Barack Obama n'aime pas l'austérité en Grèce

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, à Delhi le 27 janvier 2015
Le président des Etats-Unis, Barack Obama, à Delhi le 27 janvier 2015 (Reuters - Jim Bourg)

Le 2 février 2015, le président Barack Obama expliquait, lors d’une interview à CNN, qu’on ne pouvait pas «continuer à pressurer des pays en pleine dépression», comme la Grèce. De tels propos ne doivent plaire à tout le monde en Europe… L’analyse du correspondant de France 2 à Washington, Jacques Cardoze.

«A un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes», a déclaré le locataire de la Maison blanche sur CNN. Il a reconnu que la Grèce avait «un terrible besoin» de réformes. Pour autant, «il est très difficile d'initier ces changements si le niveau de vie des gens a chuté de 25%. A la longue, le système politique, la société ne peuvent pas le supporter», a-t-il poursuivi.

Le PIB en Grèce a reculé d'environ 25% entre 2009 et début 2014, avant de renouer avec la croissance au deuxième et troisième trimestre 2014 après des années de récession.

Le président américain espère que la Grèce restera dans la zone euro, mais que cela demandera «des compromis de tous les côtés».

D’une manière générale, Barack Obama s'est montré inquiet du faible taux de croissance en Europe. «La prudence fiscale est nécessaire, les réformes structurelles sont nécessaires dans beaucoup de ces pays. Mais ce que nous avons appris de notre expérience aux Etats-Unis, c'est que la meilleure façon de réduire les déficits et de restaurer la solidité fiscale, c'est de faire de la croissance», a-t-il déclaré.

«Quand vous avez une économie qui est en chute libre, il faut qu'il y ait une stratégie de croissance, et pas seulement des efforts pour pressurer de plus en plus une population qui souffre de plus en plus», selon le président des Etats-Unis.

Les explications de Jacques Cardoze
«Depuis qu’il a perdu les élections de mi-mandat et que le Congrès a une majorité républicaine, Obama a envie d’être président. Il libère sa parole comme on l’a vu vis-à-vis de Cuba», analyse Jacques Cardoze, le correspondant de France 2 à Washington.

A ses yeux, le dirigeant américain a en tête le succès de son plan de relance en 2009 : «Pour lui, même si une économie est très endettée, on peut la relancer. Il ne faut pas aller jusqu’à un point de blocage. Aux Etats-Unis, alors qu’elle est très forte, la dette n’a jamais en soi été un problème. L’essentiel, c’est qu’il y ait des liquidités, qu’on en injecte massivement quand c’est nécessaire. Quand il n’y a plus de revenus nulle part, on arrive au problème de la Grèce. Même si dans son interview à CNN, il reconnaît que les Grecs n’ont pas été très sages !»
 
Si on veut renégocier la dette d’Athènes, le pays a besoin de marges de manœuvre, estime le président des Etats-Unis. «Il pense qu’il faut recréer de l’offre, de l’emploi. Ainsi, on fait rentrer des impôts, donc des liquidités indispensables pour rembourser cette dette», explique le correspondant de France 2.
 
Les déclarations du dirigeant américain montrent aussi son «pragmatisme», analyse par ailleurs Jacques Cardoze. «Barack Obama sait que pour les Etats-Unis, l’Europe est un partenaire économique essentiel et que celle-ci a besoin de stabilité. Il s’inquiète du resserrement des parités entre le dollar et l’euro, néfaste pour les exportations américaines. Il craint aussi qu’une aggravation de la situation en Grèce provoque une réaction en chaîne susceptible de déséquilibrer l’économie mondiale», poursuit-il.
 
A noter que la position du président des Etats-Unis rejoint celle de grands économistes, dont plusieurs Nobel. Dans le très libéral Financial Times, bible des milieux d'affaires internationaux, du 22 janvier, Joseph Stiglitz et Chris Pissarides, parmi d’autres universitaires, recommandaient ainsi «un nouveau départ» pour la Grèce. Ils conseillaient notamment une «réduction de la dette, en particulier bilatérale» et un «montant significatif d’argent pour financer des projets d’investissement efficaces».

Le 28 janvier 2015, Paul Krugman se demandait dans le New York Times si les décideurs politiques européens étaient «réalistes» de demander chaque année à Athènes un surplus budgétaire (hors charge de la dette) allant jusqu’à 4,5% du PIB au prix de lourds sacrifices sociaux. Et  d’ajouter : sont-ils capables «d’accepter qu’on ne peut extraire du sang d’une pierre» ?  
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