Gérontologie : congrès mondial à Paris

Le 19e Congrès mondial de gérontologie et de gériatrie se penche notamment sur la maltraitance des personnes âgées

Le 19e Congrès mondial de gérontologie et de gériatrie se penche notamment sur la maltraitance des personnes âgéesLe 19e Congrès mondial de gérontologie et de gériatrie se penche notamment sur la maltraitance des personnes âgées

6 à 8% des personnes âgées de plus de 65 ans seraient victimes de maltraitance. Un numéro d'appel (3977) a permis de recenser près de 100.000 plaintes depuis février.

Les 6.000 participants venus de 91 pays, réunis au palais des Congrès, font également le point sur les progrès dans la recherche sur Alzheimer qui touche 850.000 personnes.

5% de la population de plus de 65 ans et 15% des plus de 85 ans sont affectés par la maladie d'Alzheimer.

Quant au phénomène de la maltraitance, elle peut être physique (sévices, brutalités, blessures) ou psychologique (infantilisation, dénigrement, menaces), sexuelle, financière, civique ou médicale, que ce soit par manque de prise en charge, en particulier de la douleur, ou au contraire par surmédicalisation. Dans la plupart des cas, la maltraitance est multiple.

La recherche peine à recruter des patients
Avec le vieillissement de la population et l'arrivée des papy-boomers, le nombre de personnes touchées par Alzheimer devrait augmenter rapidement pour atteindre les deux millions en 2040 si aucun traitement préventif n'est disponible d'ici là.

Si plusieurs médicaments sont en cours de tests, la recherche peine à recruter des malades, soulignent les spécialistes."Les molécules arrivent, mais si on ne parvient pas à recruter suffisamment de patients, on risque de passer à côté", met en garde le Pr Bruno Vellas (Gérontopôle - Toulouse), président du conseil scientifique du congrès. Un paradoxe pour une maladie qui devrait quadrupler à l'échelle mondiale d'ici 2040 pour atteindre les 80 millions de personnes. D'autant que les médicaments actuels ont une efficacité modeste.

La majorité de la population ne devient pas forcément dépendante avec l'âge "sauf en phase terminale", mais elle devient "vulnérable, du fait de petits handicaps notamment cognitifs", a souligné devant la presse le professeur Robert Moulias, gérontologue et président de l'association Alma France consacrée à la maltraitance des personnes âgées, en marge congrès.

"On peut aujourd'hui être en bon état de santé jusqu'à la mort", a assuré de son côté la gériatre nutritionniste Monique Ferry.

Prévenir la dépendance


Sur 14 millions de plus de 60 ans en France, "10% seulement sont en perte d'autonomie, dont 87% du fait de syndromes démentiels", a noté le Pr Moulias. Pour lui, "le problème majeur du XXIème siècle, en France, c'est la place des 12,5 millions de personnes valides, lucides, capables, et exclues de tout rôle social".

Pour le Pr Moulias, une meilleure inclusion dans la vie sociale constitue "une prévention de la dépendance". De fait, selon les spécialistes, l'apathie, perte d'intérêt pour une stimulation ou absence d'auto-initiative, constitue un aspect dominant du vieillissement mal conduit.

"94% des gens qui souffrent de dépression et 55% des malades d'Alzheimer souffrent d'apathie", note le Pr Philippe Robert, du CHU de Nice. Il prône aussi une formation des soignants aux troubles du comportement. "Si je comprends pourquoi quelqu'un devient agressif, je réagis différemment", dit-il.

Le lien entre nutrition et qualité de vieillesse
Des nutritionnistes, s'appuyant sur plusieurs études (étude Paquid, sur le vieillissement cérébral et fonctionnel après 65 ans, étude des Trois cités, sur pathologies vasculaires et démence), insistent pour leur part sur le lien entre nutrition et qualité de la vieillesse.

Les acides gras polyinsaturés riches en Oméga 3 (DHA ou EPA), que l'on trouve particulièrement dans le poisson et dans certaines huiles, peuvent "contribuer à diminuer le déclin cognitif relié à l'âge", affirme le Pr Pascale Barberger-Gateau, de l'Inserm et du CHU de Bordeaux.

Ils seraient particulièrement efficaces chez les sujets déprimés ou ceux qui ont des risques génétiques de souffrir de la maladie d'Alzheimer.

"Quand on vieillit, on ne doit pas manger moins mais mieux", "car il y a un moins bon rendement métabolique des nutriments", a souligné Monique Ferry, comparant le corps à une 2 CV "qui consomme plus d'huile et d'essence en vieillissant". Elle note aussi la nécessité de continuer à absorber des protéines pour "conserver la fonction musculaire". Et ce, plutôt à midi, dans la mesure où l'exercice que l'on peut faire ensuite "augmente la possibilité de fabriquer du muscle".

Attention également au déficit en vitamine B12, mauvais notamment pour le cerveau, et en vitamine D, pour laquelle une supplémentation, dit-elle, est recommandée pour les personnes âgées.