négociations, provoquée par l'organisation d'un référendum et empêchant le déblocage d'une dernière tranche d'aide financière, le pays sera en défaut de paiement mardi 30 juin. De quoi enclencher un processus inédit de sortie d'un pays de l'union monétaire.

Plusieurs acteurs sont à la manœuvre pour empêcher ce scénario catastrophe et inconnu pour la zone euro. La Banque centrale européenne (BCE) a ainsi annoncé, dimanche 28 juin, qu'elle maintenait à leur niveau actuel les prêts d'urgence accordés aux banques grecques, laissant la porte ouverte à une solution politique in extremis d'ici à mardi. Voici les différents scénarios évoqués pour les jours à venir. 

Un contrôle des capitaux et une fermeture des banques grecques lundi ?

L'annonce surprise du référendum à Athènes a conduit nombre de Grecs aux distributeurs automatiques des banques, déjà vidées depuis décembre de 20% de l'épargne qu'elles abritaient. Le président du syndicat des employés de banque estime que 1,3 milliard d'euros ont été retirés ce week-end.

La perspective d'un défaut pourrait déclencher une nouvelle ruée sur les guichets dès leur réouverture lundi matin. Pour protéger les banques, les économistes imaginent leur fermeture pure et simple pendant un, voire plusieurs jours, ainsi que le vote d'urgence d'une loi de contrôle des mouvements de capitaux.

Interrogé par la BBC, le ministre grec des Finances a refusé de répondre explicitement à cette question. "C'est quelque chose que nous devons étudier avec les autorités compétentes ici en Grèce et à Francfort (...). Permettez-moi, en tant que ministre des Finances, de voir avec les Banques centrales grecque et européenne ce qui peut être mis en œuvre pour minimiser le fardeau imposé à notre peuple par le refus par l'Europe de nos droits démocratiques les plus basiques", a rétorqué Yanis Varoufakis.

Une intervention in extremis d'Angela Merkel ?

La porte de sortie pourrait venir de l'Allemagne. A Berlin, l'opposition parlementaire en appelle à Angela Merkel. "La chancelière doit intervenir, le sort de l'Europe est entre ses mains", a plaidé le parti d'extrême gauche Die Linke.

Yanis Varoufakis en appelle lui aussi à Angela Merkel. Dans un entretien au tabloïd allemand Bild, il estime que la chancelière "détient la clé" pour dénouer cette crise.

Un soutien de la BCE jusqu'au 20 juillet ?

Dans un communiqué, la BCE a prévenu : les règles qui régissent l'institution monétaire lui interdiraient de financer l'économie grecque au-delà de l'expiration du plan d'aide en cours, mardi 30 juin au soir. Si l'Etat grec se trouve en situation de défaut, il appartiendra à la BCE de décider si elle déroge à ces règles et si elle continue de soutenir le système bancaire grec par ses fameux prêts d'urgence (emergency liquidity assistance, ELA).

Des responsables de la BCE ont laissé entendre que ce serait le cas tant que les banques grecques disposeraient du "collatéral" (des actifs à apporter en garantie) nécessaire.

Toutefois, un défaut vis-à-vis du FMI (dont le remboursement du prêt de 1,5 milliard d'euros arrive à échéance le 30 juin) et l'absence de toute perspective de reprise du financement de la Grèce par la zone euro pourraient se traduire par une chute de la valeur de ce collatéral. Ce qui conduirait la BCE à interrompre son soutien.

Avant d'en arriver là, la BCE pourrait attendre le 20 juillet, date à laquelle la Grèce doit rembourser pour 3,5 milliards d'euros d'obligations d'Etat détenues par la Banque centrale. Si Athènes n'effectue pas ce remboursement, il sera difficile pour la BCE de continuer à fournir des liquidités aux banques grecques.  

Au-delà, la création d'une monnaie parallèle ?

Sans le soutien de la BCE, le secteur bancaire grec pourrait s'effondrer et la Grèce serait alors forcée, faute de liquidités en euros, de trouver une monnaie parallèle, qui pourrait prendre la forme de titres de reconnaissance de dette (des "IOU").

Cette monnaie parallèle pourrait devenir la nouvelle monnaie grecque. Resterait ensuite à déterminer pendant combien de temps le pays pourrait ou voudrait faire coexister deux monnaies, l'euro et la monnaie parallèle, sachant que cette dernière subirait sans doute une dévaluation rapide.